Dans ce monde bavard et bruyant, Julien Doré préfère murmurer avec son dernier album ‘&’ qui sent bon l’été, les embruns et les sentiments enivrants. Rencontre avec un artiste en communion avec la nature. Par Isabelle Blandiaux.

Les animaux sont très présents dans votre univers. En quoi cette symbolique vous touche-t-elle?

« J’utilise le temps de parole, de lumière dont je bénéficie pour mettre en avant le monde animal, et plus largement notre planète, dans mes clips, mes images, ma musique. Les deux sont étroitement liés et forment avec le monde de l’enfance un triangle très cher à mes yeux. La part d’enfance, c’est celle de l’imaginaire: rien n’interdit jamais de rêver, d’aspirer à mieux pour demain. Et le monde animal, c’est celui qui me définit le plus, qui me fait poser mes choix avec instinct. Avoir toujours en tête — ou plutôt au cœur — le fait d’agir avec sa sensibilité, son ressenti. C’est comme ça que j’écris des chansons, que je monte sur scène, que je filtre la vie. Quant à la nature, j’essaye de la mettre en exergue dans tout ce que je fais, parce que c’est celle qui nous reste et elle est directement rattachée aux enfants, qui subiront les conséquences de notre éventuelle incapacité à la préserver. »

«JE VEUX TENTER DE CHANGER LES CHOSES POUR CEUX QUI VONT HÉRITER DE CETTE PLANÈTE, TANT QUE J’AI ENCORE L’ÉNERGIE ET LA FOI»

Vous considérez-vous comme un militant?

« Où se situe le politique quand on écrit des chansons? Où se situe le militantisme quand on est végétarien et qu’on défend la cause animale? C’est compliqué à dire. Disons que je l’illustre d’une manière plus poétique que radicale dans mes clips et souvent, cela fait naître des questions chez les enfants. Récemment, une petite fille m’a demandé si c’était mon vrai loup qu’elle avait vu dans le clip vidéo du Lac. Je me suis dit à ce moment-là que si je faisais ce métier, c’était pour qu’une petite fille me pose ce genre de question. En l’occurrence, il s’agit d’un chien-loup, mais je lui ai expliqué qu’on ne pouvait pas avoir de loup à soi, parce que la vie d’un loup, elle est dans la meute. C’est ma façon d’inverser les mythes autour du grand méchant loup qu’on m’a racontés quand j’étais petit. Non, ce n’est pas un animal fou qui attaque l’homme. C’est sur les enfants que repose le fait qu’il y aura encore des loups et des lions sur cette planète dans quelques décennies… »

«Dans la nature, tout est plus grand que nous et tout était là avant nous»

Vous avez enregistré votre dernier album en immersion dans une nature vierge et sauvage. Êtes-vous parvenu à redevenir citadin après ce retour aux sources?

« J’ai passé neuf-dix mois dans le chalet de ma grand-mère. Et c’est vrai que cela a fait germer cette réflexion en moi: si je suis tellement bien dans ce cadre, pourquoi est-ce que je ne vis pas dans cet esprit-là? Tout en montant à Paris quand c’est nécessaire. Je commence aussi à réfléchir à l’idée de fonder une famille. Et je sais pertinemment que si j’ai un enfant, je n’aurai pas envie qu’il grandisse à Paris. Donc pourquoi est-ce que moi, j’y vis? Je suis revenu en ville pour la sortie du disque, puis je me suis mis à faire des allers-retours. Mais l’histoire de ce disque, la façon dont les chansons sont menées, le fait d’avoir enregistré les pianos et les voix là-bas, dans un décor naturel et pas en studio, cela a fait naître une urgence en moi. J’ai envie que ces allers-retours soient de plus en plus nombreux et peut-être même de trouver un endroit au cœur de la nature où je pourrais m’installer, construire quelque chose, écrire mes prochaines chansons. »

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