La chanteuse revisite les Stones, Depeche Mode, Abba, Lou Reed, AC/DC… sur un album de reprises en anglais. Rencontre avec l’ex top-modèle et ex-Première dame toujours en quête de reconnaissance, mais aussi de tranquillité.

Un hôtel chic tout en discrétion, dans le 1er arrondissement de Paris. Ton-sur-ton avec l’élégance effortless de Carla Bruni, que nous retrouvons dans une suite, simple t-shirt kaki et visage sans maquillage. À 49 ans, l’ancienne First Lady au regard perçant a conservé sa lucidité, évitant soigneusement le piège de l’égo-trip lorsqu’elle nous confie, au détour de cet exercice de promo en amont de la sortie de son nouveau disque: «Parler de soi est d’un ennui famélique. Je le fais depuis que j’ai 18 ans, je ne sais plus quoi dire! Je m’ennuie avec moi-même parce que je me connais par cœur.»

Qu’est-ce qui vous a donné envie de reprendre ces titres, qui, pour certains, font partie de notre inconscient collectif?

Lors d’une tournée aux États-Unis, David Foster est venu me voir à Los Angeles. Il m’a dit qu’il adorait ma musique et ma voix, mais que c’était trop français pour les USA. Il m’a demandé si je ne voulais pas chanter en anglais. Je lui ai répondu que j’avais déjà essayé d’écrire en anglais, mais que je n’y arrivais pas. Puis cette histoire de covers est venue de façon très spontanée et agréable. Ce fut une aventure joyeuse, du début jusqu’à la fin. Nous avons enregistré un peu à Paris et un peu à L.A.

« La musique est un refuge »

Faire un album de chanteuse uniquement, cela vous plaît?

Cela m’a troublée parce que, à la base, je n’aurais jamais chanté si je n’avais pas écrit. Mais si je voulais des textes en anglais, je devais trouver un co-auteur. Or, je suis habituée à travailler seule. Cela m’a plu de mettre à ma sauce ces titres mythiques, de vraies «robes du soir», et de faire comme si c’étaient mes vêtements à moi.

Les «coups de cœur» de cet album sont-ils associés à des moments clés de votre vie, comme des madeleines?

Ce sont pour la plupart des chansons que je joue beaucoup pour le plaisir. Elles se retrouvent confusément en fond sonore de toutes les époques de ma vie. Je n’arrive d’ailleurs pas à diviser ma vie par périodes. Je la vois comme un mouvement unique. Pour d’autres titres, ce sont des rencontres hasardeuses, comme Enjoy the silence de Depeche Mode.

Comment la musique est-elle entrée dans votre vie?

Mes parents sont musiciens tous les deux et j’ai commencé à en jouer tout de suite, dès ma petite enfance: beaucoup de piano, du violon. Vers l’âge de 10 ans, on m’a offert une guitare. Depuis ce jour, j’ai fait de la musique au quotidien. Je suis passée assez vite au folk et à la pop. Je ne voulais pas étudier le solfège donc j’étais limitée, mais il y avait une proximité quasiment familiale avec la musique. Aujourd’hui, cela reste ma passion et mon travail, avec le côté obligatoire qui va avec. Je m’y mets tout le temps, j’écris à la guitare quasi tous les jours, pour d’autres (dont Julien Clerc, NDLR) et pour moi-même, mais je ne garde pas tout ce que je fais. C’est un refuge et un plaisir.

En tant qu’ex-top-modèle et que chanteuse, c’est compliqué de vieillir?

C’est exacerbé quand on fait un métier relié à l’image, sinon globalement, je trouve que c’est un peu une misère pour tout le monde. On est tous logés à la même enseigne. C’est un moment de la vie très égalitariste. On peut être le plus fort, le plus beau, le plus riche, on devient juste un vieux après. Mais l’expérience, le savoir, la création sont magnifiques dans la vieillesse. Cela ne me réjouit pas de vieillir, mais je pense qu’il doit y avoir quelques avantages. Je ne vois pas très bien lesquels encore… De toute façon, il va falloir s’y faire (rires).

  • ALBUM FRENCH TOUCH (UNIVERSAL). DÈS LE 6/10.

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