Si la Belgique entière se met à vibrer quand Nafissatou Thiam s’élance sur la piste, notre championne, elle, se départit rarement de son calme olympien.

L’heptathlonienne namuroise, qui concourt aujourd’hui pour une nouvelle médaille aux JO, fêtera ses 27 ans ce 19 août. Nafissatou Thiam (Nafi, disent les journalistes sportifs) n’a cessé de monter en puissance depuis sa première compétition internationale, à 16 ans. À presque chaque occasion, elle améliore ses scores dans les sept disciplines de son combiné, créant autour d’elle une attente énorme. À l’occasion des Jeux Olympiques de Tokyo, nous revenons sur cette interview qu’elle nous avait accordée quand elle était notre GAEL Guest!

Nafissathou Thiam, touche-à-tout

Ça te fait quoi, quand La Brabançonne retentit dans le stade?

“Ça représente beaucoup pour moi. À Rio, j’ai pleuré car je pensais à tous les moments difficiles traversés. Ça a été vraiment dur à certains moments. Lorsque je me suis demandé si j’avais fait le bon choix de continuer mes études, par exemple. Tout le monde a son petit commentaire sur la bonne façon de construire ta carrière.”

Quand on fait de l’heptathlon, qui comprend sept disciplines différentes, c’est qu’on aime la variété…

En effet, j’aime faire de tout. Ça ne m’a d’ailleurs pas aidée quand j’ai dû choisir mes études supérieures! Tout m’intéressait, je n’arrivais pas à trancher. J’ai choisi la géographie justement parce que c’est diversifié. En athlétisme, c’est pareil. On me demande si je ne ferais pas plus de saut en hauteur. C’est plus facile comme entraînement, j’ai plus de facilités dans cette discipline, et en plus ça paie mieux car c’est une épreuve individuelle, alors que l’heptathlon ne rapporte rien. Mais moi j’aime tout! Et j’ai déjà l’impression de faire toujours les mêmes épreuves alors que j’en ai sept…”

Que se passe-t-il dans ta tête pendant les quelques interminables secondes avant le départ d’un 100 mètres haies?

“Pas grand-chose. J’attends juste le coup de feu. C’est la limite, il ne faut pas bouger, se retenir. Au signal, il faut bondir, donner le plus possible.”

Tu ne penses pas à 36 000 choses?

“Non, certainement pas. Il ne faut pas se déconcentrer. Un bon départ, c’est super important, on peut gagner jusqu’à un dixième de seconde.”

 

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Toujours ce calme… Vous avez ça en commun, les autres sportives et toi, alignées sur cette ligne de départ?

“Pas forcément. Il doit y avoir de tout dans les caractères. Mais après, quand je suis sur la piste, je suis à fond dans la compétition. Voir les autres s’élancer me motive, me donne envie de bouger dans tous les sens. Être trop calme, là, ce ne serait pas bon. Il faut garder la tête froide, mais avec tout le corps prêt à bondir.”

As-tu un porte-bonheur que tu emportes en compétition?

“Je ne suis pas du tout superstitieuse. Je pense d’ailleurs que c’est mieux de n’être accroché à aucun objet durant une compétition. Sinon, le jour où tu ne l’as pas avec toi, même si tu es prêt et en forme, tu risques de perdre tous tes moyens. Avoir un porte-bonheur, je vois cela plus comme une faiblesse que comme une force.”

Un de tes tout premiers souvenirs d’enfant où tu sens que tu as de la joie dans le sport?

“J’ai toujours eu du plaisir dans le sport, c’est pour ça que j’en ai fait autant. Après avoir fait mon tout premier cross — tout près de chez moi, je n’étais même pas inscrite dans un club —, j’avais gagné des pots de confiture. Alors j’en ai fait d’autres pour en gagner encore: je suis une fan de sucre! J’avais 6 ou 7 ans. C’est comme ça que j’ai commencé l’athlétisme, en fait.”

“ON N’ÉVOLUE JAMAIS EN LIGNE DROITE. IL Y A DES HAUTS ET DES BAS.”

À ton avis, dans ton jeune parcours, quelle erreur as-tu déjà commise?

“Je n’aurais pas dû prêter autant attention aux critiques après les mondiaux de Pékin. Cette année-là, j’avais bien travaillé, progressé dans certaines épreuves, mais c’était la première année où je ne m’étais pas améliorée en championnat. Je n’avais battu qu’un seul record, rien d’exceptionnel. Du coup, je m’en suis pris plein la gueule. Les journaux commentaient mes choix. Mais on n’évolue jamais en ligne droite. Il y a des hauts et des bas. D’ailleurs, l’année d’après, c’est remonté. J’étais jeune, je n’avais pas encore 20 ans. Mon erreur, c’est de leur avoir accordé trop d’importance. L’idée d’arrêter mes études m’a trotté dans la tête. Heureusement que je n’ai pas lâché, je suis contente d’avoir été fidèle à moi-même.”

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