À part leur potentiel comique, Sarah, Bénédicte et Livia ont un point commun: leur avenir était plus ou moins partout, sauf dans une émission d’humour. Retour sur de jolis accidents de parcours qui ont les ont conduites jusqu’à la RTBF, où on les retrouvera à la rentrée dans la troisième saison du Grand Cactus. Par Florence Hainaut. Photos: Liesbet Peremans.

Les reines du Grand Cactus

Qu’est ce qui fait le succès du Grand Cactus? Des sketchs travaillés, des personnages délicieusement caricaturaux ou encore une réalisation léchée. Et que celui qui n’a pas hoqueté devant Kody en reine Mathilde se dénonce ou se taise à jamais! Mais les vraies reines du Grand Cactus, ce sont sans doute ces trois drôles de filles: Sarah Grosjean, Bénédicte Philippon et Livia Dushkoff. Les deux premières sont Les Poufs, soit Clitorine et Jessica, deux charmantes jeunes filles dont les connexions neuronales sont inversement proportionnelles aux rires qu’elles déclenchent. Livia est chroniqueuse sur le plateau de l’émission. Entre un repassage de trench, une retouche maquillage et deux photos, on s’est demandé comment elles vivaient leur nouveau statut officiel de filles rigolotes.

Bénédicte Philippon

La Belgique l’applaudit en Clitorine dans Les Poufs, caricature de candidate de téléréalité au français qui patine et aux grimaces hilarantes. L’actrice de 32 ans a fait le conservatoire, mais son truc, c’était plus la poésie que les sketchs. Et comment on passe de l’un à l’autre?

« C’est vrai que ça, je ne m’y attendais pas. Je suis plutôt tourmentée, introvertie. Plus jeune, j’étais tout sauf épanouie et heureuse. Le seul moyen que j’avais trouvé pour m’exprimer, c’était l’écriture », assure-t-elle. Bénédicte a 8 ans quand elle commence à écrire des poèmes « toujours très tristes ». Jeune adulte, elle se lance dans les nouvelles, écrit plusieurs recueils, « des trucs mystérieux, avec des anges ». Il y a une dizaine d’années, à la fin du conservatoire, elle a écrit un spectacle. « A priori pas comique, je trouvais ça mignon, un peu léger. Dans la salle, les gens étaient morts de rire. Ça a été une surprise totale pour moi », explique-t-elle. Alors pourquoi pas?

«Faire rire, ça a apaisé mon côté torturé »

« Je me suis servie, justement, de tout ce qui m’avait torturée pour en faire des trucs comiques. Mes sketchs, c’est toujours sur des thèmes qui, au départ, me rendaient triste: le célibat, les amours compliquées, le végétarisme, le fait d’être une femme, l’adolescence. Transformer ces sujets en blagues, ça permet évidemment de dédramatiser. De la même manière que dans Le Grand Cactus, on fait rire avec des trucs qui nous révoltent. Les scandales politiques, ça me met en colère. Et ça fait du bien de pouvoir en rire », assure la jeune femme.

« Ce que ça m’évoque d’ « être une femme qui fait rire »? Inconsciemment, ce n’est pas ça qu’on attend d’une femme… Au fond, c’est féminin ou masculin, l’humour? Aujourd’hui, c’est les deux. Je pense que pendant des années, la femme a été enfermée dans le « sois belle et point ».

Sarah Grosjean

Direction Liège. Et son accent. Gonflez-le à l’hélium et hop, voici Jessica, l’autre Pouf (en vrai, l’actrice de 30 ans a aussi un sacré accent!). Elle a fait des études en communication, sans énormément de conviction, avant de gagner un concours qui lui permet de rejoindre le célébrissime Cours Florent, à Paris. Une ville qu’elle subit plus qu’elle ne l’embrasse pendant quatre ans et demi. Elle réussit tout de même, et ça n’est pas rien, à monter et jouer sa propre pièce. Puis elle plaque tout. « Liège, euh la Belgique me manquait trop. Enfin, surtout, Paris ne me plaisait plus, c’était trop angoissant. La vie est trop chère, c’était compliqué de vivre de mon métier. Tout le monde veut être acteur, là-bas », explique-t-elle.

