On ne sort pas forcément indemne de relations ou de situations où l’on a habilement évité tout affrontement. Pas plus qu’on ne sort toujours victorieux de celles où l’on est entré tête baissée dans la bataille. Serge Ornelis, expert en gestion des conflits, nous initie à l’art de la querelle saine. D’après un article de Lene Kemps.

Comment recoller les morceaux?

Cornelis lui-même a un rapport difficile à la dispute. Il raconte comment son père, cherchant le moyen de lui annoncer le divorce imminent avec sa mère, lui a dit: «Un couple, c’est comme une tasse. Une fois qu’elle est fêlée, on peut encore boire dedans, mais le chocolat chaud n’aura plus jamais le même goût.» «J’en ai conclu que se disputer est dangereux, raconte Serge Ornelis. Parce que même s’il y a moyen de recoller les morceaux, les dégâts sont irréversibles. Alors pendant des années, j’ai fui tous les conflits. Si quelque chose me gênait, je me taisais. Et quand je m’étais tu trop longtemps, je m’en allais. J’ai avalé d’innombrables frustrations, laissé se faner de nombreuses amitiés. En prenant de l’âge et un tout petit peu de sagesse, j’ai appris certaines choses. J’ai constaté qu’une relation sans dispute n’est pas forcément une bonne relation. Et qu’une bonne engueulade peut soulager et apporter des éclaircissements. Et qu’il y a une vie après la dispute, parfois même meilleure que celle d’avant. Et surtout que l’on peut se disputer par amour. C’est ma femme qui me l’a appris.»

« Il y a une vie après la dispute, parfois même meilleure que celle d’avant »

Aujourd’hui coach, formateur et consultant en gestion des conflits, Serge Ornelis maîtrise bien le phénomène. «Je vois tant de gens qui ont du mal, qui luttent. Et qui souffrent, car personne n’aime les conflits. D’un point de vue professionnel, j’ai envie de leur dire: quand on prend conscience de certains mécanismes, il y a moyen de ne pas s’engluer dans la bataille, de ne pas se détruire.» Mais le spécialiste ès disputes n’aime pas les trucs et astuces. «Il serait naïf de croire qu’en lisant un livre, on deviendra soudainement doué pour les disputes, même en mémorisant une série de choses à faire et à ne pas faire. Nous sommes tous pétris d’habitudes, qui ont mis des années à s’installer. On peut certes en instaurer de nouvelles, mais celles-ci mettront aussi des années à devenir des réflexes. Même moi, le “spécialiste”, je n’affirmerais pas que je me dispute toujours correctement. Connaître les lois de la gravité ne nous empêche pas de tomber…»

Mais des concepts de base, il y en a tout de même quelques- uns. Le plus important: la dispute ne concerne jamais le sujet de discorde, mais toujours la relation. Et aussi: c’est le manque de reconnaissance qui est à la base de chaque dispute, le point de départ central de l’insatisfaction. Et enfin: prendre un peu de recul, passer par la case «bon sens» avant celle de l’émotion ne fait jamais de tort.

LES 16 RÈGLES D’OR D’UNE DISPUTE SAINE

• Ne faites pas de suppositions à propos de ce qui se passe dans la tête de l’autre, ou de ses intentions.

• Dites ce qui est important pour vous et demandez de la compréhension.

• En cas d’intérêts contraires, continuez à chercher des solutions qui vont dans le sens de l’intérêt commun.

• Essayez de comprendre la vulnérabilité de l’autre et faites preuve de compréhension.

«Mais» est le mot à éviter: dans les altercations, il est souvent utilisé, comme dans: «J’entends ce que tu dis, mais ce n’est pas important pour moi.»

• N’accusez pas l’autre de vous faire souffrir, prenez la responsabilité de vos émotions.

• S’il y a des remarques blessantes, ne le prenez pas personnellement, ne partez pas de l’idée que l’autre a l’intention de vous blesser.

• Nommez vos émotions, exprimez-les.

• Apprenez à maîtriser vos émotions. Au lieu d’être dans la réaction (je réagis comme je l’ai toujours fait, en fonction d’un conditionnement), soyez dans l’adaptation: en passant par la réflexion et en observant la situation.

• Évitez l’artillerie lourde: blesser, accuser, dominer ou menacer l’autre.

• Utilisez le moment de bascule — l’instant où l’on se demande comment on en est arrivé là et comment s’arrêter — pour sortir de la lutte de pouvoir.

• Entrez en métacommunication: parlez de ce que vous êtes en train de faire.

• Vous avez utilisé les armes lourdes malgré tout? Présentez vos excuses.

Acceptez les excuses.

• Réconciliez-vous, rétablissez l’égalité dans la relation.

• Protégez-vous des personnes qui ne désirent pas de relation égalitaire.

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