L’ancien champion a le sourire vissé aux lèvres et respire la douceur et la sérénité. Mais si l’homme laisse aujourd’hui éclore sa sensibilité dans ses chansons comme dans sa vie, il a pendant des années dû cadenasser ses émotions pour se hisser au sommet du tennis mondial. Par Isabelle Blandiaux. Photos: Laetizia Bazzoni.

Yannick Noah en vrai

Grand, athlétique, charismatique, la coolitude incarnée, on a vraiment du mal à penser que l’homme à nos côtés aura 60 ans au mois de mai prochain. Zen et solaire, Yannick Noah revient d’une année en mer avec sa femme, Isabelle Camus, et son fils cadet, Joalukas, 15 ans. Ce périple sous le signe de la reconnexion se prolonge par un disque ondulant aux sonorités reggae, cubaines et afro, Bonheur Indigo. Au-delà de la carte postale, c’est toute sa philosophie de vie que le chanteur exprime, comme un puits de lumière dans la grisaille. « Je ne supporte pas le cynisme, explique-t-il. Artistiquement, j’ai envie de provoquer quelque chose de positif. C’est ma façon d’interpréter. Et si je suis sincère dans mes émotions, il y a un bel échange que le public ressent. Je suis mon œuvre.

« J’ai trouvé une autre manière d’être au présent. Et pour le moment, je suis toujours là où je veux, parce que cela me fait vraiment plaisir d’y être. »

Là, je vais faire 150 concerts, les gens vont m’écrire des mots sur les réseaux, cela va guider ma vie. Comme je crois à la notion de karma, quand je donne du bon, il y a des choses extraordinaires qui me reviennent, et je renvoie encore plus fort. Cela crée une dynamique vertueuse. » Des échanges, plus avec la balle sur le court, mais avec des bonnes ondes, tout est là aujourd’hui pour le sportif, showman et bon vivant, cinq fois père et trois fois grand-père, qui aide les enfants défavorisés via ses associations Les Enfants de la Terre et Fête le mur. « Le temps passe vite, il faut en profiter. J’ai fait beaucoup de yoga et de trekkings au Népal il y a 25 ans. J’ai trouvé une autre manière d’être au présent. Et pour le moment, je suis toujours là où je veux, parce que cela me fait vraiment plaisir d’y être. Comme de parler avec toi maintenant. Tout est souvent une question de perspective. »

Autobio en 3 dates

Décembre 1972 « Lors de ma première année de sport-études en France, j’ai rejoint mes parents au Cameroun pour Noël. J’avais pris toutes mes affaires parce que je ne voulais plus retourner en pension. Au moment de partir, mon meilleur copain, Pierre, me dit : “Si tu ne reviens pas, je ne peux pas non plus.” Trois jours avant le retour, mes parents me demandent ce que je veux. Je pense : “Je reste au Cameroun”, mais je dis : “J’y retourne.” Je ne pouvais pas laisser mon pote. Et je n’ai plus jamais pleuré. »

25 février 1985 « Naissance de mon 1er enfant, j’étais en lévitation. Une heure après, chez un traiteur dans l’Upper East Side à New York, je criais : “Arrêtez tout, je viens d’être père pour la première fois, j’aimerais du caviar, du champagne et être servi en premier !” Tout le monde a applaudi. Des années après, à un tournoi, une dame m’a dit qu’elle était là, chez le traiteur et que c’était un moment très fort. »

Novembre 1991 « J’ai eu le sentiment d’avoir accompli mon destin de rassembler les gens, Noirs, Blancs, Français, Camerounais, quand on a gagné la Coupe Davis. J’avais 30 ans et j’étais capitaine de l’équipe de France. On était censés prendre une raclée mais on a gagné contre les États-Unis avec Agassi et Sampras. Et là, tout le stade a chanté Saga Africa. Je suis trop heureux d’avoir réussi à faire ça. »

Retrouvez notre rencontre avec Yannick Noah en intégralité dans le GAEL de janvier, disponible en librairie.

Plus de Guests: