Même si certains malheurs nous paraissent de prime abord insurmontables, il est salvateur de savoir pardonner. Alors qu’elle a vécu le pire des drames, celui de perdre un enfant, Laurence éprouve de la compassion pour son meurtrier, estimant qu’il mérite une ‘seconde chance’.

Laurence (53 ans)

Le 11 mai 2006, un jeune homme a abattu Luna, deux ans, et sa baby-sitter malienne Oulematou (25 ans) dans une rue d’Anvers. Le meurtrier avait agi pour des motifs racistes et a été condamné à perpétuité. Récemment, il a comparu devant le tribunal en vue d’obtenir une libération anticipée sous certaines conditions. À l’issue de la séance, Laurence a déclaré qu’elle ne s’opposerait pas à l’éventuelle libération anticipée du meurtrier de sa fille car elle estimait qu’à 32 ans, il méritait une seconde chance.

« Le monde serait meilleur si nous consacrions moins d’énergie et de temps à nourrir nos rancunes. »

« Ce n’est pas du pardon, mais plutôt de la compassion, une notion très présente dans le bouddhisme. Je préfère ce terme car il reflète exactement ce que je ressens. La compassion implique une certaine douceur. Une qualité qui manque cruellement à la société actuelle. Le monde serait meilleur si nous consacrions moins d’énergie et de temps à nourrir nos rancunes. La compassion est un pilier de la philosophie bouddhiste. Un jour, je me suis rendue à une conférence donnée par une institution bouddhiste sur le pardon. Le conférencier parlait de l’art du lâcher prise et de la vie que l’on menait après avoir réussi à pardonner à son pire ennemi. Au début, ce genre de discours me paraissait un peu trop facile. Comment pourrais-je accorder mon pardon à la personne qui avait gâché ma vie ? »

La rencontre

En 2016, Laurence s’est retrouvée nez à nez avec le meurtrier de sa fille. Une rencontre organisée dans le cadre d’une médiation réunissant les criminels et leurs victimes. « Il était assis en face de moi, j’avais du mal à le regarder dans les yeux. Ce n’était pas encore le bon moment. Il m’a dit qu’il souffrait beaucoup et qu’il avait ouvert les yeux sur tout le mal qu’il nous avait fait, à nous et aux autres familles. Au fil de la discussion, j’ai pris conscience qu’il ne se souciait que de lui-même. Je lui ai juste dit qu’il était encore jeune et que, contrairement à Luna, il pouvait avoir une seconde chance. Je l’ai interrogé sur son éventuelle sortie de prison. Je voulais savoir ce qu’il comptait faire de sa nouvelle vie. Il m’a répondu qu’il ne se sentait pas encore prêt. Sa réponse m’a mise hors de moi. Est-ce que quelqu’un avait pris la peine de me demander si, moi, j’étais prête à voir ma fille disparaître ? »

« J’ai compris que, finalement, tout dépendait de moi. J’étais la clé de mon propre bonheur. Si je voulais vraiment changer quelque chose dans ma vie, je devais le faire moi-même. »

Entretemps, les sentiments de Laurence ont évolué. «J’ai suivi une thérapie tout en continuant mes lectures sur le bouddhisme afin d’en savoir plus sur leur philosophie du pardon. J’ai compris que, finalement, tout dépendait de moi. J’étais la clé de mon propre bonheur. Si je voulais vraiment changer quelque chose dans ma vie, je devais le faire moi-même. » Quand Laurence s’est, de nouveau, retrouvée assise en face du meurtrier de sa fille quatre ans plus tard, ce fut une toute autre expérience. « Je l’ai regardé pour la première fois. J’ai vu un pauvre type, assez pathétique. Il a baissé les yeux et ne nous a pas regardé durant tout l’entretien. C’est à ce moment que j’ai réalisé à quel point il était jeune lors des faits. Aussi misérable soit-il, il était derrière les barreaux depuis 14 ans, il était temps pour lui de prendre sa vie en main. Je pense qu’il a compris l’enjeu de cette possible libération. Tous les jours, il devra vivre avec le poids de ses actes sur la conscience et le jugement réprobateur de ses pairs. Malgré tout, je lui souhaite quand même de connaître une nouvelle vie. J’espère qu’il gardera de bons contacts avec sa maman, qu’il trouvera un travail et qu’il rencontrera un ami qui se soucie de lui. »

Au final, le tribunal a estimé que l’ancien meurtrier ne remplissait pas encore toutes les conditions pour obtenir une libération anticipée. Il n’avait pas de logement, ni de travail, deux éléments essentiels pour élaborer un plan d’aménagement de peine mais il pourra effectuer une nouvelle demande de libération conditionnelle l’année prochaine.

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