« Je me suis développé un sens de l’humour pour oser parler aux gens »

Sarah revient et traîne ses baskets au Kings of Comedy Club à Bruxelles. On lui avait pourtant bien dit, au Cours Florent, qu’on n’était pas là pour faire des sketchs. « Mais c’est quand même vers ça que je me suis dirigée » En Belgique, elle retrouve une connexion avec le public. « J’avais un sketch hyper liégeois qui ne passait pas du tout à Paris. Mais à Bruxelles, les gens adoraient. Ça parlait de mon adaptation à Paris, celle qui ne s’est jamais faite », rigole-t-elle. Ce sketch lui permet de rencontrer Kody et James Deano, ses « grands frères du stand-up ».

« Ce que ça m’évoque d’ « être une femme qui fait rire »? Faut un peu se comporter comme des hommes. Faire des blagues un peu osées, le genre que tu ferais avec ton frère, pas à la télé », assure-t-elle.

Livia Dushkoff

Sur le plateau du Grand Cactus, entre Thierry Luthers et David Jeanmotte, il y a Livia. La fille de la téléréalité? Non, celle qui est ingénieure commerciale. En fait, on parle de la même. Tout est question de point de vue.

À 32 ans, elle a pas mal roulé sa bosse. Ingénieure, donc, elle a d’abord été prof de maths en même temps qu’elle se présentait pour Miss Italie de Belgique. « Mes élèves avaient comme marque-page dans leur journal de classe ma photo en bikini avec ma banderole, bravo pour la crédibilité », souligne-t-elle avec humour. On la repère et on lui propose de participer à une téléréalité française (Le Bachelor). Elle a une vingtaine d’années. « C’est une expérience drôle que je ne regrette pas. Qui aurait refusé? Des mois de tournage dans des endroits paradisiaques, dans le monde entier, tous frais payés alors que je n’avais pas de sous pour partir en vacances… Et j’avais assez confiance en moi pour savoir que je n’allais pas passer pour une idiote », explique-t-elle.

L’étiquette colle fort, malgré tout. Et Livia a pris le pli de s’en amuser. « Forcément il y a beaucoup d’a priori sur ce milieu, et je ne suis pas la dernière à me dire parfois: “Mon Dieu, qu’ils sont bêtes”, alors qu’il faut être honnête, j’en ai fait partie… Mais du coup, ça peut être désarçonnant pour les gens quand ils apprennent à me connaître. Il y a quand même peu d’ingénieurs commerciaux dans le milieu »

« C’est une sorte de fan attitude, quelqu’un qui te hait à ce point. Il aime ne pas t’aimer »

Elle devient ensuite manager commerciale dans la presse écrite. Un job qu’elle a quitté il y a quelques mois: « J’ai l’âge d’avoir un boulot qui me plaît vraiment ». Mais il va falloir composer avec cet encombrant — mais assumé — passé. « Tu peux donner ton CV, ton diplôme, mais tout s’efface parce que quand on fait une recherche sur Google, on tombe sur des photos de toi en bikini. » Livia a un physique hors du commun. Et un cerveau aussi. Avec Le Grand Cactus, elle a découvert que certains valorisaient les deux: « quand Jérôme de Warzée m’a engagée, il m’a assuré que ce n’était pas pour me faire passer pour la bimbo de service. Maintenant j’ai vu que j’avais ma place sur une chaîne sérieuse, avec de vrais professionnels », conclut-elle.

« Ce que ça m’évoque d’ « être une femme qui fait rire »? Ah non, je ne pense pas, on peut être féminine et drôle!

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