La plus célèbre des First Ladies renaît dans un biopic saisissant sous les traits de Natalie Portman. Retour sur le parcours brillant mais fracassé d’une icône américaine. Par Juliette Goudot.

Une légende en images

«La chose la plus importante, ça n’est pas ce que vous êtes, mais ce que les gens croient que vous êtes.» Prononcée la veille de son mariage avec John Fitzgerald Kennedy par son beau-père Joseph, chef du clan Kennedy, cette phrase pourrait être le mantra qui guide la vie de Jacqueline Kennedy, née Bouvier l’année de la crise de 1929 et veuve du président assassiné le 22 novembre 1963 à Dallas. Celle d’une femme qui s’est construit une légende au-delà d’un drame qui a marqué le 20e siècle: l’assassinat du 35e président des États-Unis, qui s’écroule à l’arrière d’une limousine décapotable sur les genoux de sa femme, le crâne à moitié emporté par l’impact d’une balle. C’est cette matière légendaire que le cinéaste chilien Pablo Larrain a choisi d’explorer dans Jackie, portrait intime et tourmenté d’une femme saisie par la tragédie.

DÉPASSER LA DOULEUR

Le film met en scène sous forme de flashbacks éclatés les quatre jours qui suivent la mort de JFK jusqu’à ses funérailles nationales le 25 novembre, plongeant dans les souvenirs enfouis de Jackie et les décisions publiques qu’elle doit prendre à la face du monde. Le fil rouge: une longue interview que la veuve du président accorde au magazine Life quatre mois après la mort du président. Ses confidences abruptes émaillent le film, celles d’une femme qui tente de faire le deuil d’un époux, mais aussi d’une ambition. Les mobiles de l’assassinat, le rôle opaque de la CIA et du FBI n’intéressent pas Jackie. Seules comptent sa douleur et sa volonté de la dépasser pour que le mythe Kennedy survive.

« J’ai voulu capter une humanité en danger » – Pablo larrain

Comment rendre justice à l’icône pour le cinéaste? «J’ai voulu capter une humanité en danger. Je voulais que la caméra soit toujours proche de Natalie, qu’on la sente respirer, prise dans le fait d’exister», raconte Pablo Larrain (également auteur d’un biopic sur le poète chilien Pablo Neruda). Natalie Portman, elle, concède volontiers avoir été très inspirée par la personnalité de la première dame. «Les choses lui sont arrivées de manière si violente, si traumatisante que je n’ai réussi à rendre tous ces sentiments qu’en y mettant aussi mes propres sentiments, mes propres émotions», confiait l’actrice à la dernière Mostra de Venise, avant d’entamer la course aux Oscars le 26 février prochain, où sa performance habitée est nominée.

LA MISE EN SCÈNE DU DEUIL

Aujourd’hui, 55 ans après la mort de JFK, plusieurs documents déclassifiés permettent de prendre du recul sur les mystères qui entourent encore la légende de Jackie: la manière dont cette fille de bonne famille, élevée en pur faire-valoir de son époux, a pu traverser le choc émotionnel de l’assassinat de John, qui suivait de très près la mort de son second fils Patrick, encore nouveau-né; et surtout, l’extraordinaire détermination dont elle a fait preuve pour organiser les funérailles présidentielles, conduisant à pied le long cortège funéraire des chefs d’État à Washington, au mépris des règles de sécurité. Les photographies du petit John effectuant le salut militaire devant le cercueil de son père ont fait le tour du monde et ému la planète. Jacqueline Kennedy est devenue la femme la plus endeuillée du monde sous sa voilette noire, assumant jusqu’au bout ce «rôle-miroir de l’Amérique» qui reste à jamais gravé dans les mémoires. Comment cette femme de 34 ans que rien ne préparait à une telle tragédie a su, seule, consoler l’Amérique?

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