Quand l’école devient un champs de mine. Pour GAEL, une victime, une repentie et une maman inquiète pansent leurs plaies et montrent à quel point une situation de harcèlement peut marquer des vies. À jamais. Nathalie nous livre son témoignage. À 54 ans, elle revient sur le parcours scolaire de son fils Bram.

Le témoignage de Nathalie, 54 ans

« Je sentais que quelque chose n’allait pas. Bram était nerveux avant d’aller à l’école. Ses points n’étaient plus aussi bons. Une fois, c’était son sac de sport qui avait disparu. Le lendemain, on retrouvait sa boîte à tartines cassée pour la énième fois. Quand vous réunissez toutes les pièces du puzzle, vous réalisez que votre fils est victime d’intimidation. Et, forcément, ça vous met en colère. Je n’ai jamais douté de l’histoire de Bram ni minimisé ce qu’il était en train de vivre. Dans un premier temps, je lui ai toutefois dit d’être plus fort et de se défendre. Je n’ai jamais été victime de ce type d’intimidation moi-même. Je ne connaissais donc pas le sentiment qu’on ressent lorsqu’on est harcelé par les mêmes personnes jour après jour.

« Je n’ai pas immédiatement compris à quel point il se sentait mal à l’école. Si j’avais eu les connaissances que j’ai maintenant, j’aurais probablement réagi autrement. »

Ma première réaction a donc été de lui dire de ne pas se laisser faire. En tant que parent, il n’est pas facile de gérer cette situation. C’est quoi, le harcèlement ? En quoi est-ce différent d’une simple moquerie ? Je n’ai pas immédiatement compris à quel point il se sentait mal à l’école. Si j’avais eu les connaissances que j’ai maintenant, j’aurais probablement réagi autrement. Après un certain temps, comme la situation ne s’arrangeait pas, je suis allée à l’école de Bram sans le lui dire. « Bram est un peu spécial, m’a dit son titulaire quand j’ai raconté mon histoire. C’est peut-être un peu de sa faute. » Aucun enfant ne demande à être victime d’intimidation. Or, je sentais que l’école mettait en doute la gravité de la situation. Et donc aussi le ressenti de mon fils. J’ai suggéré que le problème fasse l’objet d’une discussion en classe, mais ma proposition a été rejetée. Je pense que l’école avait peur que sa réputation soit mise en question.

Le déclic

En troisième année, les harceleurs sont allés encore plus loin. Un soir, Bram est rentré à la maison et m’a montré un message qu’il avait reçu sur son téléphone portable. J’ai consciemment oublié le contenu exact de ce SMS, mais c’était à la fois violent et menaçant. Comme je craignais que la direction n’aille une nouvelle fois pas dans mon sens, je suis allée porter plainte à la police. Là, ils ont appelé le numéro. Au bout du fil, c’était un copain d’un des harceleurs de mon fils. Il était bien sûr complètement stupéfait d’avoir affaire à la police. Après avoir porté plainte, j’ai décidé de retourner à l’école. Il fallait qu’elle fasse partie de la solution. Heureusement, cette fois, elle a pris la souffrance de Bram au sérieux. Elle a posé un cadre. Avec l’appel de la police, cela a visiblement provoqué un déclic chez les petits harceleurs.

« Il a 24 ans aujourd’hui, mais je réalise qu’il n’a pas complètement encaissé le choc. Face à des situations inédites, il lui arrive de manquer de confiance. »

Depuis cet épisode, Bram a repris confiance en lui. Ça s’est fait petit à petit, étape par étape. Il a 24 ans aujourd’hui, mais je réalise qu’il n’a pas complètement encaissé le choc. Face à des situations inédites, il lui arrive de manquer de confiance. Malgré ça, il a beaucoup d’amis et s’est complètement épanoui. Récemment, ma fille, qui est maintenant en cinquième primaire dans la même école, a commencé à parler de deux “ringardes” de sa classe. Face à cette situation, Bram a assez mal réagi. De notre côté, nous ne tolérerons jamais aucune forme de harcèlement chez nous. Si nous remarquions que ma fille s’en prenait à d’autres, je suis convaincue que Bram la remettrait à sa place. Et vite. »

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