Notre Guest du mois Khadja Nin nous livre une phrase qui guide ses pas. Très engagée, elle se bat pour aider les femmes victimes de violence conjugale. Propos recueillis par Anne-Sophie Kersten. Photo: Laetizia Bazzoni.

Les violences conjugales ont augmenté avec le confinement. Khadja Nin demande un cadre fédéral. Et de l’aide pour les agresseurs.

La citation de Khadja Nin

“Mieux vaut enseigner l’amour et l’égalité que la haine et les préjugés”. J’aime cette phrase, car elle est non violente, comme moi. Elle est de Rosa Parks, cette femme noire qui, en 1955, dans un bus d’Alabama, a refusé de laisser sa place assise à un Blanc. La règle était que s’il n’y avait plus de places libres chez les Blancs, des Noirs devaient céder la leur. À 42 ans, elle a dit non. Et son ras-le-bol a engendré un puissant mouvement anti-ségrégation aux USA.

Je crois qu’on ne peut pas répondre à la violence par la violence. Et que quand on est aimé, on est aimant. Dans le cas des violences conjugales, les auteurs sont souvent des gamins qui ont grandi dans un standard de violence. Il nous faut casser ce cycle. L’organisme Praxis travaille sur cette spirale des coups et du harcèlement en se consacrant, entre autres, à leurs auteurs et leur propose une alternative à la prison. Comme il n’y a pas de cadre fédéral (ce pour quoi je milite), l’ASBL est financée par Wallonie-Bruxelles.

Parfois, ils souffrent autant que les victimes. Ils ne doivent pas aimer qui ils sont…

Elle anime des groupes de responsabilisation pour les auteurs de violences. Selon la gravité de leurs actes, on les invite à suivre jusqu’à 21 de ces séances. La première phase est de reconnaître qu’ils sont violents. Parfois, ils souffrent autant que les victimes. Ils ne doivent pas aimer qui ils sont… Il faut bien sûr s’occuper des victimes, augmenter le nombre de lieux d’accueil, mais l’idéal serait que les violences s’arrêtent. Or, il n’y a de moyens pour rien. Quand on voit le nombre de femmes et d’enfants victimes de violences intrafamiliales, je trouve fou que ça ne soit pas une priorité ! La Belgique a pourtant ratifié en 2016 la Convention d’Istanbul contre la violence conjugale et la violence à l’égard des femmes. Mais il n’y a toujours pas de cadre fédéral pour gérer cette pandémie.

Trop peu de moyens pour protéger les victimes

Lorsqu’une femme trouve le courage de porter plainte, elle n’est pas toujours bien accueillie à la police. Parfois, on lui dit même qu’elle l’a provoquée ! La plupart du temps, les plaintes disparaissent, finissent en non-lieu. La police n’est pas assez formée, dispose de trop peu de moyens pour protéger les victimes et on manque de maisons d’accueil. Le risque est donc très grand que le harceleur recommence. Le comble, c’est qu’après, on dira : « Ah, mais elle y est retournée… » Non, elle n’y est pas retournée, elle était seule !

Quant au numéro d’assistance 0800 30 030, jusqu’à 19 h les écoutants sont des professionnels, mais la nuit et le week-end, ils sont remplacés par des bénévoles, forcément moins formés. Pile aux moments où il y a le plus de risques… Sans oublier qu’ils ne sont qu’un ou deux derrière leur téléphone, contrairement aux actions commerciales, où 18 téléphonistes sont au taquet. Je suis déçue que les femmes au pouvoir ne se rassemblent pas pour aider la cause. Si ce n’est pas elles, qui va le faire ?
asblpraxis.be.

Une rencontre à découvrir en intégralité dans le GAEL d’octobre, disponible en librairie.

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