Thriller psychologique, récits autobiographiques ou fable des temps modernes: notre journaliste Paloma de Boismorel vous dévoile ses coups de coeur littérature du mois.

Se réparer

Le bol bleu dans lequel Simon boit son premier café du matin s’est brisé. Pour ce psychanalyste attentif aux souffrances d’autrui, la cassure ouvre des blessures profondes et muettes. À deux doigts de la retraite, il décide sur un coup de tête de quitter la ville de son enfance pour partir sur une île inconnue au Sud du Japon. Conseillée par son partenaire d’échecs, cette destination exotique lui offre enfin l’opportunité d’écouter son propre silence et de s’ouvrir à des pratiques mystérieuses et symboliques, comme le kintsugi ou l’art de réparer. Un roman à l’écriture lente et précise qui prend la forme d’une quête initiatique, entre thriller psychologique et invitation à la méditation.

  • LA PATIENCE DES TRACES, JEANNE BENAMEUR, 208 P., ÉD. ACTES SUD.

Un héros d’aujourd’hui

« Qu’est-ce que j’ai fait de ma vie ? », se demande Tom derrière le comptoir de sa boutique de compléments alimentaires pour bodybuilders. Fatigué du matin au soir, ce quinquagénaire aux muscles gonflés doit accueillir chez lui son père condamné par un cancer et son fils meurtri par une rupture amoureuse. N’aspirant qu’à la tranquillité, notre homme rêve néanmoins de se prouver son héroïsme et vient à la rescousse d’une femme dans la rue. Mais l’épouse de Tom voit d’un mauvais œil l’arrivée dans leur appartement déjà surpeuplé de cette jolie rousse qui prétend être une vache et s’appeler N7A. Encore une fois, Thomas Gunzig signe une fable drôle et futée sur les travers de notre société.

  • LE SANG DES BÊTES, THOMAS GUNZIG, 224 P., ÉD. AU DIABLE VAUVERT.

Souvenirs rêvés

À plus de 70 ans, Haruki Murakami délaisse les constructions compliquées de ses sagas historiques et fantastiques pour se concentrer sur l’essentiel. Le romancier japonais déploie les motifs familiers de son imaginaire à travers huit récits que l’on soupçonne être plus ou moins autobiographiques. « La mort d’un rêve est peut-être plus triste, en un sens, que celle d’un être vivant », murmure le narrateur d’une des nouvelles. Jeunes étudiants passionnés de jazz, femmes évanescentes et fatales, matchs de base-ball, lieux déserts et rendez-vous manqués remplissent les pages de ce recueil qui oscille entre mélancolie, absurde et surnaturel.

  • PREMIÈRE PERSONNE DU SINGULIER, HARUKI MURAKAMI, 154 P., ÉD. BELFOND.

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