Quand l’école devient un champs de mine. Ce mois-ci, dans GAEL, une victime, une repentie et une maman inquiète pansent leurs plaies et montrent à quel point une situation de harcèlement peut marquer des vies. À jamais. Anne nous livre son témoignage. À 34 ans, elle n’a toujours pas oublié l’enfer qu’elle a vécu à l’école.

Le témoignage d’Anne 34 ans

À l’école primaire, j’ai toujours été une très bonne élève. Avec les autres enfants, ça se passait aussi très bien. Quand je suis entrée en secondaire, les choses se sont brusquement gâtées. Au cours de la première session d’examen, j’ai obtenu 90 % dans toutes les branches ou presque. Un garçon de la classe n’a rien trouvé de mieux que de me traiter de sale intello. J’ai essayé de me défendre et de me justifier, mais ça a fait empirer les choses. À partir de là, il a vraiment commencé à me harceler. À première vue, rien de dramatique, mais quand vous entendez la même moquerie tous les jours, vous finissez par devenir dingue. Par la suite, ce même élève s’en est pris aussi à ma manière de m’habiller. Il me lâchait des phrases du style : « Tu portes encore ta tenue de communion ? »

J’ai retrouvé mon journal de classe rempli d’insultes. « Tu es une garce. Salope ! On te déteste. Ne te crois pas débarrassée de nous. »

Peu à peu, il a réussi à rallier les autres à sa cause. Je suis devenue une tête de Turc. Un gars de la classe m’a fait trébucher pendant le cours. Puis c’est mon sac de gym qui a disparu. Après une pause, j’ai retrouvé tous les stylos de ma trousse cassés. Jusque là, j’avais encore la paix pendant la récré, mais un jour une fille d’une autre classe s’en est prise à moi. Je n’ai plus eu qu’une idée en tête : partir de cette école le plus vite possible. À la maison, j’ai raconté à mes parents ce qui s’était passé, mais au début, ils ont essayer de me faire relativiser. Ils pensaient que j’étais assez forte pour faire face à cette violence. Mon titulaire de classe ne m’a pas vraiment soutenue, lui non plus. Selon lui, j’étais coresponsable de ce qui m’arrivait. Mais comment ? J’étais désespérée.
À l’école, je filais aux toilettes pour me changer. Tout ce que je voulais, c’était devenir aussi neutre et invisible que possible. J’ai racheté moi-même de nouveaux stylos avec mes économies.

L’impossible pardon

Comme mes points me valaient toujours autant de moqueries, j’ai fait exprès de travailler mal. À la maison, mes mauvaises notes provoquaient de nombreuses engueulades. Mes parents savaient que je pouvais faire mieux. J’ai essayé de relativiser, moi aussi. Sauf qu’au bout d’un certain temps, c’est devenu juste impossible.
Au cours de ma deuxième secondaire, la situation a semblé changer. Je me suis retrouvée dans une nouvelle classe. Tout en restant vigilante, j’ai remarqué que les autres élèves se moquaient moins de moi. Dans la cour, on ne me laissait pas tranquille, mais comme je pouvais un peu respirer en classe, ça passait. Un jour, après une pause d’intercours, j’ai retrouvé mon journal de classe rempli d’insultes. « Tu es une garce. Salope ! On te déteste. Ne te crois pas débarrassée de nous. » Ma première réaction a été de tout effacer, mais j’ai réalisé que j’avais enfin les preuves nécessaires pour prouver que je n’affabulais pas. Les harceleurs ont été convoqués par la direction et la situation s’est apaisée.

Je n’ai jamais reçu d’excuse d’aucun d’entre eux. Cela dit, je ne pense pas que ça aurait changé quelque chose. Ils m’ont trop fait souffrir pour que je leur pardonne. Parfois, je les croise encore dans la rue. Quand ça arrive, je leur fais un signe de la tête. Me montrer amicale envers eux est une forme de supériorité. Si je faisais semblant de ne pas les voir, ils auraient gagné la partie. Cette agonie n’a duré “que” dix-huit mois, mais cela m’a semblé une éternité. Si un de mes enfants devait un jour être victime d’intimidation, je me comporterais comme une lionne. Mon objectif serait clair : garder ces gens le plus loin possible de mes petits. »

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