Femme engagée, icône d’élégance, l’ex-chanteuse Khadja Nin a un caractère très trempé. Sa confiance en elle, perceptible dans ses prises de parole militantes comme dans sa façon assumée de poser pour notre photographe, lui vient d’une sagesse précieuse : elle sait qui elle est. Par Anne-Sophie Kersten. Photos: Laetizia Bazzoni.

Khadja Nin en vrai

Une chaude après-midi d’été. L’avenue Louise bruisse en contrebas de cet appartement chargé d’âme. Khadja Nin m’accueille, majestueusement enturbannée et les pieds nus. S’excusant de la distance covid qui s’impose, elle m’invite à accrocher mon masque à une vitrine où cohabitent des objets d’art africains et la statuette ancienne d’une Vierge à la cape bleue. La lanceuse d’alertes, qui milite contre les crimes commis dans son Burundi comme contre ceux à l’égard des femmes et des enfants du monde, prend place sur sa chaise africaine, dans son superbe kimono-pagne.

Khadja Nin a passé le premier tiers de sa vie au Burundi. Elle avait 12 ans lorsque son papa, ancien ministre de l’Intérieur, est décédé, laissant la maman seule avec huit enfants. Elle a cependant vécu une enfance profondément heureuse, choyée par la communauté villageoise de Gitega, stimulée par l’école internationale de la citadine Bujumbura. Aujourd’hui, son visage lisse et son rire cristallin donnent l’impression que les années n’ont pas entamé sa fraîcheur. Elle a 61 ans et en fait vingt de moins. Dans le moelleux canapé, je tente d’entretenir un rien d’allure moi aussi. Tout en regrettant de ne pas avoir ôté mes sandales à l’entrée, je me rappelle que Khadja Nin était également pieds nus il y a vingt-cinq ans, lors de ce concert à Bruxelles où je m’étais laissée ensorceler par Sambolera mali son et Sina mali sina deni (excellente reprise de Free de Stevie Wonder). « Alors je vous écoute… »

De son combat en tant qu’ambassadrice de l’Unicef à sa présence marquante lors du festival de Cannes 2018, Khadja Nin est revenue sur son incroyable parcours. Une rencontre à découvrir en intégralité dans le GAEL d’octobre, disponible en librairie.

PLUS DE GUESTS: