Renée Zellweger transformée en Judy Garland,  Benoît Poelvoorde dans une oeuvre belge prenante: janvier signe le début d’une année riche en cinéma. Par Juliette Goudot.

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LE TRAÎTRE

Le destin du mafioso sicilien Tommaso Buscetta (Pierfrancesco Favino, exceptionnel de virilité et de grâce), qui fut le premier membre de Cosa Nostra à collaborer avec la justice incarnée par le juge Falcone. Il en ressort un film magistral sur la décadence d’un homme et d’une époque, à travers la reconstitution des maxiprocès de 1986, une interprétation épileptique et une mise en scène d’une puissance dramatique rare.

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ADORATION

Fabrice Du Welz (Calvaire, Alleluia) clôt sa trilogie ardennaise avec une romance adolescente en forme d’échappée sauvage et sanglante, à la frontière de la folie et de nos pulsions secrètes, où deux adolescents en fuite (Fantine Harduin et Thomas Gioria) croisent la route de Benoît Poelvoorde et d’oiseaux migrateurs. Du vrai cinéma pulsionnel et sensible, quasi physique, à vivre comme une expérience sensorielle.

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NOTRE-DAME

On aime particulièrement la fantaisie poétique et burlesque de Valérie Donzelli (La Guerre est déclarée) pour raconter le destin d’une quarantenaire dépassée par ses enfants, ses ex (Pierre Deladonchamps, l’excellent Thomas Scimeca) et ses boulots (en l’occurrence, refaire le parvis de la célèbre cathédrale parisienne). Amours, architecture et petits arrangements avec la vie, tout est prétexte à détourner le sérieux du monde vers une jolie légèreté.

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JUDY

Judy Garland fut l’une des dernières grandes icônes du cinéma de l’âge d’or hollywoodien. Starifiée enfant grâce au rôle mythique de Dorothée dans Le Magicien d’Oz, mère de Liza Minelli, icône gay (c’est à la chanson Over the Rainbow que l’on devra le drapeau arc-en-ciel des luttes LGBT), l’actrice légendaire renaît dans Judy, un biopic (signé Rupert Goold) axé sur sa dernière tournée de music- hall en 1968 à Londres, quelques mois avant sa mort à l’âge de 47 ans. Sortie des comédies à la Bridget Jones, Renée Zellweger livre une immense performance d’actrice, hantée par la fin du rêve hollywoodien, entre renaissance permanente et dépression dévorante. En lice pour les Oscars !

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GLORIA MUNDI

Le cinéaste marseillais Robert Guédiguian (Marius et Jeannette, Marie-Jo et ses deux amours) signe un retour en grâce avec Gloria Mundi, chronique familiale qui plonge dans les difficultés d’une famille de l’Estaque. À travers des événements joyeux (la naissance de la petite Gloria et la sortie de prison de son grand-père) et d’autres plus dramatiques (la détresse morale des uns, l’opportunisme financier et sexuel des autres) et grâce à sa fidèle troupe d’acteurs (Ariane Ascaride, Anaïs Demoustier et Jean-Pierre Darroussin en tête), Guédiguian dresse le portrait d’une société fracturée par le néolibéralisme. Dès lors, les scènes d’espoir, de tendresse et de réconciliation n’en apparaissent que plus nécessaires, et par là même salvatrices. Du grand cinéma social.

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