Avant de devenir une auteure à succès et d’adapter ses romans trépidants sur le grand écran, notre GAEL Guest Barbara Abel a connu la galère et le « néant » professionnel. Elle nous raconte son chemin vers la gloire. Par Anne-Sophie Kersten. Photo: Liesbet Peremans.

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Tu ne sembles pas avoir de rituel d’écriture très strict…

« Je n’ai pas eu le choix ! J’ai commencé à écrire dans l’urgence, enceinte puis avec un bébé dans les bras. Dès que j’avais 3 minutes, je les mettais à profit. Quand ton fils dort par périodes de 3 heures, tu dois choisir entre manger, te laver ou écrire. Tu y vas ! »

Tu devais ressentir une sacrée urgence d’écrire !

« J’avais presque 30 ans et je n’étais nulle part professionnellement. »

Nulle part ?

« Je n’avais pas de métier. J’essayais désespérément d’être comédienne, mais ça ne marchait pas. Moi qui, depuis toute petite, voulais être star de cinéma, sous les feux des projecteurs, adulée des foules ! Je ne me rappelle pas ne pas avoir rêvé d’être comédienne. Petite fille, je mimais le fait de me réveiller, pour le jouer le mieux possible si jamais un jour on me le demandait. »

« Je bossais tout le reste du temps : baby-sitting, ménages, enquêtes par téléphone… Deux années intenses! »

Tu as une formation de comédienne ?

« J’ai dû passer par l’université avant pour rassurer ma maman. J’ai fait les romanes à l’ULB. À 21 ans, je suis enfin partie vivre mon rêve à Paris, avec mon copain de l’époque. Pendant deux ans, j’ai suivi des cours de théâtre à l’école du Passage, dirigée par Niels Arestrup. Je bossais tout le reste du temps : baby-sitting, ménages, enquêtes par téléphone… Deux années intenses ! »

Et tu es revenue par amour…

« À 23 ans, je suis tombée amoureuse de Gérard. On se connaissait déjà depuis quatre ans, mais là, j’ai compris que c’était l’homme de ma vie. Il habitait à Bruxelles, moi je vivais à Paris… À l’époque, les appels internationaux coûtaient un bras et nous, on passait des heures au téléphone. Les factures ont fait exploser notre budget ! »

En Belgique, tu as trouvé des rôles ?

« J’ai essayé. Mais sans être dans une école, c’était très difficile d’être informée des castings. C’était avant Internet. Du coup, avec Gérard (Gérard Goffaux, dessinateur de BD et scénariste, NDLR), on a écrit une pièce de théâtre, L’Esquimau qui jardinait, pour que je puisse jouer dedans. Il a contracté un emprunt pour la financer. On se disait que ce serait un succès mondial et qu’ensuite, tous les metteurs en scène allaient me vouloir ! Tu es jeune, tu as des illusions… »

« Comme il fallait bien croûter, j’ai fait des métro-boulot-dodos, moi qui rêvais d’une vie hors des sentiers battus. Cinq ans, c’est long quand rien ne se passe… »

Vous y croyiez vraiment ?

« Ah oui ! J’étais sûre que ça arriverait. On a monté la pièce, mise en scène par feu Jacques Viala et avec Daniela Bisconti qui me donnait la réplique. On l’a jouée à La Samaritaine, au Centre culturel Jacques Franck, au Festival de Spa… Le public a adoré la pièce, mais ça n’a débouché sur rien, professionnellement. Ensuite, de mes 25 à mes 30 ans, il ne s’est rien passé. Comme il fallait bien croûter, j’ai fait des métro-boulot-dodos, moi qui rêvais d’une vie hors des sentiers battus. Cinq ans, c’est long quand rien ne se passe. Puis la trentaine est arrivée. Je me revois en pleurs : “Gérard, j’ai raté ma vie professionnelle mais je veux réussir ma vie de famille. Fais-moi un enfant !” »

Et là, tout est arrivé en même temps.

« Je suis tombée enceinte. On a dû quitter notre appartement. On a acheté notre maison actuelle, mais sans un sou pour les travaux. Dans ce chantier monstrueux, seule une pièce était vivable. Et là, par des détours invraisemblables, une nouvelle policière que j’avais écrite deux ans auparavant a atterri sur le bureau de Serge Brussolo, à l’époque directeur de collection aux éditions du Masque. Grâce à un pote qui travaillait dans un magasin de photocopies, j’avais imprimé une nouvelle en petit format pour la Fureur de Lire et je l’avais distribuée dans des librairies. Brussolo avait trouvé l’objet joli et l’avait glissé dans sa poche. Bien plus tard, sa femme était tombée dessus en allant porter son veston au pressing. Elle avait lu la nouvelle et lui avait dit : “Lis ça, c’est pas mal.” Donc j’ai reçu un e-mail de Brussolo : “J’ai lu votre nouvelle L’étranger dans la maison. C’est très bien. Je cherche des jeunes auteurs. Si vous avez un projet de roman, n’hésitez pas à me le faire savoir.” Ce train-là, je ne pouvais pas le rater ! »

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GAEL avril

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