Notre GAEL Guest du mois Joëlle Scoriels nous livre une phrase qui guide ses pas. Ou comment imaginer le pire peut faire surgir les bonnes surprises. Propos recueillis par Anne-Sophie Kersten.

« IL FAUT ALLIER LE PESSIMISME DE L’INTELLIGENCE À L’OPTIMISME DE LA VOLONTÉ »

« J’ai entendu cette formule un jour à la radio. Moi qui ai l’impression de ne jamais rien retenir, je l’ai sentie se ficher dans ma cervelle. Les mots exacts sont un peu différents, on les doit à Antonio Gramsci, un penseur italien du 20e siècle. Il disait dans une lettre à son frère écrite en prison : “Je suis pessimiste par l’intelligence, mais optimiste par la volonté.” »

En quoi est-ce que ça te ressemble ?

« Ma stratégie d’appréhension de la vie, c’est d’imaginer systématiquement le pire scénario mais toujours dans l’espoir d’être heureusement surprise par la tournure des événements. Et j’ai très souvent l’occasion de rebondir de joie puisque les choses se passent mieux que ce que j’envisageais. Je vois une espèce de devoir intellectuel et moral à anticiper tous les risques que représente une situation. »

Chez Gramsci, on entend aussi cette notion d’optimisme de la volonté.

« Dans sa lettre, on comprend que ça désigne une forme de courage. Moi je ne suis pas en prison, je ne suis pas une théoricienne politique, mais, dans mon humble existence, je ressens parfois la nécessité d’aller puiser dans des réserves de courage. Commencer une nouvelle vie de maman solo, je trouve que c’est courageux ! »

Donc tu n’es jamais tout à fait pessimiste ?

« Il y a un domaine dans lequel je ne parviens pas à imaginer de solution, courage ou pas courage : c’est l’avenir de notre civilisation. Cyril Dion (le réalisateur du film Demain) pense que, en changeant des choses à notre niveau citoyen, on va “renverser le paradigme” et forcer les politiques à suivre. Moi, je crois qu’il y a un pourcentage trop important de personnes mal instruites qui continueront à “mal” consommer ; et à l’autre bout, trop d’entrepreneurs superpuissants que rien dans le système n’arrête. »

C’est aussi une citation qui a l’air antinomique…

« C’est ça qui me ressemble. À l’usage, j’ai appris à me considérer comme un spécimen assez complet d’ambivalence. Je suis introvertie depuis ma petite enfance, mais j’exerce un métier d’exposition. Je rougis jusqu’à l’occiput si je dois prendre la parole devant des inconnus, mais je me fais remarquer en lâchant, depuis la périphérie du groupe, une vanne qui va attirer les regards sur moi. Je suis “dernière-minutiste”, mais je suis aussi perfectionniste. Je ne réponds jamais au téléphone, ce qui use mes amis, mais je franchirais des obstacles pour leur filer un coup de main. En fait, avec le temps, et en dépit de ce réflexe qui me conduit toujours à me juger durement, j’ai quand même fini par lui trouver presque du charme, à ma personnalité un peu de travers. »

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