Faire preuve de souplesse face à l’adversité, ce n’est pas donné à tout le monde. Il y en a qui arrivent à rebondir, d’autres qui perdent l’équilibre, voire qui ne se relèvent pas. Nos experts nous expliquent comment augmenter notre capacité de résilience.

Le mot « résilience » semble avoir gagné en popularité depuis la pandémie de coronavirus. Michael Portzky, neuropsychologue clinicien, l’explique ainsi : « La capacité mentale à rebondir, ou résilience mentale, est considérée comme un trait de caractère qui définit quel impact le stress et/ou l’adversité auront sur une personne. Plus la résilience est grande, plus l’impact sera réduit. »

Une question de choix

La capacité à rebondir est aussi liée à la persévérance et à la conviction que les choses ont un sens. Et la faculté de ne pas se braquer sur le négatif est aussi décisive ; savoir accepter qu’il y a de bons jours et des moins bons. Et comprendre que nous sommes responsables de nos actes : nous avons le choix entre prendre l’initiative et subir les problèmes en victime, voire appliquer des stratégies d’évitement. « Je ne peux rien y faire », « C’est la faute des autres », « On parie que ça va rater, avec ma chance… », « C’est pas juste »… Voilà des phrases que vous n’entendrez pas dans la bouche d’une personne résiliente.

Ne pas zapper le négatif

Être résilient ne signifie pas pour autant voir que l’aspect positif des choses et faire la politique de l’autruche. Le mot “résilience” indique à la base la capacité de certains métaux à reprendre leur forme originale après avoir subi une forte pression. Et c’est de ça qu’il s’agit : accepter qu’on soit cabossée, mais qu’on va s’en remettre. « On peut réprimer la douleur et la souffrance qui accompagnent l’adversité, mais ce n’est pas une stratégie résiliente dans l’approche du problème. Au contraire, car un traumatisme peut laisser de grandes cicatrices si vous ne le traitez pas, si vous ne prenez pas conscience de ses effets sur vous. Vous intéresser activement à votre état d’âme est une étape importante dans ce processus qui permet de remettre les choses en perspective, de retrouver le mouvement de la vie et d’agir », explique le professeur Maarten Vansteenkiste.

Ne pas ressasser le passé

« Il est très important de ne pas ressasser ses frustrations quand quelque chose ne va pas. Oui, il faut pouvoir exprimer sa frustration, mais tout en restant conscient qu’une solution est possible et que cela ne sert à rien de se laisser emporter dans un flot de désespoir. C’est aussi cela, la résilience : croire qu’il existe toujours des alternatives, qu’on est rarement totalement impuissant. »

Comment booster ma résilience?

Naît-on résilient ou est-ce une compétence que l’on peut apprendre ? « La recherche démontre de plus en plus clairement que plusieurs de nos gènes du stress fonctionnent comme un interrupteur on-off. Ceux qui n’ont pas connu de liens sécurisants et sains dans la petite enfance ou, pire encore, ont été exposés à des expériences stressantes et traumatisantes verront malheureusement ces interrupteurs définitivement en position on. Du coup, le système de survie sera beaucoup plus alerte et réagira plus intensément au stress. Certaines études démontrent effectivement un lien avéré entre la résilience et la qualité du lien avec les parents. »

Peut au moins s’exercer à renforcer cette fameuse résilience ? Oui, c’est possible, grâce à la psychothérapie. Et il y a d’autres bonnes nouvelles : on peut créer soi-même des circonstances qui contrent le désespoir, qui nous per- mettent de mieux gérer le stress et la tendance aux ruminations.

Les stratégies du psychothérapeute Thierry Janssen pour trouver la posture juste quand survient une difficulté.

  • Créez en vous un espace pour regarder vos névroses, prendre votre responsabilité au lieu de se poser en victime. Le fait de respirer profondément et en conscience ou de méditer va rééquilibrer les émotions agréables/désagréables, les pensées positives/négatives, la tension et la détente corporelle.
  • Ne vous coupez pas des autres ou des problèmes. Plus on se déconnecte, moins on est en sécurité et plus on se sent exclu.
  • Ne laissez pas l’enfant en vous prendre le contrôle et attendre un signe de l’extérieur.
  • Pour chaque névrose, il existe une réponse, un contre-mouvement qui permet de reprendre la posture juste et de revenir à la vie. On s’est déconnecté ? Alors ancrons-nous dans la réalité. “Oui, j’ai peur, mais je reste là, en contact avec le réel, sans ruminer. Et je me demande : de quoi ai-je besoin ? de me reposer ? d’appeler un ami ? Alors je le fais. Même quand on se croit fichu, on a toujours au moins une once de ressources à l’intérieur de soi. Ici aussi, de quoi avons-nous besoin pour tenir debout par nous-même : manger sain ? bouger ? de calme ? Et on se l’accorde.

Pour aller plus loin: La Posture juste : comment inventer un monde en harmonie avec soi, les autres et la nature, Thierry Janssen, éd. L’Iconoclaste, 2020.

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