Notre Guest du mois Barbara Abel nous ouvre son album de famille et revient sur les moments qui ont marqué sa carrière.

Vous souhaitez en apprendre plus sur Barbara Abel, la reine du polar? Découvrez ici son autobiographie subjective.

Tes thrillers ont souvent pour point de départ une famille. Des angoisses d’enfance à exorciser ?

« Pas du tout! Mes parents ont divorcé quand j’avais 3 ans, à une époque où on ne divorçait pas (à leur décharge, ils avaient 20 ans et on était un an après 68…). Et je n’ai jamais vécu avec mon père, assez vite parti à Paris. Pourtant, j’ai grandi dans une famille très aimante, avec un beau-père, alors jeune étudiant en médecine, qui m’a considérée comme sa fille. Ils ont eu ma sœur et mon frère. Ma mère, assistante sociale, était très présente, affectueuse. En fait, j’utilise plutôt mes angoisses de maman. »

Tu as été une jeune maman inquiète ?

« Oui, surtout pour mon premier enfant. Tout m’angoissait. Si ma propension à imaginer le pire est un atout pour mon métier de romancière, elle ne m’a pas épargnée en tant que maman. Je puise beaucoup dans mes émotions pour décrire celles de mes personnages, même si les situations sont tout à fait différentes. J’observe ce que j’éprouve : j’ai une boule dans le ventre, je me sens oppressée, j’ai du mal à respirer… Ces sensations, tout le monde peut les reconnaître. »

Souvent, on fuit nos émotions et elles reviennent par ailleurs. Toi, au contraire, tu les observes ! Du coup, tu les aides à diminuer…

« Complètement! Tu sais quoi? Je ne m’en étais jamais rendu compte. C’est en effet en cela qu’écrire est thérapeutique. Ça m’oblige à me connecter à ce que j’éprouve, à ce que ça suscite comme sensation physique, comme pensées, comme comportements… »

Comment se fait-il que tu écrives des thrillers ?

« Simplement parce que mon premier éditeur, Le Masque, ne publie que du polar. C’est marrant parce que plus jeune, je n’étais pas spécialement une lectrice de polars. Adolescente, j’ai lu Agatha Christie, mais ça s’arrête plus ou moins là. »

S’ils t’avaient commandé un roman d’amour, tu écrirais des histoires d’amour ?

« C’est très probable! Et là, comme j’étais moi-même enceinte, je me suis lancée dans une histoire d’instinct maternel. Je lisais J’attends un enfant de Laurence Pernoud : “Vous êtes au 6e mois? Passée la fatigue du début, c’est vraiment le moment rêvé pour voyager.” Et j’en jouais: j’ai séquestré mon héroïne dans une cave à ce stade de sa grossesse! »

Un échec avec lequel tu as beaucoup appris ?

« Je suis montée très fort tout de suite avec mon premier bouquin, avec le Prix Cognac et 35 000 exemplaires vendus. Le bouquin suivant a vendu 15 000. Le suivant 9 ou 10 000, puis 5 000, puis 1 500. Ça a été une interminable chute, les éditions du Masque étant aujourd’hui beaucoup moins promues à cause de rachats. Ça m’a appris — dans mes os ! — que rien n’est jamais acquis. Avant que je ne publie Derrière la haine chez Fleuve noir, j’ai vécu des années paniquantes. J’ai appris qu’il ne faut jamais fanfaronner, qu’il faut toujours respecter tout le monde. Quand je vendais 35 000 exemplaires, d’autres écrivains — dont Maxime Chattam ! — vendaient moins que moi. La pre- mière fois que je l’ai rencontré, à Nice, c’était moi le nouvel espoir. Plus tard, je ne vendais plus qu’à 1 500 exemplaires et Maxime à 400000!»

Une chose dont tu es fière ?

«Que mes bouquins soient lus dans les classes. Depuis que j’ai gagné le Prix des Lycéens en 2015 (remporté avec Derrière la haine , NDLR), je fais beaucoup de rencontres dans les écoles. Parfois, des élèves viennent me trouver à la fin de la rencontre: “Vous savez, Madame, moi j’aime pas lire, mais ce bouquin-là, je l’ai bien aimé. En fait, ça peut être chouette, de lire un livre.” Si je n’ai réalisé que ça,eh bien,ça me va!»

Barbara Abel, l’album d’une vie

Bébé Barbara

« Moi bébé avec mes parents. Ils ont 21 ans, leur couple n’a pas duré longtemps. C’est une des rares photos de moi avec eux deux. »

Portrait de famille

« En vacances avec mes enfants. Lou a 15 ans sur cette photo et Gabrielle 8 ans. C’était il y a trois ans. »

Premiers castings

« J’ai fait faire cette photo quand je voulais être comédienne pour l’envoyer aux castings, avec ma magnifique chevelure bouclée dont je faisais tant de complexes. Qu’on est bête quand on est jeune ! »

Le déclic

« Je l’ignore encore, mais ce cocktail marque le début de ma carrière de romancière. Il y a Gérard Goffaux, mon compagnon, Serge Brussolo, qui sera mon premier directeur de collection, et Éric Biville, le directeur de communication des éditions du Masque. Personne ne le sait, mais je suis enceinte de quelques semaines de mon fils aîné, Lou, raison pour laquelle je bois du jus d’orange… »

Sa « team »

« Avec mon éditrice, Céline Thoulouze, et l’autrice française Karine Giebel (dont les thrillers psychologiques sont traduits en 9 langues, NDLR). Ce sont mes potes à moi, le noyau dur de ma team, mes amies pour la vie. »

Retrouvez notre rencontre avec Barbara Abel en intégralité dans le GAEL d’avril, disponible en librairie!

GAEL avril

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