À court de bonnes lectures? Notre journaliste vous présente ses nouveaux coups de coeur littéraires. Suspens garanti! Par Paloma de Boismorel.

Feu

 

Laure habite un pavillon de banlieue, donne cours à l’université et tente de sauvegarder une vie de famille menacée par la morosité et l’éclatement. Clément est célibataire, obsessionnel et fatigué par le cynisme du monde financier dans lequel il exerce de hautes responsabilités. Ce roman d’amour flamboyant rappelle les embrasements sublimes et tragiques de Belle du Seigneur, mais l’auteure plonge ici ses protagonistes dans les tourments de 2021, entre vies professionnelles intenses, pulsions consuméristes et messageries instantanées. Saisie par les points de vue alternés de Clément et de Laure, leur passion se déploie dans une langue enfiévrée et incandescente.

  • FEU, MARIA POURCHET, 360 P., ÉD. FAYARD.

QUATRE HEURES, VINGT-DEUX MINUTES ET DIX-HUIT SECONDES

Seranata n’en revient pas : son sédentaire de mari décide à 60 ans passés de se lancer dans un marathon pour rebooster son ego après un licenciement. Outre l’agacement de le voir rejoindre l’engouement technico-sportif de ses contemporains, la sexagénaire digère mal de le voir courir alors que ses propres genoux l’empêchent de suivre la discipline militaire qu’elle pratique depuis l’enfance. Dans une croisade satirique contre les injonctions actuelles, la romancière américaine s’attaque à toutes les formes d’endoctrinement que sont pour elle la religion, le sport et le politiquement correct à la sauce US.

  • QUATRE HEURES, VINGT-DEUX MINUTES ET DIX-HUIT SECONDES, LIONEL SHRIVER, 384 P., ÉD. BELFOND.

 

Vent debout

 

Comment tenir le coup quand le destin se fiche de vous ? Abandonnée par sa mère à la naissance, la narratrice doit composer avec la malchance et avec toutes les humiliations que la vie réserve aux déshérités. Loin de s’apitoyer sur son sort, la petite fille aux yeux noirs se forge un caractère de guerrière et conquiert tous les territoires. Adoptée à 7 ans par un couple de non-voyants, elle profite de leur handicap pour s’octroyer des sorties et des amusements interdits. Une fois adulte, la jeune femme affranchie n’en finit pas d’explorer la liberté d’un quotidien dépourvu d’obligations et d’affection. Une existence sans tabou, oui mais jusqu’où ? Un premier roman ébouriffant écrit avec virtuosité et cruauté.

  • VENT DEBOUT, AURÉLIE GIUSTIZIA, 162 P., ÉD. CENT MILLE MILLIARDS.

L’étreinte

Tout en discutant avec sa femme qui conduit, Benjamin fait défiler sur son téléphone les photos de leur week-end en Espagne. Une voiture en travers de la route interrompt leur conversation dans un éclat de verre et d’effroi. Plongée dans un coma artificiel, Romy ne se réveille pas. Perdu, Benjamin continue à lui parler tout en cherchant à retrouver une inconnue photographiée sur la plage lors de ces vacances à l’issue fatale. Des crayonnés magistraux, des éclairages ingénieux, des angles de vue inattendus, chaque image nous fait entrer dans l’intériorité bouleversée de ce héros abandonné. Coup de cœur absolu pour cette BD dont on encadrerait volontiers chaque case et dont l’intrigue interroge les frontières entre l’espoir et le deuil, le désir et l’inspiration, la renaissance et la trahison.

  • L’ÉTREINTE, JIM ET LAURENT BONNEAU, 312 P., ÉD. BAMBOO.

 

CHRONIQUES D’UNE STATION-SERVICE

 

À quoi rêvent les pompistes ? Dans sa station-service en banlieue parisienne, le narrateur a mis en place une série de stratégies pour occuper l’espace mental de ses journées. Il observe les lubies de ses clients, regarde des films de série B, joue aux dames avec son meilleur ami, fantasme sur une jolie Japonaise amatrice de chips à l’oignon, organise des expositions pirates à la barbe de son patron, philosophe sur la société de consommation, tente de paraphraser Baudrillard, le tout en restant à l’écart de l’existence et de ceux qui la vivent. Un premier roman mélancolique et désopilant qui nous embarque dans le quotidien désabusé de ce personnage attachant mais détaché.

 

  • CHRONIQUES D’UNE STATION-SERVICE, ALEXANDRE LABRUFFE, 150 P., ÉD. FOLIO.

LA COMMODE AUX TIROIRS DE COULEURS

 

C’est bien connu, les maisons de famille sont remplies de secrets. Dans le premier roman de la chanteuse Olivia Ruiz, le mystère se concentre sur une commode que la narratrice a hérité de sa grand-mère. À chaque tiroir, un pan de l’histoire familiale se déploie sous la forme d’une confession pleine d’émotions, de piments et de rebondissements. Il faut dire que celle qui parle a fui l’Espagne à 10 ans avec ses deux sœurs et a passé le reste de sa vie à conquérir la liberté et l’amour que le destin lui refusait. Difficile de rester insensible à cette aïeule digne d’Almodovar. Surtout quand les mots sont lus par l’auteure elle-même, dont la voix chaude et mélodieuse colore le récit de ses propres
origines ibériques.

 

  • LA COMMODE AUX TIROIRS DE COULEURS, ÉCRIT ET LU PAR OLIVIA RUIZ, ENV. 4 H, ÉD. AUDIOLIB.

BOUVARD ET PÉCUCHET

Moins connu que Madame Bovary, Bouvard et Pécuchet ressemble à un testament (malheureusement inachevé) tant Flaubert y exprime ses opinions et sa rage contre la bêtise bourgeoise. Tout commence par un coup de foudre amical entre deux employés qui décident de se retirer à la campagne pour y vivre la « vraie vie ». Sympathiques et bobos avant l’heure, nos deux héros lisent des piles d’ouvrages et accumulent les avis. Leurs ambitions virent sans cesse à l’absurde et à la catastrophe. Car c’est finalement la prétention de l’homme à tout comprendre et expliquer qui est la cible de ce roman impertinent publié en édition collector de poche à
l’occasion du bicentenaire de son auteur, à relire à l’heure des Experts et des fake news.

 

  • BOUVARD ET PÉCUCHET, GUSTAVE FLAUBERT, 474 P., ÉD. LIVRE DE POCHE.

LE POTAGER ROCAMBOLE

Que ce soit pour aménager un coin de nature ou élaborer un véritable potager, les conseils et les livres ne manquent pas. Pour Luc Bienvenu, maraîcher bio et créateur d’un merveilleux jardin paysager en Bretagne (Les Jardins Rocambole), il faut avant tout se retrousser les manches, sortir des dogmatismes et se simplifier la vie. Dans un dialogue rythmé et joyeux avec le dessinateur Laurent Houssin, le jardinier nous livre le fruit de ses observations et de ses 30 ans d’expérience grâce à la fantaisie graphique d’une BD. On y apprend une foule de choses utiles et surprenantes, mais surtout à cultiver un pragmatisme et une philosophie à l’épreuve des erreurs et du découragement.

  • LE POTAGER ROCAMBOLE, LUC BIENVENU, LAURENT HOUSSIN, 184 P., ÉD. FUTUROPOLIS.

 

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