Premiers de classe ou vrais malins, ils ont commencé leur carrière en entreprise, vissés à leur chaise de bureau… avant de tout plaquer pour un métier artisanal. Changement de cap, direction bonheur. Par Lauranne Lahaye. Photos: Laetizia Bazzoni. 

«Au fait, je démissionne…» La phrase est sortie comme ça, alors que son boss venait de lui proposer une augmentation et de suivre un master spécialisé en droit fiscal payé par le cabinet. Le cerveau d’Élodie a fait le tri illico: si elle se spécialisait encore plus, gagnait encore plus, elle ne pourrait plus jamais partir et serait en burn-out à 40 ans. «Avocate, c’est un boulot qui flatte l’ego, mais on ne tient que si on a la fibre. On ne quitte pas un cabinet avant 19-20 h; or, cela faisait des mois que je regardais ma montre à 17h.» Elle s’est alors demandé comment renouer avec l’événementiel: «J’avais été déléguée “events” de mon cercle de droit, j’avais adoré ça, mais n’avais aucun bagage en la matière.» Elle nous raconte son changement de cap hyper inspirant.

Le droit, ce n’était pas une vocation…

«J’ai toujours eu des facilités à l’école, ça semblait à ma portée. Si je m’étais écoutée, je pense que j’aurais fait de la com, mais on me disait invariablement: “Tu vas galérer pour trouver du boulot!”»

Et après votre démission?

«J’ai quitté le bureau quinze jours plus tard, soulagée et fière. Le soir même, je décrochais un job de serveuse pour six mois — surtout, ne pas rester à rien faire! Cette phase de transition m’a permis d’avoir l’esprit libre pour réfléchir à la suite. Je suis partie deux mois au Canada, en stage, via l’AWEX (Agence wallonne à l’exportation et aux investissements étrangers, NDLR). C’est là que j’ai découvert l’univers des blogs. Une révélation! J’adorais écrire, j’étais romantique et aucun blog belge francophone ne parlait d’amour, de mariage… Alors j’ai créé Love&Tralala

 « J’AI TROQUÉ MA FIAT 500 CONTRE UN UTILITAIRE, MES TALONS HAUTS CONTRE LE JEANS-BASKETS… »

Votre rêve, c’était les fleurs?

«Une amie, qui me savait “amoureuse des amoureux”, m’a confié l’organisation de son mariage, y compris la déco florale. Je me revois débarquer au marché matinal, ne connaissant rien d’autre comme noms de fleurs que “rose” et “tulipe”. En rentrant, j’ai étalé mes achats, il y avait des feuilles partout, j’ai bossé n’importe comment. À minuit et demi, j’avais fini mes premiers bouquets. Je suis tombée amoureuse de l’art floral à ce moment-là… Quelques semaines plus tard, je lâchais mon job pour cette nouvelle passion

Premiers de classe ou vrais malins, ils ont commencé leur carrière en entreprise, vissés à leur chaise de bureau... avant de tout plaquer pour un métier artisanal.

À quoi ressemble la journée d’une décoratrice florale?

«En saison de mariages, je travaille les fleurs du mercredi au samedi. Je me rends chez le grossiste pour les sélectionner. Je les nettoie, je coupe les tiges, prépare les contenants… Le vendredi, je compose: bouquet de mariée, couronnes, centres de table… Et le samedi matin, j’installe le tout. Plusieurs fois par semaine, je joue les déménageuses: je charge, je décharge, je porte… J’ai d’ailleurs troqué ma Fiat 500 contre un utilitaire, mes talons hauts contre le jeans-baskets.»

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans le métier?

«La part laissée à l’instinct. Je ne fais pas de bouquets sur catalogue, j’écoute la demande des mariés et je me laisse guider par les fleurs, les odeurs, les couleurs… La magie, c’est de partir d’une tige et de créer un bouquet qui vit. Quand je compose, je ne pense à rien, je mets un peu de musique et je laisse mon esprit divaguer. Un luxe pour moi, qui ai tendance à sur-réfléchir

«Je gagne trois fois moins bien ma vie qu’avant, mais j’ai dix fois plus envie de me lever le matin!»

Qu’est-ce que votre parcours d’avocate vous a laissé?

«Une certaine façon de réfléchir. Un bon niveau de français aussi, qui me permet d’avoir une approche subtile dans ma manière de communiquer sur les réseaux et d’aborder mes clients. Ce changement de cap me donne aussi du crédit, il est la preuve que je fais ce métier par passion. “Elle pouvait être grassement payée dans un cabinet d’avocats, mais elle a écouté ses tripes.”»

Encore fallait-il être douée…

«Petite, je ne bricolais pas plus qu’une autre, mais j’aimais les jolies choses. Pour être honnête, je suis toujours étonnée de ce que j’arrive à faire. Je suis autodidacte, mais là, je sens que je peux encore monter d’un cran, je ne cesse donc de me former.»

La preuve que vous avez bien fait?

«Je gagne trois fois moins bien ma vie qu’avant, mais j’ai dix fois plus envie de me lever le matin!»

GAEL en octobre

Découvrez ce dossier complet dans le GAEL d’octobre, disponible en librairie!

Plus de témoignages: