Une intervention esthétique, souvent, ne fait pas de différence qu’à l’extérieur. Gorcha, 45 ans, nous raconte son combat contre la maladie et son processus vers l’acceptation de soi.  PAR JOANIE DE RIJKE, AVEC LA COLLABORATION DE CHARLOTTE VERSELE. PHOTOS : REBECCA FERTINEL.

Le témoignage de Gorcha

“J’ai toujours eu l’impression d’être le vilain petit canard : une fille maigre, à la peau foncée et avec des sourcils trop épais. Ma sœur était d’une beauté naturelle, moi on ne cherchait pas à prendre soin de moi. Je n’avais pas non plus de poitrine, encore moins qu’un bonnet A, j’étais complètement plate. Quand j’ai déménagé en Belgique en 2000 (Gorcha est née et a grandi au Kazakhstan, NDLR), je savais que l’une des premières choses que je ferais, ce serait de m’offrir une augmentation mammaire. Je ne voulais pas de voiture, pas de permis de conduire. Les seins d’abord! C’était mon premier investissement en Belgique (rires).

“Tout s’est bien passé pendant quatre ans. Jusqu’à ce que ça recommence en 2014, exactement au même endroit…”

Le résultat était magnifique, très naturel, pas trop gros. Je suis passée de rien à un bonnet B, j’étais ravie. Je me sentais enfin femme ! J’étais si heureuse que cela a renforcé ma confiance en moi. Porter un bikini était facile, le sexe était super… Jusqu’à ce qu’on me découvre un cancer du sein. En 2010, huit ans après l’opération. J’ai senti une boule dans ma poitrine. J’ai essayé de me rassurer en me disant qu’elle disparaîtrait toute seule. Après quelques semaines, je suis quand même allée voir un médecin. Elle a immédiatement réalisé une biopsie. Le verdict est tombé : cancer du sein. Le médecin m’a conseillé de me faire enlever les seins, puis de reconstruire. J’avais 35 ans et je ne pouvais pas me résigner. J’ai répondu “Pas question” au médecin. Je ne pouvais pas accepter qu’on m’enlève ma féminité, voilà ce que je ressentais. Il devait y avoir une autre solution. Parce qu’il ne s’agissait “que” d’un premier stade précurseur du cancer, seule la boule a été retirée et je suis allée faire un contrôle tous les trois mois. Tout s’est bien passé pendant quatre ans. Jusqu’à ce que ça recommence en 2014, exactement au même endroit. Le médecin a dit que j’avais de la chance parce qu’ils s’en étaient aperçus rapidement, mais qu’ils ne pouvaient pas se débarrasser des cellules cancéreuses à chaque fois. La maladie était trop agressive, mon sein a dû être amputé. L’opération a duré dix heures. Après l’ablation de ma poitrine, ils ont immédiatement procédé à une reconstruction.

“Il m’a fallu un certain temps avant que je ne me reconnaisse à nouveau dans mon propre corps.”

J’étais effrayée, très inquiète de ne plus jamais avoir l’air “normale”. C’est un long processus d’accepter que l’on a un cancer, que l’on doit dire adieu à son sein et que l’on n’aura plus aucune sensation à cet endroit. Parce qu’ils avaient prélevé des tissus de mon abdomen pour la reconstruction, j’avais une cicatrice d’au moins 25 centimètres sur le ventre. Plus la cicatrice sur ma poitrine. Je les détestais. Je me trouvais déformée. Mon faux sein était différent de mes anciens implants, je mettais des coussinets dans mon soutien-gorge pour cacher l’asymétrie. Finalement, j’ai subi une deuxième augmentation mammaire sur mon nouveau sein, les médecins ont utilisé du silicone spécial adapté aux personnes dans ma situation. Il m’a fallu un certain temps avant que je ne me reconnaisse à nouveau dans mon propre corps. J’ai fait faire un tatouage sur les cicatrices de mon ventre et de ma poitrine, une sorte de ceinture étroite et une fleur. Le résultat est magnifique, je suis enfin à nouveau satisfaite de mon corps. Ou plutôt : je l’ai accepté. Il y a des femmes qui peuvent vivre sans sein. Moi, je n’aurais pas pu.”

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