Le ring embouteillé, une longue file aux caisses, cette page Internet qui ne charge pas assez vite… On croit savoir ce qu’est la patience, mais en la matière, certains ont été soumis à rude épreuve.

Steve a vécu des années éprouvantes avant de devenir Soffia (35 ans) et livre son témoignage à GAEL.

L’envie de devenir une femme

« J’avais 21 ans quand j’ai vraiment réalisé que je voulais être une femme. Depuis des années, je me posais des questions sur mon identité et ma différence. J’ai mis du temps avant d’oser me l’avouer, mais à un certain moment, c’est devenu incontournable: je voulais devenir femme.

À l’époque, le tabou transgenre était plus grand qu’aujourd’hui. Avant d’avoir le courage d’informer mes proches, cela faisait longtemps que, en cachette, je me maquillais, m’habillais en femme et me photographiais. J’avais passé énormément de temps à rechercher des infos et des chirurgiens sur Internet, à lire des témoignages.

J’ai rencontré une femme après son opération. Je voulais vraiment tout savoir avant d’en parler à quiconque. C’était une période de grande solitude. D’un côté, je n’osais dire à personne que je sentais que j’étais née dans le mauvais corps, mais de l’autre, je n’en pouvais plus d’attendre, j’avais tellement besoin de la reconnaissance et de l’acceptation de mes proches!

« Tous les rêves quE MES PARENTS avaient nourris pour leur fils étaient balayés d’un seul coup. »

C’est aussi la période où j’ai eu ma première crise d’épilepsie. Je faisais un stage dans un restaurant étoilé et je me suis effondrée. Heureusement, mes parents étaient là pour me soutenir. Une nuit, un flacon est tombé de ma table de chevet. Mes parents, craignant une nouvelle crise, ont accouru dans ma chambre.

Ils étaient tellement gentils et préoccupés que je leur ai tout sorti. Que je ne me sentais pas bien dans ma peau et que je voulais être une femme. Évidemment, ils étaient choqués. Tous les rêves qu’ils avaient nourris pour leur fils étaient balayés d’un seul coup. Mais l’acceptation est venue très vite. Je leur ai exposé mon plan: j’avais déjà rassemblé toutes les infos, je savais où je voulais me faire opérer et par qui, ce par quoi il fallait passer. “D’accord, a dit ma mère. On va faire ça.”  »

Une attente interminable…

« C’est là que l’attente a vraiment commencé. D’abord il y a eu les entretiens. Les psychologues voulaient littéralement tout savoir de moi. Je les comprends, ils doivent exclure les risques d’un mauvais choix. Mais moi, j’avais déjà bien réfléchi, je n’avais plusde doute, je voulais avancer le plus vite possible.

Après les entretiens, il y a eu l’année du “test en vrai”, douze mois où je ne pouvais subir aucune opération ou traitement hormonal, mais où je devais néanmoins m’habiller et me maquiller comme une femme. Je peux vous dire que cette année-là, j’ai appris ce que le mot patience veut dire.

« j’aurais aimé avoir une machine à voyager dans le futur pour être à la fin de cette année horrible où j’ai dû faire face aux ragots… »

Tout le monde pouvait voir que j’avais un corps d’homme, mais je devais vivre comme une femme. J’aurais bien aimé avoir une machine à voyager dans le futur, pour être à la fin de cette année horrible où j’ai dû faire face aux ragots et aux remarques blessantes. Après cette année, les psychiatres décideraient si j’avais le droit de me faire opérer pour changer de sexe.

Les mots me manquent pour vous décrire mon soulagement quand j’ai enfin eu le papier en main, le feu vert pour commencer les traitements. Mon rêve allait se réaliser: j’allais enfin devenir Soffia. Les traitements hormonaux m’ont donné une voix de femme et des seins, une opération a rendu mon visage plus féminin.

La patience récompensée

Heureusement, j’avais des économies et mes parents me soutenaient, car en tout, il a fallu débourser environ 30 000 euros. Tous les transgenres ne peuvent pas se permettre un tel montant. Après une année de traitements et d’opérations, le moment suprême était arrivé: l’opération de changement de sexe.

Aujourd’hui, je peux dire que je suis heureuse. J’ai trouvé le job de mes rêves, je suis propriétaire d’une fromagerie. J’attends toujours l’homme de ma vie, et cette première nuit très spéciale en tant que femme. J’ai rencontré quelques hommes, mais j’attends celui qui en vaudra vraiment la peine, celui qui me mérite. Oui, je suis impatiente de découvrir les sensations, mais toutes ces années de patience m’ont appris que parfois, l’attente en vaut vraiment la peine. »

GAEL en août Retrouvez d’autres témoignages poignants sur la patience dans votre GAEL du mois d’août!

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