En Belgique comme ailleurs, le harcèlement moral au travail est un véritable phénomène auquel il est urgent de mettre un terme: des pistes pour comprendre et y remédier à son niveau.

Cela fait un certain temps que vous vous sentez méprisée, voire même menacée au boulot? Ces agressions, si elles surviennent de manière persistante, sont de l’ordre du harcèlement moral et apparaissent comme de véritables atteintes à l’identité et à l’estime de soi. Pour lutter contre ce phénomène, voici quelques conseils d’autodéfense pour enfin dire stop.

Le harcèlement moral, c’est quoi exactement?

Selon la loi relative à la protection contre la violence et le harcèlement moral ou sexuel au travail entrée en vigueur le 1er juillet 2002, le harcèlement moral se définit comme « les conduites abusives et répétées de toute origine, externe ou interne à l’entreprise ou l’institution, qui se manifestent notamment par des comportements, des paroles, des intimidations, des actes, des gestes et des écrits unilatéraux, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à la personnalité, la dignité ou l’intégrité physique ou psychique d’un travailleur […] lors de l’exécution de son travail, de mettre en péril son emploi ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant »

Comment le détecter pour mieux le stopper?

À vrai dire, il n’est pas toujours aisé de déceler le harcèlement à caractère moral au travail, car il s’agit en réalité d’un ensemble de traumatismes qui, pris séparément, ne constituent pas un réel danger. Mais le harcèlement moral s’identifie dans le caractère cumulatif et répétitif des agressions. Il existe également des signaux intérieurs qui vous permettent de détecter cette violence psychologique plus facilement: rire nerveux, banalisation du ressenti, crainte, angoisse, appréhension,etc. Votre ressenti ne vous trompe pas. Suivez donc votre intuition, nettement plus rapide que votre raison.

Le harcèlement en chiffres

D’après une étude menée par le Docteur Ricardo Muniz, directeur médical CESI, le harcèlement moral représenterait 93% des plaintes pour comportements abusifs. Les travailleurs âgés seraient, semble-t-il, moins confrontés au harcèlement que les jeunes travailleurs. Selon l’enquête Sumer, réalisée en 2010, trois victimes sur quatre seraient des femmes.

L’autodéfense: les outils efficaces pour stopper le harcèlement moral

 La fuite

On vous l’accorde: il n’est pas facile de répondre du tac au tac à la menace ou à l’insulte d’un harceleur. Et si, prise de court, vous n’êtes pas en mesure de vous défendre verbalement, vous pouvez très bien utiliser la technique de la fuite en répondant: « je vais réfléchir à ma réponse », « J’ai besoin de temps pour réfléchir »… Cette technique stratégique vous permet d’esquiver la situation tout en montrant que vous prenez cette menace au sérieux. Vous pouvez également montrer à ledit harceleur que vous avez bien entendu ses paroles, mais que vous n’avez aucunement envie de répondre et ce, en soupirant ou en levant les yeux au ciel par exemple. Vous pouvez aussi répondre en deux syllabes: oui oui, c’est ça, ce qui mettra automatiquement un terme à la discussion. Si celle-ci vous met mal à l’aise, changez de sujet subtilement, ce qui ici encore empêchera l’agresseur de poursuivre.

La technique des 3 phrases

Selon Laura Chaumont, formatrice autodéfense et responsable de la thématique Espace au sein de l’asbl Garance, l’une des meilleures techniques pour mettre rapidement fin à tout harcèlement est la technique des 3 phrases. Celle-ci permet de mettre un terme aux agressions de votre patron ou de votre collègue tout en conservant la relation intacte:

  • La première phrase est descriptive: vous devez décrire le comportement dérangeant de votre agresseur. Exemples: « Tu ne me laisses pas terminer ma phrase », « Vous me parlez de façon irrespectueuse. »
  • La deuxième phrase est la description de votre ressenti face à ce comportement. Exemples: « Ca me met mal à l’aise », « Je n’aime pas cela », « Ca me dégoûte ».
  • La troisième phrase est une demande concrète: le comportement du harceleur vous dérange et vous lui demandez d’arrêter. Exemples: « Ne le fais plus jamais », « Je préfère qu’on en reste là ».

La consultation

Un autre moyen efficace pour mettre fin au harcèlement moral est d’en parler aux personnes compétentes au sein de votre lieu de travail, auprès d’un syndicat ou des collègues, comme l’explique Laura Chaumont. Face à une situation d’une telle gravité, mieux vaut réagir vite, car la reconstruction de la victime peut prendre beaucoup de temps.

Bon à savoir: pour en apprendre plus sur les techniques d’autodéfense face au harcèlement moral, vous pouvez consulter en ligne le guide « Non, c’est non. Petit manuel d’autodéfense à l’usage de toutes les femmes qui en ont marre de se faire emmerder sans rien dire » d’Irène Zeilinger.

Stage pour l’apprentissage de l’autodéfense

Presque tous les mois, l’asbl Garance propose des stages d’autodéfense de deux jours à toutes les femmes, celles désireuses d’apprendre à se défendre verbalement ou celles souhaitant échanger sur leur expérience face au harcèlement. Un stage constructif qui déconstruit tous les clichés, afin de mieux comprendre et cerner ce qu’est le harcèlement, sous toutes ses formes.

Sites d’autodéfense et d’aide psychosociale

En Belgique, outre l’association Garance, il existe aussi Le Collectif contre les violences Familiales et l’Exclusion ou encore Wendo D-CLIC asbl, toutes deux basées à Liège. Des institutions qui pointent du doigt un problème devenu phénomène de société. N’hésitez pas aussi à consulter les sites d’aide psychosociale, parmi lesquels des plannings familiaux et des maisons médicales, qui sont à votre disposition en cas de besoin.

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