Quand nous, nous rêvons de contacts humains, nombreux sont les jeunes sud-coréens qui préfèrent pratiquer leurs activités en solitaire. Pas sûr que les « honjoks » fassent beaucoup d’émules côté ouest, pourtant, même pour nous, devenir son propre meilleur ami présente des avantages non négligeables.  PAR MANON KLUTEN, AVEC LA COLLABORATION DE CHARLOTTE VERSELE.

Enfin seul!

Si l’on se place du point de vue d’une jeune femme sud-coréenne, on comprend mieux
celles qui choisissent de renoncer à la vie de couple pour embrasser pleinement le quotidien en solo. La vingtaine flamboyante, un travail solide, la liberté avec un grand L, qui s’envolera aussitôt que votre promis vous glissera la bague au doigt et plantera sa petite graine. Exagéré ? Non, traditionnel : en Corée du Sud, on attend d’une femme qu’elle se consacre entièrement à l’éducation des enfants, au confort de son époux, à la bonne santé de sa maison, bref, à son foyer. Ça n’est pas l’exception mais bien la règle dans ce pays de plus de 51 millions d’habitants. Voilà sans doute l’un des facteurs de l’émergence du phénomène « honjok », en forte augmentation depuis 2017. Une drôle d’expression née de la contraction de deux mots coréens : honjo (« seul ») et jok (« tribu »). Une tribu à soi tout seul, donc ! D’après ses adeptes, cet art de vivre est synonyme de paix et surtout d’une vie intérieure particulièrement riche. 

Les bienfaits du Honjok

Même si aller au restaurant ou au cinéma seul peut paraître moins extravagant chez nous, on l’associe vite à la solitude ou au manque d’amis. Pourtant, le plus souvent, sortir seul a de nombreux avantages, selon la psychologue clinicienne Nathalie Cardinaels : « Si ça peut être intimidant au début, ça donne aussi confiance en soi. Vous réalisez que vous pouvez vous appuyer davantage sur vous-même, que vous pouvez gérer plus par vous-même que vous ne le pensiez et en apprenant à vous fier à votre intuition, vous devenez plus instinctif. Vous devenez également plus créatif et recherchez des solutions originales. Sortir seul crée une sorte de liberté et stimule votre croissance personnelle. Maintenant que nous devons tirer le meilleur parti de nos relations, c’est peut-être aussi le bon moment pour nous mettre au défi, chercher de nouveaux horizons et sortir de notre zone de confort en faisant les choses seul. »

“On se sent bien plus heureux quand nous appréhendons quelque chose comme un choix personnel plutôt que comme quelque chose qui nous est imposé par des circonstances extérieures”

Pour les couples et les célibataires

Mais soyons honnêtes : si vous êtes célibataire et faites déjà beaucoup d’activités seule, vous n’êtes peut-être pas du tout à la recherche de plus d’aventures en solo.
« Pour quelqu’un qui est célibataire, l’expérience peut s’avérer totalement différente, explique Loes Meeussen. On se sent bien plus heureux quand nous appréhendons quelque chose comme un choix personnel plutôt que comme quelque chose qui nous est imposé par des circonstances extérieures. Mais cela ne signifie pas que les célibataires doivent cultiver un état d’esprit différent. Vous ne pouvez qu’essayer de voir votre célibat comme une situation à un moment T et profiter des avantages que ça représente. » On ne doit pas se créer de barrières, selon Nathalie Cardinaels : « Que vous soyez célibataire et que vous vous sentiez seul parfois ou que vous soyez en couple et entouré d’amis, dans les deux cas, vous pouvez choisir consciemment de sortir seul. Cela apporte plus de joie de vivre à votre vie tout en ajoutant plus d’aventure. »

Mi-social, mi-solitaire

Mais il ne faudrait pas que cela finisse en solitude. Un extrême auquel Loes Meeussen ne croit pas vraiment : « Précisément parce que nous sommes des êtres sociaux par nature et que nous avons besoin de ce sentiment d’appartenance, nous n’abandonnerons certainement pas notre vie sociale. Et si, à côté de ces contacts sociaux, vous prenez du temps seul pour vous ressourcer et vous sentir bien dans votre peau, cela peut même améliorer ces relations sociales. Par exemple, une mère qui passe tout son temps avec ses enfants peut perdre patience plus rapidement après un certain temps. Lorsqu’elle sort de temps en temps, seule ou non, elle a plus d’énergie pour s’occuper à nouveau des enfants. Il s’agit principalement de prendre du temps pour vous en plus de tous vos autres rôles de, par exemple, maman, collègue ou conjoint. Dans tous les cas, sortir plus souvent seul ne devrait pas devenir la nouvelle norme. Il ne devrait y avoir aucune pression à ce niveau-là. C’est juste une nouvelle option parmi toutes celles qui vous sont offertes. »

Réconciliez-vous avec vous même!

Un « me-time » de qualité peut donc être très bénéfique pour tout un chacun, sans aucun doute. Les auteurs du livre Honjok soulignent d’ailleurs à plusieurs reprises l’importance d’une bonne relation avec soi-même et rappellent que les gens vont et viennent dans nos vies, mais que la relation la plus intime, la plus constante et la plus durable est celle que l’on a avec soi-même. Et elle aussi, elle s’entretient. Un point essentiel pour Ignace Glorieux : « On dit toujours que pour être un bon ami ou partenaire, il faut d’abord bien s’entendre avec soi-même. Il faut s’aimer. Pas dans un sens narcissique, mais vous devez être en paix avec qui vous êtes. Vous serez plus fort et mieux dans vos baskets. Si vous croyez en vous et que vous vous sentez bien dans votre peau, alors vous n’aurez pas peur de sortir seul et vous pourrez également créer du lien plus facilement avec les autres. Vous n’avez pas besoin de l’approbation des autres et vous donnerez, de fait, plus d’espace à votre partenaire ou à vos amis s’ils en ont besoin. »

  • Honjok, le secret des Coréens pour vivre heureux dans la solitude, Francie Healey et Crystal Tai, éd. Leduc S.
Découvrez cet article en intégralité dans le GAEL de janvier, disponible en librairie.

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