Une brise légère qui nous rafraichit, le bruit des vagues. Et le livre dont on aimerait qu’il ne termine jamais, comme ces vacances.

« Fendre l’armure » d’Anna Gavalda

Si votre boulot, vos deux ados ou votre addiction à la salle de fitness vous a coupé du monde, ces sept nouvelles vont vous y replonger illico. Anna Gavalda, à qui l’on doit Ensemble, c’est tout et Je l’aimais, c’est un peu la bonne copine qui, avant même d’avoir commandé son verre de rosé, a repéré la fille qui pleure derrière ses lunettes de soleil et le vieux couple qui se fait la gueule. Douée pour l’observation, elle ne l’est pas moins pour la narration.

Chaque nouvelle nous fait entendre la voix d’un personnage avec ses mots, ses intonations, son souffle et ses hésitations. Comme le titre du recueil l’indique, chacun à sa façon cherche à «fendre l’armure», métaphore chevaleresque qui désigne l’effort pour surmonter ses doutes et s’ouvrir aux autres.

Que ce soit pour la jeune vendeuse dans une animalerie qui tombe amoureuse, l’expert en assurances convoqué par la directrice de l’école de son fils, le camionneur qui cherche un endroit pour enterrer son chien, la veuve qui cache son alcool sous les paquets de céréales à la caisse du supermarché ou le père mélancolique qui emmène sa fille au McDonald’s, la solitude semble inévitable. Et pourtant, il suffit de les entendre penser tout haut entre les pages pour avoir envie de les prendre dans nos bras et de leur dire que ça ira.

  • Fendre l’armure, Anna Gavalda, 239 p., Ed. La Dilettante.

« L’autre qu’on adorait » de Catherine Cusset

Il y a dans cette biographie d’un genre particulier tous les éléments pour se poser deux ou trois questions utiles sur sa propre vie. En racontant à la deuxième personne les échecs jusqu’au suicide de son meilleur ami, Catherine Cusset ne s’adresse pas seulement à lui mais aussi à nous, lecteurs.

Qu’attendre des amis, des livres et de l’amour? Que veut dire réussir? Que cachent nos émotions? Autant d’interrogations que suscite le parcours en dents de scie de Thomas Bulot. Titulaire à 20 ans d’une bourse à Columbia, ce Parisien séducteur et séduisant se lance avec enthousiasme dans la carrière universitaire.

Passionné, excessif, inconstant, il agace ses collègues et lasse ses petites amies, jusqu’à ce que s’installe en lui un affreux doute: serait-il en train de tout rater? Crises d’angoisse, sautes d’humeur, accès d’optimisme, anéantissements dépressifs alternent de plus en plus vite pour dessiner une spirale dont Thomas ne sortira pas.

  • L’autre qu’on adorait, Catherine Cusset, 304 p., Ed Gallimard

« Les furies » de Laurent Groff

Lors de sa publication aux USA en 2015, Barack Obama a déclaré que c’était le meilleur roman de l’année (c’est Michelle qui le lui a fait lire) et il avait sans doute raison.

L’histoire n’a à première vue rien d’exceptionnel: Lotto, jeune mâle blanc de 22 ans issu d’une riche famille américaine du Sud, tombe raide dingue amoureux de Mathilde, une beauté venue de nulle part. Renonçant à l’héritage familial et à ses innombrables conquêtes, il épouse sa belle inconnue en deux semaines contre l’avis de sa mère. Idolâtré, envié par ses amis, le couple traverse les années avec grâce et légèreté malgré les difficultés de Lotto à lancer sa carrière d’acteur et malgré les éblouissements de sa consécration tardive en tant que dramaturge.

Qu’on ne s’y trompe pas, Lauren Groff n’est pas en train de nous raconter une énième histoire d’amour réussie ou une fresque conjugale aux motifs fleuris. Si un lecteur attentif sent percer l’ironie au détour des phrases, ce n’est que dans la deuxième partie, où émerge le point de vue de Mathilde, que le récit prend alors tout son sens. Opérant un prodigieux renversement romanesque et féministe, l’auteur nous montre à travers la colère de son héroïne que l’amour, même intense, ne peut effacer l’inexorable vérité des êtres.

  • Les Furies, Laurent Groff, 427 p., Ed. de l’Olivier.

Vive les vacances!

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