Quelle femme n’est jamais ressortie d’une visite chez le gynéco avec le sentiment de ne pas avoir été écoutée, voire d’avoir subi des gestes inutiles, parfois douloureux et traumatisants? Quelles sont les qualités que nous souhaitons trouver chez notre gynécologue? Notre journaliste a rencontré plusieurs professionnels pour répondre à ses questions.

Sur les forums et les réseaux sociaux, les témoignages abondent qui attestent de nombreux problèmes dans la relation des femmes à leur gynéco, en cabinet comme en salle d’accouchement. La question fait d’ailleurs débat en France où Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’égalité femmes/hommes, a commandité fin juillet une enquête nationale concernant les violences obstétricales.

Le respect et la pudeur

On se souvient toutes de notre première consultation. « Un rite initiatique où nos mères nous emmènent et où des choses très ambiguës se passent. Palpation des seins ou toucher vaginal, qui sont inutiles lors d’une première consultation… », commente Marie- Hélène Lahaye, juriste belge et auteure du blog Marie accouche là. Autant d’images qui restent gravées en nous et conditionneront notre parcours gynécologique. Pourtant, un examen gynécologique n’a rien d’anodin.

Dans sa pratique quotidienne, Yannick Manigart, gynécologue, chef de clinique et responsable du planning familial de l’hôpital Saint-Pierre à Bruxelles, l’affirme: « en tant qu’homme, il faut être d’autant plus conscient et prudent. Je n’examine jamais d’office une jeune femme, mais je lui indique les cas de figure où c’est justifié: si elle a mal, si elle se demande si son vagin est normal, etc. Chaque acte est expliqué à l’avance: je montre le speculum, la tigette du frottis, je préviens que ça peut faire mal… Ça n’est que comme ça que mon métier est intéressant: voir mes patientes partir détendues alors qu’elles arrivaient avec des a priori, c’est mon objectif. Je fais aussi très attention à ma posture: je ne regarde jamais une patiente quand elle se déshabille ou qu’elle monte ou descend de la table; je me débrouille pour faire autre chose, regarder ailleurs, c’est une question de respect », assure-t-il.

« Le médecin a-t-il conscience que, pour une patiente, cela n’a rien à voir avec ouvrir la bouche chez le dentiste? »

À l’écoute

Règles douloureuses et/ou très abondantes, baisse de libido liée à un contraceptif, symptômes de préménopause difficiles à supporter au quotidien… Nos corps sont ballottés par les cycles hormonaux. Mais lorsque nous exprimons ces plaintes, elles sont peu entendues ou prises en charge, et parfois traitées avec dédain. Yannick Manigart partage ce constat et le déplore: « Il y a un tabou collectif, partagé par les patientes et les médecins et qui se transmet de génération en génération, autour de la souffrance des femmes, notamment à propos des règles: les femmes doivent souffrir, les règles ça fait mal, c’est une fatalité. Et elles attendent parfois des années avant d’en parler parce qu’elles sont imprégnées par ces croyances. Quand je reçois une femme qui me dit qu’elle crève de mal pendant ses règles, je me demande pourquoi elle a attendu si longtemps, d’autant que très souvent, la pilule peut stopper ça rapidement. C’est définitivement le travail du gynécologue de prendre en charge ces symptômes. Si le vôtre ne le fait pas, changez-en », poursuit-il.

Bienveillant

Nous n’avons pas fait sept ans de médecine, nous ne portons ni blouse blanche ni diplôme en bandoulière et, souvent, notre parole est disqualifiée, notre « cas » est vite expédié parce que trop banal et notre corps est soumis à une série de gestes médicaux que l’on ne nous explique pas. La plupart du temps, fragiles, anxieuses, souffrantes parfois, nous nous y soumettons sans rien dire. Pour Yannick Manigart, il y a un vrai travail à faire de la part des médecins, même s’il pointe une limite: « être formé par un médecin qui pratique l’empathie peut être révélateur pour certains étudiants, mais quelqu’un dont ça n’est pas la personnalité peut-il apprendre l’empathie? En revanche, on peut jouer sur le recrutement des jeunes médecins. Dans notre service, c’est un critère fondamental: avant même les notes obtenues, on regarde l’attitude de nos ex-stagiaires, avec l’équipe mais surtout avec les patientes qui nous font remonter leurs commentaires.

« la jeune génération de médecins n’a aucun problème à s’adapter. » – Yannick Manigart, GYNECOLOGUE

Ouvert d’esprit

Anxiété, douleur, épuisement, plongeon dans l’inconnu: l’accouchement réunit à lui seul toutes les conditions de la fragilité et la persistance de pratiques médicales invasives qui n’ont plus lieu d’être. Priver une femme en plein travail de boire, juste au cas où il faudrait lui faire une anesthésie générale, pourrait s’apparenter à de la torture. L’installer couchée, une aberration physiologique qui prolonge le travail, n’a par ailleurs aucune justification médicale: c’est Louis XIV qui, souhaitant assister à l’accouchement de l’une de ses maîtresses, aurait exigé qu’elle soit installée en position couchée pour mieux profiter du spectacle.

Or, les femmes ont le droit de choisir la position dans laquelle elles souhaitent accoucher. Yannick Manigart: « boire pendant le travail est plutôt encouragé chez nous, même si en cas d’anesthésie générale en urgence, un estomac vide est plus facile à gérer. Idem pour la position de l’accouchement: ici, les femmes accouchent comme elles le souhaitent, y compris accroupies si elles veulent, et très souvent sur le côté. Mais je reconnais que c’est une question d’habitude: moi j’ai appris à accoucher les femmes semi-assises, alors que la jeune génération de médecins n’a aucun problème à s’adapter. »

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