De la maternelle à la fin des humanités, Stéphanie Anspach a suivi sa scolarité d’abord à l’école Hamaïde, puis à l’école Decroly, deux institutions bruxelloises à la pédagogie alternative et innovante. Après un an de graphisme et un an de stylisme, elle a décidé de se jeter à l’eau pour lancer avec succès une ligne de vêtements à son nom.

Avais-tu des matières différentes par rapport à celles d’une école classique?

Non, pas vraiment, peut-être le cours de morale où l’on parlait de la classe, des problèmes des uns et des autres. Ça ressemblait plus à un cours de psychologie que de morale. On avait aussi deux après-midis par semaine consacrés aux ateliers artistiques: peinture, vannerie, couture… Ce n’était pas des récréations, car c’était considéré comme aussi important que les cours de français et de maths. D’une manière générale, les manuels étaient bannis et la pratique primait. On ne donnait rien de tout fait à l’élève, chacun étudiait dans ses propres notes et comprenait différemment le cours.

Quelle était l’attitude des profs?

On les tutoyait, mais ils ne devenaient pas nos amis pour autant. D’ailleurs, aujourd’hui, je lutte un peu contre cette tendance à tutoyer naturellement et j’adopte encore plus systématiquement le vouvoiement quand je ne connais pas les gens.

Est-ce que tes parents t’ont aussi donné une éducation différente?

Ma mère a fait l’histoire de l’art et mon père est photographe et artiste-peintre. J’ai baigné toute mon enfance dans un univers artistique. Il n’y avait pas de décalage entre l’éducation à la maison et l’école. Surtout que ma grand-mère a été à Decroly dès sa fondation. C’est un peu une histoire de famille.

« D’une manière générale, les manuels étaient bannis et la pratique primait »


Comment te sentais-tu à la rentrée?

Plutôt bien, j’aimais bien aller à l’école. D’ailleurs, au moment des vacances, en primaire, je pleurais car j’étais désespérée à l’idée de ne plus voir les autres élèves et d’arrêter les activités de l’école pendant deux mois. Il faut dire qu’il y avait une ambiance assez familiale. Je le ressens encore aujourd’hui quand je croise d’anciens élèves.

As-tu senti des différences par rapport aux autres dans tes études ou ta vie professionnelle?

Oui, je m’exprime facilement en public et je n’ai pas trop de mal à exposer mes projets de façon convaincante. Cela vient sans doute des « conférences » qu’on devait faire chaque année à partir de la 1re primaire. Il s’agissait de parler devant toute la classe pendant 45 minutes sur n’importe quel sujet qui nous passionnait. J’ai aussi appris à être très autonome dans mon travail, car on a tout le temps plein de projets en cours, il faut se prendre en main et apprendre à les gérer. Ce n’est pas si simple. Moi, ça m’a plutôt réussi, mais il y a des élèves qui, à la fin de l’année, n’avaient rien fait.

Ton expérience scolaire a-t-elle eu un impact sur l’adulte que tu es devenue?

D’une manière générale, je suis un peu fonceuse et je n’ai pas peur de l’échec. En revanche, j’ai du mal à m’adapter aux contraintes, notamment administratives. Par exemple, quand il s’agit de remplir un document, je ne peux pas m’empêcher de n’en faire qu’à ma tête.

Quels conseils donnerais-tu à des parents qui voudraient que leurs enfants suivent cette voie-là?

Je leur conseillerais de mettre d’abord leurs enfants dans une école classique pour qu’ils apprennent la rigueur et puis les dernières années dans une école type Decroly pour qu’ils développent la communication et le côté créatif. Ce sont de super écoles, mais elles ont beau se prétendre ouvertes sur le monde, elles restent assez élitistes car il n’y pas beaucoup de mixité sociale.

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