Yannick Noah et Cédric Lescut ont la passion du golf. Le second, amputé d’une jambe, a failli ne plus jamais y jouer. Autre point commun : la transmission et l’espoir, via leurs associations. D’après un texte de Florence Hainaut. Photos : Laetizia Bazzoni.

Un mois de coma, 10 % de chances de survie

Cédric Lescut joue au golf depuis qu’il a 12 ans. Le 31 août 2011— il tient à la date précise, elle a changé sa vie —, il a un accident de moto. « Ma jambe a été arrachée. J’ai perdu 4 litres de sang, mais derrière moi, il y avait un urgentiste qui m’a fait un garrot. Un mois de coma, 10 % de chances de survie, un an d’hôpital, un an de rééducation. Et me voilà ! » Avant son accident, il était du genre golden boy. « Je bossais, je gagnais bien ma vie, je voyageais, je m’amusais. Et puis du jour au lendemain, il te manque une jambe, tu fais 40 kilos et tu ne sais plus rien faire. En traînant sur Internet, j’ai vu qu’il y avait des gars qui jouaient au golf avec un handicap. » C’est le déclic. Dans son lit d’hôpital, il se rappelle qu’il est un sportif de haut niveau. Et décide qu’il va tous les battre. « Je suis devenu numéro 1 européen au bout d’un an. Quelle que soit ta situation, tu as toujours des moments où tu as le choix. Moi, je devais trancher. Est-ce que je continue à embêter tout le monde ou je me bouge les fesses ? J’ai choisi de me battre plutôt que de pleurer sur mon sort.

La rencontre

Dans la cafétéria du Club de golf d’Anderlecht, où ils ont rendez-vous, Yannick Noah ne passe pas inaperçu. Certains osent venir lui serrer la main, il salue tout le monde comme s’il s’agissait de vieilles connaissances, avec ce sourire qu’on lui connaît. « Avant, j’étais à fond anti-golf, j’ai découvert ça sur le tard et j’adore. Quand je suis en tournée, on passe deux ou trois jours dans chaque ville, je fais tous les parcours. » « Pourquoi tu étais anti-golf ? », l’interroge Cédric. « Ça ne me m’attirait pas. Quand j’étais sportif professionnel, mes collègues jouaient tous au golf et passaient du temps au country club. Je ne comprenais pas l’intérêt, je ne me sentais pas à ma place. « Quand je me suis installé dans les Yvelines, j’emmenais les enfants à l’école le matin et je passais devant le golf. J’y suis allé une fois et puis là, la piqûre, le virus »

« Avant, j’étais une feuille morte, tu soufflais, je bougeais. Je n’avais pas vraiment de convictions. »

ASSOCIATIONS À SENSATIONS

Du gamin capricieux au type posé qui tente d’être un modèle, le chemin n’était pas vraiment tout tracé pour Cédric : « Avant, j’étais une feuille morte, tu soufflais, je bougeais. Je n’avais pas vraiment de convictions. Servir d’exemple, ça ne faisait pas partie de mon projet de vie. Après mon accident, je me suis demandé à quoi j’allais servir ». Reprendre le sport lui a fait tellement de bien qu’il a voulu donner cette chance à d’autres. Il a créé une association, Android 34, qui offre des cours de golf à des personnes handicapées. « Pour celles en chaise, on a des machines qui les verticalisent. On offre des prothèses aux enfants amputés. Quand tu offres une prothèse à un enfant, tu changes sa vie. Celles qui permettent de bouger, de courir, bref, d’être un gamin comme les autres, ne sont que peu ou pas remboursées par les mutuelles. Or, elles coûtent entre 7 et 20 000 euros. Et les enfants doivent changer tous les ans. »

DES QUARTIERS À ROLAND-GARROS

Pour Yannick Noah, l’engagement associatif n’était pas une évidence non plus. « J’étais très jeune, une association a contacté ma mère parce qu’elle voulait que je parraine la construction d’un puits au Cameroun. Elle avait juste besoin d’une photo et d’un mot qui disait que j’étais parrain. J’ai signé ça entre deux entraînements, sans faire attention. Six mois plus tard, j’ai reçu une photo de gamins devant un puits avec une pancarte “Merci Yannick”. Ça m’a fait un truc incroyable. Tout d’un coup, tu t’aperçois que tu peux être utile en tant que citoyen. »

Yannick s’investit dans plusieurs associations. « J’ai travaillé longtemps avec Handicap International. On a commencé à fournir des prothèses pour les enfants en Afrique il y a 35 ans. Sans ça, ces gamins seraient restés sur des chariots en bois. » Très vite, en 1988, et avec l’aide de sa mère, il monte sa propre structure, Les Enfants de la Terre. Elle dispose de plusieurs maisons qui accueillent pendant les vacances scolaires des enfants sans foyer ou en situation difficile. Quelques années plus tard, il crée Fête le mur. « J’adore ce projet. On donne des cours de tennis dans les quartiers difficiles, on fait ça depuis 22 ans. Autour du sport, il y a le suivi scolaire, un encadrement. Le tennis, finalement, c’est une excuse pour les sortir, les encadrer, les aider, les motiver. »

Découvrez notre rencontre avec Yannick Noah en intégralité dans le GAEL de janvier, disponible en librairie.

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