L’été se termine, la rentrée littéraire pointe le bout de son nez et nous fait oublier les heures de lectures effrénées sous les palmiers. Editeurs et auteurs ont patienté pour vous livrer leurs nouveaux opus. Glaçants, passionnants, émouvants, éprouvants… voici trois must-read de septembre 2017.

1Femme d’avant-garde

Quand deux soeurs décident de raconter l’histoire de leur grand-mère, on s’attend au mieux à quelques anecdotes touchantes. Mais l’aïeule d’Anne et Claire Berest n’était pas du genre à broder des bavoirs pour ses petits-enfants. Féministe et avant-gardiste, Gabriële a rencontré, aimé et influencé des artistes révolutionnaires comme Marcel Duchamp, Apollinaire ou Francis Picabia, qu’elle a épousé et avec qui elle a eu quatre enfants. Pour percer le halo de scandale qui entourait cette musicienne et théoricienne de l’art, les deux écrivaines ont mené l’enquête et comblé les silences avec leurs propres mots. Elles signent à quatre mains cette autobiographie romancée qui dessine les contours d’une existence palpitante en connexion avec l’aventure artistique du 20e siècle.

Pour prolonger: Même époque, mêmes milieux artistiques, Mathieu Terence évoque le destin passionné et passionnant de la poétesse anglaise Mina Loy (Mina Loy, éperdument, éd. Grasset).

  • Gabriële, Anne et Claire Berest, 446 p., Éd. Stock.

2Romance romancée

Emma Parker a le nom d’une héroïne de roman. C’est peut-être cela qui a séduit en premier l’écrivain Philippe Vilain, qui nous raconte son coup de foudre pour cette étudiante de dix-neuf ans sa cadette. Peut-être est-ce aussi l’enfance cosmopolite ou la féminité balbutiante de la jeune fille qui cache sa timidité derrière un bavardage sautillant et des jupes très courtes. Mais ce qui va définitivement conquérir le cœur de l’auteur, c’est l’incertitude tragique qui l’entoure. Atteinte d’un hématome au cerveau, l’insouciante étudiante peut mourir à tout moment. Véritable course contre la mort et l’oubli, cette histoire d’amour au dénouement étrange illustre avec brio le pouvoir ironique de la littérature sur la vie.

Pour prolonger: On se laisse piéger avec Joan Sfar par les rencontres improbables que la vie nous offre (Vous connaissez peut-être, éd. Albin Michel).

  • La fille à la voiture rouge, Philippe Vilain, 250 p., Éd Grasset.

3Introspection

Peu d’auteurs ont déplié les recoins de leur vie avec autant de précision que Knausgaard. Dans le quatrième tome de son autobiographie en six volets, l’auteur scandinave revient sur son adolescence et ses premières années d’instituteur dans un petit village de pêcheurs au nord de la Norvège. Bravant la banalité du quotidien, il s’acharne à restituer ses gestes, ses pensées et ses paroles en suivant le fil parfois emmêlé de sa mémoire. Si le projet peut sembler rébarbatif et narcissique, on change vite d’avis tant la lecture est addictive. Peu soucieux de dorer son image, le narrateur nous dresse le portrait attachant d’un jeune homme incertain torturé par ses obsessions et par la figure d’un père imprévisible. Succès d’édition en Norvège et dans les pays anglo-saxons, cette entreprise titanesque tend un miroir compatissant à nos propres errances d’être humain menacé par la honte et le sentiment de déchéance.

Pour prolonger: Ou si on se sent un peu dépassé par ces 600 pages, on plonge avec délices dans Mon père, ma mère et Sheila (d’Eric Romand, éd. Stock), qui conte les souvenirs doux-amers d’une enfant dans les années 70.

  • Aux confins du monde, Karl Ove Knausgaard, 656 p., Éd. Denoël.

Spécial rentrée: