À l’occasion du 8 mars, journée internationale pour les droits des femmes, plusieurs papas prennent une pause, et la pose, avec leurs filles. ALBIN WANTIER, 39 ans, consultant indépendant, et ses filles OLIVIA, 11 ans, et MILLIE, 8 mois.

ALBIN

« J’imagine que la journée pour les droits des femmes est surtout importante pour mesurer les avancées réalisées depuis l’année précédente. Je ne suis pas le premier concerné, mais s’il y a eu progrès en la matière, ça ne m’a pas sauté aux yeux. En tant que parents, nous essayons de transmettre la curiosité à nos filles. Nous les stimulons pour qu’elles s’intéressent à un maximum de choses et puissent trouver d’elles-mêmes ce qui les passionne.

En corollaire, nous leur répétons qu’il n’y a pas de limite à ce qu’elles pourraient faire de leur vie. On leur répète qu’il n’y a rien pour les filles, rien pour les garçons. Ce serait idiot qu’elles se brident en pensant que certaines vocations seraient réservées aux hommes. Avec Olivia, on lutte sans cesse pour rectifier les stéréotypes genrés transmis par l’école, les magasins, la pub, etc. 

On lui a toujours expliqué que cette segmentation entre filles et garçons n’avait aucun sens et que ça ne devait pas la brider. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’elle s’est un peu affranchie de tous ces stéréotypes. Dans un magasin de vêtements, ça ne lui pose aucun problème de choisir un pantalon dans le rayon des filles et un sweatshirt dans le rayon des garçons.

Il y a dix ans d’écart entre mes deux filles. La grande a l’air de plutôt bien s’en sortir sur les questions de genre. Elle a un regard assez critique pour son âge. Elle a très vite posé beaucoup de questions: pourquoi tous les matchs de foot de l’équipe nationale masculine passent en direct et rarement ceux des femmes, pourquoi y a-t-il si peu de personnages féminins dans le jeu Qui est-ce? Je n’ai pas l’impression qu’il y ait beaucoup de choses à changer pour l’éducation de la petite. On fera comme on a fait avec la grande.

« On passe beaucoup de temps ensemble, on parle pas mal. Je ne peux peut-être pas tout lui dire, mais on peut vraiment parler » – Olivia

Est-ce que je me considère comme un père féministe? Pas du tout. Ma compagne est féministe parce qu’elle est militante et engagée. Elle contribue activement au débat et participe à des initiatives pour faire évoluer la situation des femmes. Ce n’est pas mon cas. Pour ma part, j’essaie juste de faire preuve de bon sens.

En tant qu’homme, je n’ai jamais subi la moindre discrimination de genre. Une femme peut sans doute être plus sensible sur ces questions, repérer plus facilement les signes avant-coureurs. En tant qu’homme, on peut au mieux s’imaginer ce que ressentent les femmes victimes de discrimination, mais on ne peut jamais vraiment se mettre à leur place. Je me pose énormément de questions, mais elles ne viennent pas forcément de ma paternité. C’est surtout ma compagne qui m’amène à me remettre en question.

Depuis le début de notre relation, elle a parfois relevé certains propos de ma part qui n’étaient pas corrects vis-à-vis des femmes et dont je n’avais pas forcément conscience. Ou alors il s’agit d’habitudes. Presque naturellement, par exemple, c’est toujours moi qui prends le volant de notre voiture, sauf si j’ai un verre dans le nez. Quand j’y réfléchis, je n’y trouve aucune raison objective, sauf à répliquer ce cliché sexiste: les voitures sont un truc d’hommes

« Le sexe, c’est comme l’origine sociale, la religion, le niveau du diplôme ou la couleur de la peau. Ça n’a jamais déterminé la valeur d’une personne » – Albin

Ce que je souhaite pour mes filles, c’est qu’elles soient tout simplement épanouies et qu’elles prennent conscience qu’il n’y a aucune raison de trouver plus d’obstacles sur leur chemin qu’un homme. Si je pouvais changer quelque chose dans la société pour qu’elle corresponde au monde dans lequel je voudrais que mes filles grandissent, ce serait qu’on arrête simplement de se juger les uns les autres en fonction des étiquettes qu’on porte sur le front: le sexe, c’est comme l’origine sociale, la religion, le niveau du diplôme ou la couleur de la peau. Ça n’a jamais déterminé la valeur d’une personne.

En tant que père, ce que j’espère que mes filles n’auront jamais à vivre, c’est une agression physique. Ce qui m’a le plus effrayé dans le mouvement #MeToo, c’est d’entendre une bonne partie de mes amies raconter qu’elles avaient déjà été victimes d’une agression sexuelle mais n’en avaient jamais parlé. Mettre les visages de ses proches sur des statistiques, ça fout une fameuse claque. »

OLIVIA

« Quand je vois les autres papas, je me dis que le mien est pas mal. Je trouve que les autres crient beaucoup. Le mien est cool, il est drôle, il connaît plein de choses et il me les apprend. Il est bon public quand je fais de l’humour, il s’occupe beaucoup de moi. On va souvent à la piscine, on fait des balades dans les bois, on passe beaucoup de temps ensemble, on parle pas mal. Je ne peux peut-être pas tout lui dire, mais on peut vraiment parler. Ce que je changerais chez lui ? Quand je veux manger quelque chose, il me demande si j’ai vraiment faim ou si c’est juste de la gourmandise et ça m’énerve ! »

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