À 38 ans, Madame Cinéma de la RTBF a vu à peu près tous les films de ces quinze dernières années. En télé, en radio et dans la vraie vie, cette infatigable bosseuse nous les présente invariablement avec l’élégance de la légèreté. Et être légère, pour notre GAEL Guest Cathy Immelen, c’est choisir le bonheur, à chaque instant. Interview: Anne-Sophie Kersten. Photos: Laetizia Bazzoni.

Les confidences de Cathy Immelen

Que retiens-tu de ton enfance ?

Je n’étais pas malheureuse, mais ce n’était pas une époque bénie. J’avais l’impression d’avoir compris beaucoup de choses, notamment par rapport à la mort et aux enjeux de la vie, mais je n’étais qu’une petite fille, sans voix au chapitre. Ma maman m’a donné beaucoup d’amour mais elle n’avait pas lu Françoise Dolto et avait reçu une éducation hyper stricte. J’ai l’impression qu’on ne me laissait pas la place pour exprimer ce que j’avais en moi. J’ai le souvenir d’une enfance dans ma tête, toute seule, à réfléchir, à me dire : « Vivement que je sois grande, qu’on m’accorde du crédit. »

Comment avais-tu développé cette profondeur, si jeune ?

Parce que la mort est très présente chez moi. Ma grande sœur, qui était née avec des malformations cardiaques, est décédée quand j’étais toute petite. Et mon papa quelques mois après. Je devais avoir environ un an, d’après une photo que j’ai retrouvée. Je ne sais pas exactement quand ni comment mon papa est mort. La réponse officielle est qu’il a eu un problème cardiaque. Mais je ne veux pas ennuyer ma maman avec ça.

Donc tu as grandis avec une maman plongée dans une très grande tristesse.

Oui, et qui n’a jamais voulu la faire peser sur nous. C’est pour ça que c’est compliqué d’en parler. Pour elle, ça ne sert à rien de remuer le passé. Sauf que je pense à mon papa tous les jours. C’est là. J’ai une photo de lui, je ne connais rien de lui. Est-ce qu’il était content que je naisse ? Est-ce qu’il m’a tenue dans ses bras ? Est-ce que je lui ressemble ? Je ne sais pas. Ceci dit, ça ne me rend pas malade. Cette histoire peut te sembler un peu Rémy sans famille, mais ce qu’on n’a pas connu ne nous manque pas.

« À une époque, je me réveillais la nuit pour vérifier que maman respirait bien dans son lit. »

Un bon souvenir de ton enfance ?

Je suis couchée contre maman devant la télé, je lui fais des doudouces. C’est la personne que j’aime le plus au monde, je veux qu’elle soit heureuse. Je l’appelais « la 8e merveille du monde », et encore maintenant. À une époque, je me réveillais la nuit pour vérifier si elle respirait bien dans son lit.

Avec ton histoire, tu avais de bonnes raisons d’avoir peur qu’elle disparaisse.

Elle souffrait de graves crises de migraine qui l’obligeaient parfois à s’enfermer dans le noir pendant plusieurs jours, malade comme un chien. Le médecin lui faisait des piqûres de morphine pour qu’elle tienne le coup.

Qui s’occupait de toi ?

Le papa de ma demi-sœur, de quatre ans ma cadette. Mais maman m’a toujours dit que je jouais près d’elle dans le noir, avec un petit camion. J’étais une petite fille qui sentait tout ça, qui restait très calme, très silencieuse pour ne pas déranger. Après trois ans passés à l’hôpital avec ma grande sœur, puis son décès, puis celui de mon papa, maman m’a toujours dit : « S’il n’y avait pas eu un bébé, toi, à ce moment-là, je serais morte. Tu m’as sauvée. »

C’est pas rien, d’être la sauveuse de sa maman.

Oui, mais ça ne me semblait pas incroyable car c’est ce que j’ai toujours connu. Comme les trois lettres, DCD, à côté de « nom du père » sur les documents. J’étais habituée.

Que faisait ta maman dans la vie ?

Avant d’arrêter de travailler pour s’occuper de ma grande sœur, elle travaillait chez IBM. Elle était l’une des premières femmes à gérer ces ordinateurs gigantesques de l’époque, c’était une pointure. Quand elle s’est remise des décès qu’on a connus, elle n’était plus dans le coup. Elle est restée mère au foyer.

« À l’école, je n’étais vraiment pas populaire. Clairement, je n’étais pas jolie avec mes cheveux roux courts »

Où as-tu grandi ?

À « Jmep » comme on dit, Jemeppe, Seraing, dans une maison que maman avait fait construire, magnifique, avec un grand jardin, un très beau potager, des poules… et au loin, la vue sur les usines de Cockerill, le Standard de Liège, la Meuse. Je viens d’un quartier où il y avait plus d’Italiens que de Belges, un univers très ouvrier, au pied d’un terril.

Tu étais une petite fille solitaire ?

Disons surtout que je n’étais vraiment pas populaire. Clairement, je n’étais pas jolie avec mes cheveux roux courts. J’ai d’abord eu de magnifiques cheveux bouclés, mais un jour ma maman m’a emmenée chez le coiffeur pour « un peu couper ». On m’a laissé ça (elle montre 10 cm) ! Pour que ce soit plus pratique le matin ! Sans me demander mon avis ! Ce n’était pas méchant, mais ça montre qu’on ne tenait pas compte de mes envies. J’étais très mal dans ma peau. Et j’avais de gros problèmes de dentition. On m’appelait Bugs Bunny.

SUIVRE CATHY IMMELEN

  • ÉDITRICE ET PRÉSENTATRICE DE TELLEMENT CINÉ SUR LA DEUX, LE VENDREDI À 20 H 05. NE RATEZ PAS LE SPÉCIAL CANNES DU 24 MAI !
  • ANIMATRICE ET JOURNALISTE DANS POP M! SUR LA DEUX, LE SAMEDI VERS 22 H 15.
  • CHRONIQUEUSE CINÉ LE MERCREDI DANS LE 8/9 SUR VIVACITÉ, PUIS À 8 H 45 DANS LE MORNING CLUB SUR CLASSIC 21.

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