L’air marin qui fait rosir nos joues et qu’on aime respirer à pleins poumons est plus puissant qu’on ne l’imagine. Ces citadins se sont expatriés à la Côte pour cause de maladie et leur santé les en remercie. Parmi eux, Alain (63 ans) qui a récemment emménagé à la Côte, avec sa femme Carine, pour mieux supporter son cancer. Photo (c) Liesbet Peremans.

Le témoignage d’Alain et Carine

Alain : « Le 20 mars 2018, je suis allé à l’hôpital car je ne me sentais pas bien. Le 21 mars, on m’a diagnostiqué la maladie de Kahler (ou myélome). Un cancer de la moelle osseuse dont je ne me remettrai jamais. Le ciel m’est tombé sur la tête. Je devais faire de la chimio lourde, arrêter de travailler. La vie que j’avais connue jusque-là était terminée. À cette époque, nous vivions à Soignies. Nous avions une belle maison avec 5 chambres, 2 salles de bain et un jardin avec vue sur les prairies et les chevaux. Le matin, on voyait les écureuils gambader d’un arbre à l’autre. Mais j’ai vite réalisé que je ne serais plus en mesure d’entretenir la maison. L’hôpital était à 80 kilomètres, sans connexion directe par autoroute. C’était difficile aussi pour ma femme, surtout en hiver. Nous pensions tous les deux qu’il n’y avait plus de perspective.

« Que ce soit dans les Ardennes ou dans le Sud de la France, les malades en phase terminale sont toujours en phase terminale. Mais je me sens tellement mieux ici ! La mer a un effet impressionnant sur mon état mental. »

Notre famille, nos amis et nos médecins nous ont encouragés à déménager sur la côte. “Cela vous fera du bien, physiquement et moralement”, nous disaient-ils. Et ils avaient raison. Je ne suis pas moins malade : le cancer est toujours là. Que ce soit dans les Ardennes ou dans le Sud de la France, les malades en phase terminale sont toujours en phase terminale. Mais je me sens tellement mieux ici ! La mer a un effet impressionnant sur mon état mental. C’est comme si son infinité me soutenait dans ma propre finitude. Bien sûr, j’espère en profiter le plus longtemps possible. »

Carine, sa compagne

« Depuis que nous avons déménagé, il y a de nouveau de la lumière dans notre vie. Alain a encore de mauvais jours. Des jours où il ne peut rien faire d’autre que rester seul sur son siège. Mais il est libéré de sa culpabilité envers moi. J’ai ici une liberté que je n’avais pas là où nous vivions. Je peux aller chez des amis, je peux m’entraîner au gymnase à proximité. En bord de mer, je laisse le vent me traverser l’esprit. Nous vivons maintenant à 14 kilomètres d’un grand hôpital. Quand Alain est hospitalisé, je peux facilement lui rendre visite. Nous avons troqué notre maison qui demandait beaucoup d’entretien contre un appartement facile à vivre.

« Ce fut un grand saut dans le vide. Surtout pour moi, car j’ai vécu en Wallonie toute ma vie. Mais cette dose de “vitamin sea” m’a rendue plus heureuse, je me sens plus jeune. »

Mon fils vit à Bastogne et il aurait aimé que nous vivions dans son quartier. Mais maintenant qu’il voit comment nous vivons ici, à Knokke-Heist, il comprend notre décision. Nous vivons nos plus belles années et on veut en profiter. Ce fut un grand saut dans le vide. Surtout pour moi, car j’ai vécu en Wallonie toute ma vie. Mais cette dose de “vitamin sea” m’a rendue plus heureuse, je me sens plus jeune. Nos plus beaux moments ? Quand Alain part avec son meilleur ami en mer. Il oublie tout, y compris sa maladie. Et ces heures sont inestimables, tant pour lui que pour moi. Ici, tout est plus facile à supporter, y compris le fait d’être la compagne d’une personne malade. »

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