Quels livres allez-vous dévorer durant ce mois d’octobre? Quels tomes se glisseront sur votre table de nuit? Notre journaliste Paloma de Boismorel fait son top 3.

Vous connaissez vos livres sur le bout des doigts? Chaque réplique est ancrée en vous? Il est temps de renouveler votre bibliothèque! Voici 3 nouveaux livres, aux styles très variés, qui vont vous procurer des heures de bonheur littéraire.

Rien que la vérité

En octobre 1941, trois personnes sont sauvagement assassinées à la serpe dans un château au fin fond du Périgord. Tout accuse le seul survivant de ce massacre, Henri Girard, qui est cependant relâché par la justice. Intrigué par la personnalité explosive de ce dernier, Philippe Jaenada s’est lancé à corps perdu dans une enquête. Depuis quelques livres, l’auteur a fait de la vérité sa spécialité. Sa méthode est toujours la même: il choisit un fait divers (de préférence un peu daté), rouvre tous les dossiers, inspecte les lieux et dégaine son clavier. Grâce à des recherches démesurées et à sa sensibilité exacerbée de romancier, son verdict entre souvent en contradiction avec les conclusions les plus partagées.

Côté écriture. Philippe Jaenada ne se contente pas de raconter ou d’imaginer les faits, il interroge les objets, scrute les voisins, ouvre les tiroirs, guette les volets fermés et confie à son lecteur toutes ses pensées. Alors que dans La Petite Femelle (sur l’affaire Pauline Dubuisson), il partageait ses réflexions sur la vie de couple, il profite ici des relations houleuses d’Henri Girard avec son père pour nous confier quelques souvenirs touchants avec son fils.

  • LA SERPE, PHILIPPE JAENADA, 648 P., ÉD. JULLIARD.

Elixir d’amour

Et si la passion amoureuse pouvait être un remède à la maladie? Inclassable et surprenant, le nouveau roman d’Eric Reinhardt commence par le récit du cancer de sa femme et leur lutte conjointe contre la mort. Le romancier y prône le dépassement de soi et les miracles de l’amour conjugal. Impossible de ne pas être touché par une telle démonstration de lyrisme et de romantisme.

Plus troublante, la deuxième partie est constituée de l’histoire que l’auteur aurait voulu écrire et publier à partir de cette expérience douloureuse. Exercice de style inutile? Fantasmes embarrassants? Ou sublimation de la souffrance par l’art et les sentiments? Impossible de trancher, à chaque lecteur d’en juger. Côté écriture. Au-delà de la prise de risque inhérente à la construction du roman, on se laisse facilement porter par les longues phrases fluides d’Eric Reinhardt qui enflent ou rétrécissent au fil des émotions et de la narration.

  • LA CHAMBRE DES ÉPOUX, ERIC REINHARDT, 176 P., ÉD. GALLIMARD.

Eaux troubles

Une belle propriété au bord du lac de Genève, un été sans fin, des jeunes filles belles et insouciantes, une partie de cache-cache… Dans ce décor de conte de fées, l’angoisse est d’autant plus intense pour Benjamin, qui se souvient vingt-quatre ans après de l’après- midi où sa sœur Summer a disparu. Il revoit le petit signe de sa main qui lui était peut-être adressé, il repense à la fébrilité désespérée de ses parents, à son mal-être d’adolescent et au lent oubli qui a suivi. Décidé à lutter contre les brumes du passé, Benjamin, devenu adulte, tente une dernière enquête pour retrouver les traces de sa sœur. On aime l’atmosphère à la fois trouble et esthétisée de ce thriller psychologique qui nous rappelle la beauté inquiétante du film Virgin Suicides de Sofia Coppola.

Côté écriture. Bien que porté par un réel suspense (avec coup de théâtre et révélations), le roman brille aussi par son style lyrique et métaphorique qui convoque sans cesse l’image du lac et de ses profondeurs pour illustrer le malaise du narrateur.

  • SUMMER, MONICA SABOLO, 320 P., ÉD. JC-LATTÈS.

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