La star américaine illumine Personal Shopper. Portrait d’une « muse idéale » par son réalisateur magnétisé, Olivier Assayas.

On a rencontré Olivier Assayas au festival de Gand, où le cinéaste français présentait seul Personal Shopper, film de fantômes reparti avec le prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes et porté par une Kristen Stewart bluffante en «acheteuse particulière» au service d’une star qu’elle ne voit jamais. Le cinéaste pose pour nous un regard sur les mutations de l’actrice américaine de 26 ans, surnommée «K.Stew» par ses milliers de fans sur les réseaux sociaux, et désormais nouvelle égérie de Chanel.

ICÔNE ULTRA-CONTEMPORAINE

Avec Personal Shopper, c’est la seconde fois que le réalisateur exigeant (Les Destinées sentimentales, Irma Vep, Carlos) travaille avec l’ex-ado star de la saga de vampires Twilight. Kristen Stewart partageait l’affiche de son précédent film (Sils Maria) avec Juliette Binoche, et endossait déjà avec un naturel confondant le rôle d’assistante de star. Elle fut alors la première actrice américaine à remporter un César (du meilleur second rôle) pour sa performance très low profile, à l’opposé du rôle romantique de Bella Swan qui fit les beaux jours de Twilight jusqu’en 2012 mais ruina sa vie privée. Depuis, Kristen a quitté les gros studios pour les films d’auteur. «Je l’avais découverte dans plusieurs films, mais je me suis rendu compte en la rencontrant dans la vie que le cinéma américain n’avait pas encore saisi quelque chose d’elle que je pouvais lui donner. Cette part personnelle qui fait d’elle une femme ultra-contemporaine», confie Olivier Assayas.

Olivier Assayas et Kristen Stewart
Olivier Assayas et Kristen Stewart (c) Reporters

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La première fois qu’Olivier Assayas la «rencontre» au cinéma, c’est en troublante chanteuse hippie-folk dans le film survivaliste de Sean Penn tiré du roman de Jon Krakauer, Into the Wild. Kristen n’a que 17 ans et c’est «une apparition frappante» pour Assayas, qui se souvient alors l’avoir aussi vue en fille de Jodie Foster dans Panic Room. Alors que Kristen accède à une gloire planétaire avec les Twilight, c’est véritablement dans l’adaptation cinématographique du roman culte de la Beat Generation, Sur la route, qu’Assayas la repère: «J’avais vu le premier Twilight, que j’aimais bien, mais j’aimais surtout la présence de Kristen dans On the road. Je l’ai connue d’ailleurs à ce moment-là par l’intermédiaire du producteur Charles Gilibert, qui nous a présentés. On s’est rencontrés dans un festival à Los Angeles. On s’est revus plus tard à Paris.»

AMITIÉ INTUITIVE

Le contact passe immédiatement: «J’ai vu quelqu’un d’aussi fort dans la vie réelle qu’à l’écran. Je n’arrive pas à m’intéresser complètement à un acteur si je n’ai pas construit une relation avec lui dans la vie. J’ai besoin d’avoir l’impression que je peux lui apporter quelque chose. Qu’il y a du chemin à faire ensemble», dit celui qui a notamment tourné avec la star hongkongaise Maggie Cheung (Clean) et l’actrice indé américaine Chloë Sevigny (Demonlover). Ce chemin, c’est justement cet espace que le cinéma US ne donne pas aux acteurs: «Ce qui m’intéresse chez les comédiens, ça n’est pas ce qu’ils savent faire, mais ce qu’ils sont. C’est-à-dire leur personne. J’ai envie de les aider à exprimer quelque chose de leur véritable identité et de m’en servir pour construire le film. Or, l’industrie du cinéma américain est complètement hostile à cette idée.»

GRÂCE ET LIBERTÉ

Ce qui frappe à la vision de Personal Shopper, film de genre ombrageux, c’est évidemment la nouvelle métamorphose de Kristen Stewart. Cheveux courts, silhouette incognito, casque de scooter vissé sur la tête et smartphone greffé à la main, la voici qui réinvente la séduction à l’heure de 2016. Et affiche sans complexe cette féminité mi-fille, mi-garçon qui magnétise le spectateur. «Kristen a cette forme d’androgynie qui est pour moi l’identité de la femme moderne. Un mélange de grâce et de liberté totale qui m’attire énormément», conclut le cinéaste.

  • PERSONAL SHOPPER D’OLIVIER ASSAYAS SORT LE 14 DÉCEMBRE.

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