Notre GAEL Guest Edouard Vermeulen a livré 5 mots à l’écrivain Xavier Deutsch. Saurez-vous les retrouver dans le texte?

« Le cadeau d’anniversaire »

Le 27 août 1952, à l’aube, Joseph Pedersen tourne à l’angle d’Atlantic et de South Second, à Camden, New Jersey. Le ciel est arrivé de l’est : un immense couvercle de nuages gris, comme du nickel, comme la pièce de cinq cents frappée du profil intemporel du président Jefferson. Il ne fait pas chaud, ni froid, il fait malpropre. On dirait qu’il pleut de la poussière. Joseph Pedersen a 8 ans. Il habite un logement de trois pièces, avec son père et sa petite sœur. Ce qu’il cherche dans ce quartier, de si bonne heure, on le découvrira dans un moment. Il marche le long de quelques immeubles aux briques rouges et noires. Plus loin, s’il continuait de marcher, il aboutirait au fleuve, large et lent.

Joseph Pedersen possède quatre dollars et vingt cents dans la poche de son pantalon de toile. Il destine cette somme à l’achat d’un présent pour son père, dont c’est aujourd’hui la fête. Quatre dollars et vingt cents constituent la somme que Joseph Pedersen a reçue de Mrs Nielsen pour lui avoir durant tout l’hiver remonté des seaux de charbon depuis la cave. Mrs Nielsen est bien plus vieille que le père de Joseph. Le père de Joseph est un homme vigoureux qui travaille aux entrepôts, et qui n’a jamais redouté d’empoigner une pioche ni un marteau. Si Mrs Nielsen n’avait pas été si vieille, peut-être le père de Joseph se serait-il remarié ?

Il regarde Joseph hésiter, puis le petit garçon désigne un foulard soyeux, satiné, mordoré. D’un air détaché, il demande le prix du foulard, et Carl lui répond :  « Quelle somme as-tu ? »

Joseph Pedersen arrive au but : le magasin d’articles épatants qui est la propriété de Carl  Nielsen, le fils de la vieille Mrs Nielsen. Un homme est appuyé à la façade, auprès de la porte, et c’est Gus, un type que Joseph préfère éviter : Gus porte un chapeau de feutre, un costume à rayures, une cravate jaune, une montre d’acier au poignet et de fines moustaches qu’il semble avoir cirées. Sans s’adresser à Gus, Joseph passe la porte et s’approche du comptoir où se tient Carl. Il ne sort pas son argent de sa poche. Pas si bête. Il aperçoit un magnifique  porte-plume sur un présentoir de carton, et de belles bretelles. Que choisir ? Joseph hésite à demander à Carl un conseil, et Carl ne presse pas le garçon. Carl connaît le père de Joseph, il en est l’exact contemporain, à huit jours près. Il sait ce que Joseph est venu chercher dans sa boutique. Il regarde Joseph hésiter, puis le petit garçon désigne un foulard soyeux, satiné, mordoré. D’un air détaché, il demande le prix du foulard, et Carl lui répond :  « Quelle somme as-tu ? » 

Joseph considère Carl puis se décide : « Quatre dollars vingt cents. » Carl écarquille les yeux et s’exclame : « Joseph Pedersen, c’est extraordinaire ! Quatre dollars et vingt cents, voilà exactement le prix de ce foulard ! Ton père sera très élégant ! ». Quelques minutes après, Joseph Pedersen quitte la boutique en emportant le foulard emballé dans un papier de soie. Il passe auprès de Gus sans le regarder. Carl, ayant quitté son comptoir, s’approche, et prononce : « Permette le Ciel, Gus, qu’un jour nous ayons, toi ou moi, un fils de cette élégance-là. »

Les 5 mots d’Edouard Vermeulen : intemporel, porte-plume, contemporain, soyeux, montre. Tonalité : élégant.