Quelle est la recette magique d’Isabelle Arpin? Les gourmets de la capitale ne cessent de faire les éloges de la cheffe étoilée qui a récemment repris les commandes du Louise 345.  Sa cuisine, sa vision du métier et ses adresses préférées: la cheffe se livre sur son quotidien.

On lit beaucoup que ta cuisine est féminine. Ça veut dire quoi?

« Je ne sais pas, je ne comprends pas. Je demande toujours aux gens ce qu’ils entendent par «féminine». Ils me disent que c’est élégant. Mais chez les hommes aussi, c’est élégant. Alors je ne sais pas. Est-ce que c’est le fait que j’aime mettre des fleurs dans mes plats? Mais les hommes aussi mettent des fleurs: Sang Hoon Degeimbre, Sergio Herman. Je pense que si on prenait quelques chefs qui créent des assiettes très esthétiques et qu’on essayait de faire deviner qui a fait quoi, on n’y arriverait pas spécialement… On a peut-être des styles différents, mais ils ne sont pas liés au fait qu’on est un homme ou une femme. »

On te parle beaucoup du fait que tu es une femme dans un monde a priori masculin?

« Il y a plus de femmes qu’on ne le pense. Elles sont peut-être moins visibles. Le fait qu’elles ont une vie de famille fait qu’elles sont parfois moins disponibles pour faire de la communication, être présentes dans les médias, sur des événements. Au festival gastronomique Culinaria, j’étais la seule femme. Je ne pense pas que l’organisateur soit misogyne. Mais du point de vue de la logistique et de l’emploi du temps, c’est compliqué pour beaucoup de femmes, il faut l’avouer. »

« Rentabiliser un restaurant étoilé, c’est vraiment pas évident. »

Un chef doit sortir de sa cuisine?

« Oui. Pour ne pas s’ennuyer. Et puis financièrement, quand tu es propriétaire, c’est com- pliqué. Rentabiliser un restaurant étoilé, c’est vraiment pas évident. J’entends les critiques, les gens qui se plaignent des chefs qui ont plusieurs restaurants, qui ne sont pas toujours en cuisine. Mais c’est presque impossible d’être toujours là. Il faut sortir pour la visibilité, montrer son travail. Dans des événements comme Culinaria, où tu sors 400 couverts, il faut que tout soit impeccable et représentatif de ce que tu fais. Faut pas bâcler. C’est important. »

Tu vas beaucoup au restaurant?

« Oui, quand même, comme je ne cuisine pas à la maison. Mais je vais toujours dans les mêmes. »

Tu y vas pour la cuisine ou pour les gens?

« Les deux, je vais chez les gens que j’aime et où je me sens à l’aise. »

D’après nos informations, à Bruxelles, tu vas à La Belle Équipe pour les pizzas, dans le centre, au Wine Bar des Marolles, rue Haute et chez Crab Club à Saint-Gilles.

« (Elle rit.) Oui, c’est ça. Et chez Maru, aussi, le Coréen à Ixelles. Mais j’essaie de découvrir d’autres univers, en dehors de Bruxelles. Je suis allée l’autre jour chez Maxime Collin à Kraainem, où je n’étais jamais allée. C’était super. Mais c’est hyper dur de me faire sortir de Bruxelles, même si je ne suis pas bruxelloise. On dit toujours des Bruxellois qu’ils ne dépassent pas le ring. Et je ne comprenais pas pourquoi, mais je m’aperçois que sans m’en rendre compte, j’ai fini par faire exactement la même chose. Je suis paresseuse, j’aime la facilité, donc je vais manger pas trop loin. »

Tu n’as pas peur d’être déçue quand tu vas au resto?

« Si, bien sûr. C’est pour ça que non seulement je ne fréquente que quatre endroits, mais en plus j’y mange tout le temps la même chose, les mêmes plats. J’aime bien, pourquoi changer? »

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