Barbara, c’est cette chanteuse mythique dont tout le monde connait au moins une chanson. Vingt ans après sa mort, le réalisateur Mathieu Amalric lui rend hommage dans un biopic.

Double je

Ce serait un peu comme une lente prière à Barbara, des fragments filmés de l’artiste mythique disparue en 1997 à Paris. Mais à aucun moment, dans ce septième long-métrage de Mathieu Amalric il ne sera vraiment question de raconter la vie mélancolique de cette figure classique de la chanson française, l’égale féminine d’un Brel ou d’un Brassens, dont elle fut la contemporaine.

Le film d’Amalric agit par effets miroir, procède par infusion et mise en abyme de la vie de Barbara à travers une actrice nommée Brigitte (Jeanne Balibar) qui s’apprête à jouer le rôle de Barbara dans un film réalisé par un cinéaste transi (Amalric). C’est aussi une déclaration d’amour à une actrice fantasque (Balibar), ex-compagne et mère de leurs deux fils, qui possède de nombreux points communs avec la chanteuse de « Dis, quand reviendras-tu? » Poétique et troublant, le film marquait l’ouverture de la sélection «Un certain regard» au dernier festival de Cannes et vient de remporter le prix Jean Vigo, qui distingue le cinéma d’auteur, dont Amalric et Balibar sont directement issus.

À LA FRONTIÈRE DU RÉEL

L’idée de mise en scène repose sur un mélange des points de vue à travers une superposition inédite d’archives réelles et de scènes fictionnelles qui vient brouiller la frontière entre l’artiste réelle et son interprète. Amalric joue des résonances entre Balibar et Barbara. Balibar s’est aussi essayée à la chanson, elle possède cette même silhouette longiligne, ce même profil d’oiseau de nuit, ces mêmes yeux noirs en amande, cet amour de l’Allemagne.

Tandis que Brigitte travaille son personnage, cherche sa gestuelle, travaille les partitions mythiques, le spectateur tente de reconstituer les moments de la vie de Barbara, sa naissance à Paris en 1930, son traumatisme d’enfant juive cachée pendant la guerre, ses débuts hasardeux en Belgique quand elle est encore Monique Serf, sa personnalité brillante, son amour du tricot, ses tenues extravagantes, ses obsessions, sa peur de perdre sa voix, de devenir «un fantôme de voix», son engagement politique et pionnier en faveur des malades du sida et des prisonniers qu’elle visite secrètement.

Le film alterne jusqu’à l’étourdissement les décors réels et fictifs de sa vie, sa dernière apparition au théâtre du Châtelet devant un public qui refuse de partir. On croise Jacques Tournier, son biographe, Brel et Béjart. On est parfois perdu mais souvent emporté et plus que tout, on assiste médusé à la mystification d’une femme qu’on ne sait finalement plus départir, Balibar ou Barbara.

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