Les Bruxelloises Sasha et Julie se sont rencontrées au Conservatoire de jazz. Avec leur duo vitaminé, elles vont passer leur deuxième été à chanter. À 26 et 27 ans, elles comptabilisent plus de 400 concerts. Tranches zestées de leur vie très « scène ». D’après une interview d’Isabelle Blandiaux.

Prenez des claviers, de l’électro, des beats bien sentis, un soupçon de guitare, deux voix graves affirmées, des influences jazz, soul, R’n’B, hip-hop, ajoutez une bonne dose de punch communicatif, de féminisme assumé et d’autodérision. Secouez, servez live, et vous aurez le groove irrésistible de Juicy. Trois cents concerts en deux ans, un premier EP (5 titres), Cast a Spell, sorti en mars 2018, suivi d’une nouvelle longue tournée et d’un deuxième EP, Crumbs, publié en digital en mars dernier: tel est le bilan du jeune groupe qui enchaîne les concerts en attendant la sortie de leur premier album l’année prochaine.

Qu’est-ce qui vous réunit, toutes les deux ?

Sasha On s’entend super bien. Être collègues et amies, c’est génial : on s’enthousiasme pour les mêmes trucs. La musique a toujours été notre métier mais là, ce projet est devenu notre activité principale.
Julie On a les mêmes goûts musicaux (jazz, soul, pop), les mêmes parcours d’études et les mêmes désirs en matière de compositions.

Le thème du sexisme, surtout très développé sur le premier EP, était-il important pour la création de votre duo féminin ?

Julie On avait envie, avec le premier EP, de donner une réponse aux covers de morceaux sexistes qu’on faisait avant, puisque la femme est réduite à un objet dans beaucoup de titres R’n’B et hip-hop. On a donc pris des clichés misogynes et on les a tournés en dérision. Le deuxième EP aborde différents thèmes : une femme qui fait un bébé toute seule, un militaire torturé, une personne qui ne se sent pas dans le bon sexe… Dans les deux cas, on veut parler de la société dans laquelle on vit, même si c’est à travers des personnages fictifs. On a besoin d’avoir un certain engagement dans nos textes.

Pourquoi avoir publié deux EP avant votre premier album ?

Sasha C’était une façon d’être déjà présentes sur la scène musicale. Un EP est moins coûteux qu’un album ; or, on est en autoproduction. C’est une manière aussi de se chercher avant de se lancer. Cela nous a appris pas mal de choses, y compris à fusionner toutes les influences qu’on a envie de fusionner, tout en restant dans une musique accessible.

Le côté foisonnant de votre musique, qui mêle des tas d’influences, il vient de vos racines jazz où il y a beaucoup de mélanges ?

Julie Oui, par contre on n’improvise pas, contrairement à l’ADN du jazz. Parce qu’on n’a pas de musiciens, on joue tout nous-mêmes et notre son est plus électronique qu’acoustique, donc on travaille avec des sessions dirigées par ordinateur. Du coup, tout est très précis, millimétré.
Sasha En fait, on joue avec le son d’un métronome dans l’oreille. Il y a parfois des petites percussions qu’on ne saurait pas jouer en plus, à deux, donc elles sont programmées. On a étudié le jazz, la musique classique et on a participé à plein de projets différents, cela nous donne envie de tout utiliser dans notre musique. Avec un son plus actuel. On fait une sorte de pop mutante.

« Quand le public crie et danse alors qu’il n’était a priori pas très intéressé, c’est une super victoire! »

Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement, en festival ?

Julie Ce qu’il y a de bien, c’est que le public est plus festif et de super humeur. Il ne vient pas spécialement te voir toi, mais ce sont les vacances et il a envie de découvrir. Cela se sent super fort. L’été passé, c’était notre premier été de festivals, et on a adoré. C’est stressant aussi parce qu’on joue devant énormément de monde.
Sasha On s’est retrouvées sur des scènes qu’on n’aurait jamais pensé faire. Comme à Dour. C’était hyper impressionnant. Et ce n’était que notre 33e concert avec nos propres compositions. Quand tu sens le pu­blic avec toi, bien présent, quand il crie et danse alors qu’il n’était a pri­ori pas très intéressé, c’est une super victoire !

Quels sont vos coups de cœur en matière de festivals ?

Sasha Esperanzah ! L’an dernier, les gens étaient géniaux.
Julie Et cette année, on a hâte de jouer à Dour, parce qu’on est pro­ grammées sur la grande scène, à 19 h, le 14 juillet, avant Roméo El­ vis. Pour l’occasion, on va faire un concert spécial avec un big band de 13 cuivres. On a trop hâte de ramener ce côté jazz qu’on adore. C’est un gros travail, parce qu’on va ré­arranger tous nos morceaux, mais l’occasion était trop belle. Et puis, sur une scène d’une telle envergure, il faut un show qui est fait pour, avec des scénographies qu’on n’a pas, parce qu’on reste un groupe en développement.
Sasha On va aussi jouer dans le ca­dre du projet Niveau 4 XXL à Cou­ leur Café, le 29 juin, qui réunit six chanteurs/rappeurs avec huit mu­siciens, pour un concert de 1 h 30. C’est pas mal de boulot aussi, mais c’est super excitant.

  • Les dates belges de Juicy cet été (elles jouent aussi en France, en Espagne dont à Ibiza et à Formentera, en Italie, en Allemagne, à Saint- Barthélemy) : Couleur Café le 29/6 à Bruxelles dans le cadre du projet Niveau 4 XXL, Vijverfestival le 13/7 à Dilbeek, Dour Festival le 14/7, Francofolies de Spa le 18/7, Crisis Festival le 27/7 à ErpsKwerps, Ronquières Festival le 3/8, United Festival le 11/8 à Anvers,
    Les Solidarités le 24/8 à Namur.

Image cover © BOB JEUSETTE.

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