Elle s’émerveille devant les cerisiers et parle au jasmin qu’elle a rempoté, tandis que les fleurs des champs la transportent dans la campagne liégeoise où, petite fille, elle partait à vélo faire des bouquets pour sa maman. Cathy Immelen s’est glissée avec délectation et frissons dans la peau d’une fleuriste. PAR ISABELLE BLANDIAUX. PHOTOS : LAETIZIA BAZZONI.

LE NEZ AU VENT

Nous sommes dans l’espace lumineux et élégant d’Amandine Maziers, ancienne journaliste qui a troqué le clavier de son ordinateur contre le sécateur pour lancer Haut les cœurs il y a deux ans, sa petite entreprise de composition de bouquets de fleurs bio livrés à vélo dans les 19 communes de Bruxelles. Au cours de ce workshop organisé pour notre Guest Cathy Immelen, nous allons aussi beaucoup voyager mentalement dans les champs et le passé des deux protagonistes, tant il apparaît très vite que c’est là que s’enracine leur passion commune et fondatrice pour la flore et ses merveilles.

« J’ai encore tapé “formation fleuriste” dans Google il y a deux ou trois semaines», rigole Cathy

« J’ai encore tapé “formation fleuriste” dans Google il y a deux ou trois semaines, rigole Cathy. Enfant, mon grand plaisir était de disparaître dans la campagne pendant des heures à vélo et de revenir avec le plus gros bouquet de fleurs des champs pour ma maman. J’avais l’impression de faire là le plus beau geste du monde, quitte à ce que ce soit des pissenlits. On avait une seconde résidence, enfin disons plutôt un point de chute — je viens d’un milieu ouvrier —, près de Hamoir, à Comblain-Fairon (dans la province de Liège). Il y avait des coins où les fleurs mauves poussaient à foison. » Alors qu’elle plonge le nez en fermant les yeux dans les genêts préparés par Amandine pour confectionner des bouquets, Cathy frissonne. « Ça sent mon enfance. En fait, tout part de mon amour du parfum, parce que je rêvais d’être nez. Mais j’étais nulle en chimie, donc je n’ai pas pu faire de formation dans ce secteur. Les odeurs me captivent depuis que je suis toute petite. Mon jeu préféré, c’était de conseiller de fausses clientes d’une parfumerie avec des échantillons. Dans la rue, j’essaye toujours de reconnaître les notes des fragrances sur les gens que je croise. J’aime les parfums pour les émotions qu’ils me procurent, c’est intérieur, physique, un voyage mental. Mais ce ne sont pas forcément que les “bonnes” odeurs : j’adore aussi les effluves de transpiration de mon homme. » Ah, ces chères phéromones qui ne mentent jamais…

Cathy Immelen: une journée dans la peau d'une fleuriste

AMANDINE DES VILLES, AMANDINE DES CHAMPS

Aujourd’hui parfaite citadine, Amandine Maziers explique qu’elle a également passé beaucoup de temps, enfant, à cueillir des fleurs au bord des chemins dans son Pas-de-Calais natal, dans le Nord de la France. « Je suis une vraie fille de la campagne. Mon père était vétérinaire rural et dans la famille de ma mère, tout le monde était agriculteur. Ma grand-mère avait un super chouette jardin où elle cultivait des dahlias, des roses… C’est clair que cela a dû jouer. Mon intérêt pour les fleurs vient aussi, je pense, des odeurs de moisson, de blé coupé. Je m’en suis aperçue pendant mes études en Bretagne. Quand je revenais chez mes parents, je me rendais compte que la nature me manquait, même si a priori j’aimais bien la ville. La première chose que je faisais en rentrant dans mon village, c’était de baisser les vitres de ma voiture pour sentir l’odeur des champs. »

