Quel futur attend la fashionsphère? Des vêtements high-tech produits à partir d’imprimantes 3D ou des pièces réalisées à l’ancienne, dans de petits ateliers locaux? 8 acteurs qui font la mode belge aujourd’hui nous ont prédit l’avenir.

Astrid et Aude Regout

À LA TÊTE DE RUE BLANCHE

« La mode ne s’est jamais autant cherchée qu’aujourd’hui. Nous nous trouvons à un tournant dans l’évolution de l’industrie. C’est à la fois difficile et terriblement intéressant. Nous pensons que les gens vont être de plus en plus conscientisés par les questions environnementales. Ils vont donc acheter moins, mais mieux. Les marques qui vont privilégier cet aspect auront plus de chances de se développer.

Nous croyons beaucoup à la disparition du découpage de la mode en saisons. Les capsules présentées tout au long de l’année cadrent davantage avec les besoins réels des consommateurs. Qui a encore envie d’acheter des pièces d’été en février? La personnalisation des vêtements va également jouer un rôle de plus en plus central, crucial même. Les boutiques ne vont pas disparaître, au contraire. Elles s’apparenteront à des lieux d’expériences dans lesquels les gens vont pouvoir s’immerger totalement dans l’univers de la marque. »

Annemie Verbeke

CRÉATRICE

« Le contact physique avec le vêtement est essentiel. Les gens ont besoin de sentir les matières et leur effet sur la peau. Je crois beaucoup en cette idée de sensation. L’autre aspect fondamental, c’est le plaisir qu’on peut ressentir en entrant dans un magasin pour y découvrir de nouvelles choses. Je ne crois donc pas que les boutiques vont disparaître au profit des e-shops. Les marques vont continuer à exister, mais elles auront moins de pouvoir qu’avant. Tout le monde peut créer des vêtements. Et s’il est probable que le phénomène du designer star va perdurer — les gens en ont besoin —, la question est de savoir si ceux qui brilleront seront les bons. »

Edouard Vermeulen

FONDATEUR DE LA MAISON NATAN

« La nouvelle génération de clients envisage la mode autrement. Elle a d’autres centres d’intérêt. Les gens veulent manger sainement, voyager, habiter une belle maison. Remplir leur dressing ne fait plus forcément partie de leurs priorités. Le regard qu’ils portent sur le monde a lui aussi changé. Ils ont d’autres ambitions dont nous devons tenir compte. Je réfléchis beaucoup à ces questions. Mon équipe et moi y sommes très attentifs, mais je n’ai pas peur de cette évolution. Depuis trente-cinq ans, la valeur centrale de la maison Natan a toujours été le respect: respect pour le produit, le client, le rapport qualité/prix, la manière de produire les vêtements, le monde en général. Si vous travaillez de manière correcte, sincère et éthique, vous trouverez toujours votre place, j’en suis certain. C’est aussi pour cela que je crois au futur des boutiques. Je pense qu’elles ne seront jamais totalement supplantées par la vente en ligne.

Mais pour ça, nous devons créer une expérience unique dans nos magasins. Nos clients doivent se dire que venir faire ses achats chez Natan, c’est une sortie à part entière. Mon credo a toujours été simple: rester fidèle à soi- même et faire toujours mieux qu’hier. »

Wright

NOUVEAU COLLECTIF

« En nous libérant du diktat des saisons, nous espérons rompre avec la réalité du paysage de la mode actuel. Les frontières entre les saisons deviennent plus floues. Ce qui va continuer à primer, ce ne seront plus les tendances, mais bien notre authenticité et notre manière artisanale de produire des vêtements. La qualité va primer sur la quantité. »

Nathalie Pompen

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CRÉATRICE DE LA PLATE-FORME DE VENTE EN LIGNE CARRÉCOUTURE

« Lorsque je réfléchis au futur de la mode, trois mots-clés me viennent à l’esprit: image, durabilité et exclusivité. Je pense que les marques haut de gamme vont redoubler d’efforts pour soigner leur image et pouvoir justifier leurs prix. Pour que cela fonctionne, il faudra passer par une limitation des promotions et des soldes sauvages. Ces réductions sont la conséquence d’une offre trop importante et plus du tout en phase avec la demande réelle du marché.

Si les prévisions étaient plus réalistes et plus précises, on pourrait éviter un effet de surproduction tout en proposant des pièces plus exclusives. Le mot luxe continuerait à vouloir dire quelque chose de concret. En tant que cliente, vous n’avez aucune envie que le chemisier que vous venez d’acheter se retrouve partout. Je pense aussi que les magasins physiques ne vont pas disparaître complètement. Ce qui va changer, c’est la forme qu’ils vont prendre. On parlera plutôt de showrooms, comme ceux qu’on connaît déjà dans le secteur automobile. Les clients pourront voir les pièces et les toucher, puis les commander dans la couleur, la matière et les finitions de leur choix. Un peu comme les acheteurs et les propriétaires de boutiques le font déjà lorsqu’ils font le tour des showrooms avant chaque saison. »

Odile Jacobs

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CRÉATRICE

« Les vêtements sont comme une seconde peau. Je les apparente à une expérience physique. On les sent, on les touche, on les regarde. Ils nous servent à communiquer nos émotions, notre état d’esprit, notre humeur, notre individualité. Dans le futur, je pense que ces deux aspects du vêtement resteront primordiaux. Les créateurs qui seront fidèles à cette approche auront du succès, c’est indéniable. »

Paris & Melissa

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DU LABEL SNOBE

« Le monde virtuel va gagner en importance, mais pas au point de faire disparaître les boutiques. Le secteur du luxe a besoin des magasins physiques. Un achat dans une telle enseigne doit rester une expérience unique. Nous sommes allés acheter un parfum à la boutique Chanel. C’était un moment à part. De la présentation du produit à son emballage, chaque détail avait son importance. Ce niveau de service est impossible à atteindre en ligne. »

Bernd Keller

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MANAGING DIRECTOR DE MARC O’POLO

« La meilleure manière de prévoir l’avenir, c’est d’y contribuer. Je n’ai pas l’intention de suivre le courant. Les contours de la mode du futur, je veux les dessiner. L’une des grandes tendances de ces dernières années, c’est la technologie: l’impression 3D, les fils ultra-technologiques, les vêtements intelligents (ceux qui, par exemple, mesurent votre pouls ou s’adaptent à la température ambiante). Comme pour toute tendance, on peut percevoir, dans un même temps, l’antitendance, c’est-à-dire une volonté de revenir à davantage d’individualisme, de luxe dans le sens artisanal du terme, donc à des produits qui ont une âme. Les gens ne cesseront jamais d’être sensibles à la beauté d’un vêtement. À condition qu’elle repose sur un vrai savoir-faire et beaucoup d’amour. Le futur de la mode est magnifique. À nous d’y contribuer et surtout de continuer à produire de beaux vêtements. »

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