Comment était le chocolatier quand il était adolescent? Pour notre rubrique “Instantané” Pierre Marcolini lève le voile sur ses jeunes années.

Le comble de l’insouciance

“J’ai ressorti cette image qui me semble, au vu des règles de distanciation d’aujourd’hui, le comble de l’insouciance. C’est devenu bizarre, deux personnes qui dansent, et sans masque. J’ai 13‐14 ans, on est dans les années 70. Comme chaque année, je passe un mois d’été en Suisse, avec les colonies organisées par la commune, des vacances démocratiques car ma mère ne croulait pas sous l’argent. La photo doit avoir été prise là-bas parce qu’il est écrit Pierrot au‐dessus de ma tête. Je ne me rappelle plus qui est ma partenaire de slow, mais je me souviens bien que je n’étais pas à l’aise dans l’exercice ! Je venais probablement d’être sauvé par le quart d’heure américain, l’aubaine pour les grands timides, puisque c’était enfin aux filles de prendre l’initiative.

Je n’étais pas du tout sûr de moi, c’était compliqué d’aller inviter une fille et de risquer le râteau. J’ai dû passer des heures assis au bord de la piste avant ce moment. Quand je vois cette image, je me demande ce que nos ados ressentent en cette période de confinement. Ça ne doit vraiment pas être évident. Certaines personnes en veulent aux jeunes pour les libertés que certains prennent avec les règles de distanciation, mais je comprends tellement leur besoin d’être ensemble. C’est si important à leur âge. Quand on pourra se déconfiner progressivement, qu’auront‐ils encore le droit de faire ? Et après, en janvier, en février ?

“J’espère que ma fille, qui a 5 ans, pourra connaître l’insouciance que nous avons connue, comme sur cette photo !”

On sent bien qu’il y aura un avant et un après le corona. J’espère que ma fille, qui a 5 ans, pourra connaître l’insouciance que nous avons connue, comme sur cette photo ! À l’époque des premières sorties, comme j’étudiais en pâtisserie, je passais plutôt mes soirées du vendredi et du samedi à travailler (parfois jusqu’à 3 h du mat) qu’à sortir. Et les rares fois où je sortais et où je réussissais à affronter ma timidité pour aborder une fille, mon CV ne m’aidait pas.

Ingénieur en technique alimentaire

À l’époque, l’enseignement technique était considéré comme celui de la dernière chance, pour ceux qui avaient tout raté. Ça me valait plutôt des regards dédaigneux. Du coup, avec mes amis, on avait pris l’habitude de dire qu’on étudiait l’ingénierie en technique alimentaire. “Ah bon, ça consiste en quoi ?” — “Eh bien, tu prends par exemple du lait et tu y ajoutes des substances telles que de la lécithine (en fait de l’œuf ) et de la saccharose (du sucre, quoi), et tu obtiens une
consistance très intéressante…” Ça, ça scorait nettement mieux que pâtissier !
Avec les années, le fait d’être entrepreneur, d’avoir remporté plus de 40 titres, de connaître des succès et la notoriété avec nos produits, tout cela m’a donné de l’assurance. Où que je sois, en privé comme en public, je ne me prends pas la tête. Je tutoie vite, j’embrasse facilement. Aujourd’hui, je garde mes distances pour nous protéger les uns les autres du virus, mais ce n’est pas moi. Je suis quelqu’un de tactile. Je me sens réfréné dans mon élan de devoir rester ainsi sur la réserve. J’espère qu’on va retrouver un jour la liberté d’aller vers les autres, de la convivialité, des embrassades chaleureuses. »

SON ACTU

Pierre Marcolini s’est vu décerner par le World Pastry Stars 2020 le prix de meilleur pâtissier du monde. 25 ans après avoir été sacré champion du monde de pâtisserie à Lyon, il reçoit ici un titre comparable à un César pour l’ensemble de sa carrière et de sa vision exigeante de la pâtisserie et du chocolat, misant entre autres sur le local, utilisant moins de sucre et de colorants. La société qui porte son nom possède plus de 40 points de vente, chez nous, mais aussi au Royaume-Uni, en France, au Japon et en Chine.

  • EU.MARCOLINI.COM.

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