Cathy Immelen: une journée dans la peau d'une fleuriste

Pour autant, Amandine a adoré son métier de journaliste mode (pendant 17 ans), tout en sentant qu’elle ne ferait sans doute pas la même chose toute sa vie et en intégrant très tôt les fleurs à son quotidien. « Je ne me suis jamais dit que je deviendrais fleuriste un jour, mais toutes les semaines, déjà quand j’étais étudiante, j’allais acheter mon bouquet et, très souvent, je m’amusais à le démonter puis à le recomposer. À l’approche de la quarantaine, c’était le moment ou jamais de bifurquer. J’avais plusieurs projets en tête mais très vite, les fleurs ont pris le dessus, avec le côté bio et l’idée de livrer à vélo à Bruxelles. Au départ, j’ai cherché des fleurs locales et là, j’ai eu du mal. On est très proches des Pays- Bas, où se trouvent la plupart des producteurs, donc il y en a très peu chez nous. J’en ai trouvé quatre qui sont en bio. En deux petites années, il y en a beaucoup qui ont démarré. On sent que le mouvement se met en place et c’est hyper stimulant d’y participer. »

Les bouquets qu’Amandine propose le vendredi sont commandés en ligne et livrés à vélo (à Bruxelles uniquement). « On a créé des prototypes de caisses pour protéger les fleurs en cas de pluie et pouvoir les transporter debout plutôt qu’allongées. Je fais aussi pas mal de commandes spéciales pour des événements, des dîners, des hôtels, des restaurants… Pour ces grosses livraisons-là, on a une camionnette au gaz naturel, afin de limiter le plus possible notre empreinte carbone. »

CATHY QUI MURMURE À L’OREILLE DES MIMOSAS

Vu sa passion florale dévorante, et comme pour équilibrer son métier télévisuel immatériel, Cathy a naturellement plongé les mains dans la terre pour s’ancrer davantage. « Le cinéma comme les fleurs me font rêver, m’embarquent ailleurs. Mais c’est vrai que j’ai commencé à faire des cultures sur mon balcon au moment d’une grosse remise en question après une rupture. Le côté manuel me fait vraiment du bien, m’apporte beaucoup de plaisir. Même si je n’ai pas spécialement la main verte, je suis très maladroite, je manque de délicatesse. Mais j’essaye. Et je parle à mes plantes. J’aime particulièrement le jasmin, le lys, j’essaye de faire pousser une glycine sur la façade… Je veux que cela sente fort. Tous les dimanches, je passe au marché aux fleurs près de la gare du Midi.

« Ce qui me plaît dans cet univers, ce sont les couleurs subtiles, les tons tendres, le côté “nature” et féminin. »

Ma fleur préférée, c’est le mimosa, pour son côté poudré. Elle me rappelle mon enfance : il y en avait toujours un bouquet à la maison au Nouvel An. Ma maman aime aussi énormément les fleurs, elle avait un jardin magnifique dont elle s’occupait beaucoup. À l’époque, je voyais plutôt l’arrosage comme une corvée. Je lisais beaucoup, j’étais bonne élève. Pour moi, traîner dehors, c’était perdre mon temps. Mais je le regrette aujourd’hui, j’aurais pu apprendre de son savoir. Je rêve d’un jardin à l’anglaise. J’adore aussi les fleurs blanches comme le gardénia, la fleur de frangipanier. Ce qui me plaît dans cet univers, ce sont les couleurs subtiles, les tons tendres, le côté “nature” et féminin. Je choisis mes destinations de voyage en fonction de la végétation et de la flore. Je vais par exemple cet été aux Açores : l’île des Fleurs y est dotée de gigantesques champs d’hydrangeas. »

Cathy Immelen: une journée dans la peau d'une fleuriste

Son bouquet finalement devant elle, Cathy constate que l’exercice « n’est pas si simple qu’il y paraît » et demande une certaine force dans la main. « Cela sollicite un côté créatif qui me fait du bien. Comme si je venais de dessiner dans un carnet. Tu es dans ta bulle, connectée à du concret, de la nature, cela sent bon. C’est aussi accessible : si on n’a pas de jardin, on peut aller cueillir des fleurs le dimanche après-midi, au lieu de faire du sport. Avec la récompense esthétique à la clé. » Pour une virée dans les champs, Amandine recommande le mois d’août, un mois d’abondance où poussent les dahlias comme les bleuets. Le rendez-vous est pris, pour une après-midi bien-être où flâner, s’agenouiller au bord des chemins et retrouver la spontanéité de l’enfant créateur en nous…

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