Après 3 grossesses et ayant des troubles hormonaux, Maëva veut se faire ligaturer les trompes. Le problème? Elle est « trop jeune ». Rencontre. Par Mathilde Warnier.

Un problème hormonal et la perte d’un enfant…

À 19 ans, Maëva, une jeune femme française, est diagnostiquée avec un syndrome des ovaires polykystiques, communément appelé SOPK. « La plupart du temps, lorsque l’on est touchée par ce syndrome, on éprouve entre autres des difficultés à tomber enceinte« , explique-t-elle. Pourtant, 2 ans plus tard, la bonne nouvelle tombe: Maëva et son compagnon attendent un heureux événement!

Le bonheur fut malheureusement de courte durée. « Ce que j’ignorais à l’époque, c’est que la malchance ne m’avait pas quittée. J’avais également une béance du col de l’utérus. Celle-ci n’ayant pas été détectée suffisamment tôt, nous avons perdu notre première fille à 5 mois et demi de grossesse« . Le couple est évidemment plongé dans la tourmente, confronté au deuil d’un enfant extrêmement désiré.

La SOPK et la contraception

À cause de multiples soucis de santé, il est impossible pour Maëva de prendre une contraception classique. « Pas de pilule, à cause de l’intolérance aux œstrogènes. Mon corps ne supporte pas la micro-dosée. Pas de stérilet non plus: avec une béance du col, ils ne tiennent pas… Quant aux implants, ils sont rejetés ». L’unique solution? Les préservatifs. Pour un couple marié, ce n’est évidemment pas le plus adapté

2 enfants et des grossesses compliquées

Quelques mois plus tard, Maëva tombe de nouveau enceinte. Traumatisée par sa première expérience, elle vit une grossesse très compliquée. Heureusement, elle s’accroche et son mari ne la lâche pas. Leur petit garçon naît en pleine santé. 18 mois s’écoulent avant que le couple attende un nouveau bébé. « Cette fois, l’obstétricien choisit d’effectuer un cerclage autours du col de l’utérus afin de ‘sécuriser’ la grossesse », explique la jeune femme. C’est une petite fille bien en forme qui voit le jour.

Maëva et son mari sont évidemment comblés par leurs deux enfants. Cependant, la grossesse est pour elle une telle source de stress qu’elle ne veut en aucun cas réitérer l’expérience. « Être enceinte est synonyme pour moi d’angoisse, d’alitement, de saignements, de douleurs, de contractions, d’hôpital, de rétention d’eau, de stress, de césariennes,… Un véritable calvaire, en somme« .

La surdité du corps médical

Seule méthode de contraception définitive: la ligature des trompes. A 23 ans, Maëva consulte un premier médecin. En effet, légalement, rien ne l’en empêche. Mais sentant venir le refus, elle choisit une femme, l’espérant plus compréhensive. « Au lieu de cela, elle m’a littéralement ri au nez… Et ce n’était que la première! », déplore l’intéressée. « Lorsque je suis sortie de ce rendez-vous, j’ai fondu en larmes. J’ai pris conscience que la route serait vraiment longue pour obtenir ce que je désirais« .

Aux yeux des médecins, l’argument « Je veux une vie sexuelle normale avec mon mari » n’est pas valable. « Pour eux, le préservatif est une bonne alternative. Pour moi, et après quelques années d’utilisation constante, c’était devenu synonyme de dégoût. Je ne réussissais plus à apprécier le sexe comme avant ».

Les médecins tentent même de lui expliquer que c’est une bêtise: elle est bien trop jeune. « J’ai dû voir plusieurs médecins, qui me posaient ces questions horribles, du style: ‘Et si vos enfants meurent demain dans un accident ?’, ‘Et si votre mari vous trompe et finit par vous quitter?’. Le genre de questions qui vous retournent le cerveau et auxquelles personne n’est vraiment préparé… ».

2019: l’année de tous les espoirs!

5 années durant, Maëva et son mari se battent et connaissent une vie sexuelle tourmentée. « Heureusement, j’ai un mari très compréhensif. Mais tous les hommes n’ont pas le même avis lorsqu’il s’agit de cette question. Si notre amour n’était pas si fort, notre couple n’aurait sans doute pas survécu« , avoue-t-elle.

Mais cette année semble être la bonne. « J’ai enfin trouvé un obstétricien qui m’a comprise et qui accepte de me ligaturer. J’ai mon second rendez-vous pour la deuxième signature et programmer l’intervention dans quelques jours. J’angoisse déjà: j’ai peur qu’il ait fait marche arrière », explique Maëva. Un délai de 4 mois de réflexion est obligatoire lors d’une demande de stérilisation permanente. « Mais comme je lui ai dit: cela fait 4 ans que j’attends, dans 4 mois, je serais aussi sûre que le premier jour », continue-t-elle. La fin du calvaire est proche pour le couple!

Les médecins contre la loi sous prétexte « d’éthique »

« Dans la société actuelle, toutes les femmes n’ont pas les mêmes envies. Avoir un enfant est aujourd’hui un choix et plus une obligation suite à un mariage. Cela étant dit, les obstétriciens n’entendent pas les choses de la même manière », déplore la jeune française. Elle estime que dans les faits, les femmes qui se voient accorder facilement le droit à la ligature ont le profil « 40 ans et 3 enfants ».

Son conseil aux femmes qui ne rentrent pas dans « les catégories fixées par l’éthique »? « Ne désespérez pas. Continuez d’essuyer les refus, même si c’est dur. Au final, vous réussirez peut-être à trouver le bon médecin. L’espoir, c’est toujours mieux que la fatalité. »

À lire aussi…