Il y a cinq ans, la présentatrice et chroniqueuse de la RTBF a été notre toute première Guest. Et là, c’est comme si on ne s’était pas quittées. Confinée avec ses enfants (priés de jouer pendant que « maman est en réunion dans sa chambre »), elle plonge tout entière dans l’entretien Skype.

Assise sur son lit, sans fard face à son ordinateur portable, Joëlle Scoriels se livre avec une sincérité qui nous honore. Elle se reproche de « tout contrôler » mais, nous, on admire à quel point elle laisse entrevoir ses failles. Depuis notre dernière interview, Joëlle a connu plusieurs bouleversements : la séparation avec le papa de ses enfants, l’apprentissage de la vie de maman solo, la fin de 69 minutes sans chichis, un nouvel amoureux… Depuis trois ans, elle nous ravit en outre avec ses cours de français radiophoniques déjantés dans Entrez sans frapper sur La Première.

Tu es confinée seule avec tes deux enfants ?

Oui, mais ça va, je suis contente. Je trouve assez chouette de ne pas avoir à gérer les petits compromis du quotidien. Ça me semble le contraire de la maturité — qui serait de savoir composer jour après jour avec l’autre —, mais je trouve très confortable de ne pas devoir le faire.

La maturité, c’est aussi savoir ce dont on a besoin, soi…

Oui, je suis d’accord, mais il se trouve que le manque de souplesse est mon défaut. Je suis quelqu’un de rigide, très, très fort, même avec mes enfants.

Ça ne se devine pas dans ton travail.

C’est logique, on n’est pas les mêmes dans le cadre du travail. Moi, je pense que c’est mon défaut le plus triste au quotidien. Mon fils Sacha, 11 ans et demi, me dit que je manque de patience. C’est très généreux de sa part (sourire). Et oui, c’est vrai que ça se traduit comme ça.

Essayer de ne pas être rigide, c’est ton challenge à la maison ?

Je me rends compte que le meilleur moyen de me comporter mieux avec mes plus proches — parce que c’est évidemment avec eux qu’on est le plus infect —, c’est de prendre une distance et d’essayer de les considérer comme des invités. Quand il y a des petits copains à la maison, je suis beaucoup plus souple avec eux. Je me prends régulièrement en flagrant délit de comportement injuste avec les miens. Mes enfants ne sont pas un prolongement de moi : j’essaie de les reconsidérer comme des invités dans ma vie, que je devrais choyer.

« Je me sens un peu en flottement sur toutes ces questions-là, mon statut de maman, de femme séparée, etc. Je ne me sens pas très dessinée dans ma tête. »

Tu es aussi rigide avec toi ?

Oui, je suis affreuse ! Surtout dans le jugement envers moi-même, je suis beaucoup trop dure tout le temps. Au moment de ma séparation, il y a trois ans, j’avais refait, comme dans ma prime jeunesse, un petit peu de psychothérapie pour me sentir accompagnée. Je suis tombée sur une thérapeute super, mais je me suis rendu compte que ça ne servait pas à grand-chose : je contrôle tellement ce que je dis que je ne suis pas dans l’abandon. Malgré tout, cette dame a été très aidante, entre autres grâce à cette formule qui m’avait frappée : « Avez- vous l’impression de vous comporter comme une bonne mère envers vous-même ? » J’aimais bien cette idée d’être assez généreux, doux et maternant pour se choyer, se câliner, se consoler, s’aimer, se pousser en avant. C’est vrai que je ne suis pas une très bonne mère avec moi-même… Bref, je me sens un peu en flottement sur toutes ces questions-là, mon statut de maman, de femme séparée, etc. Je ne me sens pas très dessinée dans ma tête.

C’est un chantier en construction ?

Plutôt qu’un chantier, c’est une jachère : je vois bien qu’il y a plein de trucs à planter, à organiser, mais je laisse comme ça, en plan, en flou dans mon cerveau.

Ah, mais là tu ne contrôles plus, alors !

Sauf que je m’en veux : je vois tout le temps le chantier qu’il faudrait mener pour améliorer ma vie. Mais je manque de sens de l’entreprise. Ceci dit, en même temps, je me sens très, très bien en cette période

Photo: (c) Liesbet Peremans.

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