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Prix littéraire Gael: l’avis du jury

Prix littéraire Gael: l'avis du jury

À la recherche de lectures pour l’été? Et si vous vous laissiez inspirer par les jurés de choc du Prix GaelCette semaine, ils vous donnent leur avis sur Le jeu de Loi d’Emmanuel Loi.

La sélection de juillet du Prix Gael propose 3 regards masculins bien distincts. Cette semaine, c’est celui, introspectif, d'Emmanuel Loi que notre jury a découvert avec Le jeu de Loi. Qu’en ont-ils pensé?

 

Julie Matagne
Avis:**

Monsieur Loi est hospitalisé. Ses intestins font de la dentelle et plus rien ne passe. Il pourrait y rester. Ses amis, eux, ne passent plus tant le malade est difficile. Le chirurgien n’est pas le seul à insinuer que le corps somatise, qu’il traduit avec ses moyens les conflits intérieurs.

Gavé, monsieur Loi? C’est une possibilité que notre bonhomme, arrêté sur la case Hôpital, commence à envisager sérieusement. Il gamberge, relit les philosophes danois, se remémore les moments douloureux. En un mot, il bassine l’équipe soignante, et le lecteur par la même occasion, jusqu’à son éditeur qui lui conseille de faire plus simple, de tenir un journal de bord par exemple.

Finalement, grâce au traitement dont nous suivons les progrès, monsieur Loi pourra repasser par la case Départ et rejouer, en tout cas, la dernière partie. Et nous en arrivons à lui souhaiter un prompt rétablissement, à cet homme blessé, trop carré sans doute pour ce jeu de société tout en spirales et truffé de pièges dans lequel chacun de nous avance son pion.

 

Alexandre Seron
Avis: **

"Dans le jeu de l’oie, ce n’est pas comme dans la vie: la case 6 est représentée par un petit pont." Au chevet de la maladie, dussé-je dire de la presque-mort, avant de passer sur le billard, que n’est le lit d’hôpital que le meilleur lieu pour se poser un peu hors de la frénésie du monde et passer sa vie en revue calmement?

Au gré des jours et des calmants. De la nourriture par sonde et du personnel traitant. L’esprit divague et les pensées voguent. La vie se déroule tout à coup. Case après case. Sans jamais, comme dans le jeu, pouvoir par stratégie sauter son tour. Au coup à coup. Coup du sort. Coup de dés. Coup de main. Coup du destin. Réfléchir. À la vie. À la liberté. À la disparition. À l’organisation des urgences. À l’absurdité de certains rapports humains. À l’écriture d’ouvrages. À l'abri des mots, on cherche de la chaleur. Le récit de Loi est construit comme un abri.

 

Delphine Motte
Avis: **

Le titre du roman donne déjà le ton, la langue française tient le rôle principal dans ce roman. Pour résumer ce livre j'utiliserai la phrase de clôture du film "la Haine" de Mathieu Kassovitz: "jusqu'ici tout va bien". Le personnage avance à l'aveugle dans sa vie, usurpateur d'un rôle, il se convainc que tout va bien. Jusqu'à ce que son corps lâche et l'oblige à s'arrêter.

On ressent bien l'égarement du personnage principal, esseulé suite à une maladie qui le force à revenir vers les vivants et à se recentrer sur sa vie, sur lui-même. Les paragraphes suivent l'état et les sautes d'esprit du personnage et sont donc décousus. Ils nous emmènent d'un coin à l'autre de son esprit dans un phrasé très imagé et un langage parfois complexe.

Je n'ai pas aimé ce livre. L'auteur perd le lecteur comme il semble perdu lui-même. Il se cache derrière ses mots, son vocabulaire complexe. Pour un lecteur averti donc, le livre n'est pas à la portée de tous.

 

Catherine Hénaut
Avis: ***

Jeu de mots, jeu de l’oie, jeu de Loi, jeu de Loyal.

Un récit décousu, aux phrases courtes, et dont le sens parfois nous échappe. Un jeu de piste dans lequel le participant cherche, se cherche, usurpe. La vie vaut-elle la peine d’être vécue? Une maladie entraînant une opération chirurgicale délicate, déclenchée par manque d’amour, manque d’argent, manque de considération de son prochain, de simulation, de crainte de s’imposer?

Mais aussi, amour des femmes, de toutes les femmes. Un retour en arrière pour essayer de comprendre ce qui a provoqué cette faiblesse du corps. Sentiment d’usurpation, prétention, entretiens d’embauche sans suite, manque d’égard vis-à-vis de soi, des autres, rejets de la banalité, long parcours existentiel, parcours du jeu de l’oie, j’avance, je recule, je m’empêtre, je remonte et je me retrouve seul pour avoir voulu être seul. Belle stylistique, imagination débridée.

 

Anne Meyer
Avis: *

Le Jeu de Loi d'Emmanuel du même nom n'est pas un roman, mais un récit de vie. Transporté aux urgences pour une grave opération, l'auteur a le temps de s'interroger sur sa vie qu'il voit défiler comme un jeu. Il repense aux déménagements de son enfance, à la recherche – souvent déçue – d' emplois, aux petits métiers exercés, aux femmes (mal) aimées, à la prison pour braquage, à l'écriture de romans, d'essais, de pamphlets…

Ce séjour forcé à l'hôpital est aussi l'occasion d'un retour en arrière sur de grands faits divers qui ont marqué l'époque, sur le sens de la vie, sur "l'incident de parcours", la case du Puits du Jeu de Loi dans lequel l'auteur est tombé jouant ainsi de son nom.

Son parcours à lui est celui d'un rebelle, d'un révolté qui a souffert dans une société qui ne lui a pas fait de cadeaux et dans laquelle il s'est marginalisé. Bien écrit, ce récit n'est cependant pas aisé à lire; les chapitres, les phrases – dans un style trop recherché, truffé de mots peu courants – s'enchaînent sans captiver.

Le Jeu de Loi, Emmanuel Loi, Seuil

A.D. et S.Z.