Arabelle Meirlaen, c’est une affaire qui marche… à deux: la cheffe étoilée a construit son business main dans la main avec son mari, Pierre Thirifays.

TRAVAIL EN DUO

Ils ont bâti de leurs mains le bâtiment de pierres blondes dont le rez abrite leur restaurant et le premier leur habitation. Leur mariage amour-travail a commencé il y a quinze ans. Tout absorbée à faire tourner son premier restaurant situé à la Grand-Place de Huy, Arabelle levait rarement le nez.

C’est Pierre qui a fait le premier pas, l’emmenant manger une glace après le service. Il l’a fait rire, elle l’a séduit par sa profondeur. Arabelle a perçu derrière l’image du beau gosse le fils d’agriculteurs — comme elle — prêt à construire du solide. Peu après, Pierre marquait une pause dans sa carrière d’électro-mécanicien pour s’occuper de la salle du restaurant et s’initier aux vins (il ne buvait que de la bière!), tandis qu’Arabelle découvrait le plaisir d’exprimer sa créativité en cuisine. En 2010, Arabelle a décroché sa première étoile au Michelin et en 2013, Pierre s’est vu décerner le titre de sommelier de l’année par le Gault & Millau. Ils ont deux filles, Mia et Ella.

RENCONTRE AVEC ARABELLE ET PIERRE:

Qui est le chef?

ELLE: Moi, mais je respecte ses territoires: la salle et les vins. En cas de grande décision, c’est quand même moi qui tranche. L’affaire est à nous deux, mais je suis la patronne et lui l’actionnaire gérant. Il vit ça bien.

LUI: Oui, c’est elle la chef. Mais on est autant impliqués l’un que l’autre.

Qu’est-ce que l’autre vous apporte?

LUI: Avant Arabelle, j’étais plus rustre. Dans ma famille, on ne parlait pas. Arabelle m’a initié à la parole, à la connaissance de moi-même. Ça sert aussi au boulot.
ELLE: On sortait tous les deux d’une rupture sentimentale. Pierre m’a fait découvrir la confiance, la sécurité.

Sur quoi ça coince, parfois?

LUI: Quand je dois m’adapter à son caractère hyper-entier, renforcé par sa fonction à hautes responsabilités.
ELLE: On est tous deux Scorpion. Au début, il supportait mal le ton de certains clients ou en cuisine, qui pouvait sembler très directif: «On envoie!» Il avait tendance à claquer la porte plutôt qu’à parler. Maintenant, il ne réagit plus au quart de tour car il a une vraie place. Ici, c’est chez lui.

Si vous échangiez vos rôles, ça donnerait quoi?

ELLE: Je serais heureuse en salle. Ah, retrouver plus de contacts avec les clients, imaginer des mises en scène… Mais je me sentirais larguée avec les vins.
LUI: Et si j’étais en cuisine, le menu se composerait de paninis avec du bon vin.

Une anecdote?

ELLE: C’est plus qu’une anecdote. On a tout fait à l’envers: ça fait quinze ans qu’on s’est investis comme des fous. Et ce n’est que maintenant qu’on essaie de prendre le temps de se connaître. Cette année, on n’ouvre pas à Noël. On a promis aux filles de les emmener en Thaïlande.

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