Un jour, ils ont décidé de s’unir dans une activité commune: écrire un livre ou créer une société. Experts et coentrepreneurs nous détaillent les secrets de ce mariage réussi. Par Anne-Cécile Huwart.

LINE COUVREUR (43 ANS) ET CATHERINE KIRSZBAUM (50 ANS)

Témoignage: elles se sont associées pour le meilleur... et sans le pire

Associées dans Les Filles, des tables d’hôtes bruxelloises où l’on mange bio, local et artisanal.

Comment vous êtes-vous associées?

L.C.: «J’avais d’abord lancé Les Filles avec deux copines. C’est une expérience que je ne recommande pas. Elles n’avaient d’expérience ni dans la restauration ni dans l’entrepreneuriat: travailler quand les autres s’amusent, ne pas compter ses heures… Nous avons cessé notre collaboration et j’ai continué le projet avec Catherine, que je connaissais de loin, via une amie d’adolescence.»

C.K.: «Sans être intimes, on se connaissait depuis longtemps. J’ai suivi sa carrière depuis le début. Nous partageons les mêmes valeurs. On se connaît bien, mais on parle assez peu de nos vies privées, d’abord parce qu’on manque de temps! Je trouve cela assez sain.»

Qu’est-ce qui fait que ça fonctionne bien?

L.C.: «Je suis plus créative, Catherine s’occupe davantage de la partie logistique et administrative. Nous sommes complémentaires, chacune trouve sa place. La communication est le plus difficile, car on ne fait souvent que se croiser.

« On travaille dans le respect de l’autre. »

C.K.: Je pense que pour une bonne association, il ne faut pas de trop gros ego. Je ne suis pas associée depuis le début: Le Filles, c’est notre boîte, mais d’abord le bébé de Line. Je n’ai pas le besoin d’exister à travers ce projet.»

Vous êtes toujours d’accord?

L.C.: «Quand nous ne sommes pas d’accord, c’est celle pour qui le sujet est le moins important qui lâche. Dans notre maison d’Ixelles, je souhaitais encourager les familles à venir manger le soir puisque notre table d’hôtes ouvre ses portes à 18 h. J’ai proposé de mettre en place une table “jeux de société et dessins” pour permettre aux enfants de s’occuper une fois leur repas terminé. Catherine n’était pas d’accord: elle pensait avant tout à la tranquillité de nos autres hôtes. Je me suis pliée à ses arguments.»

C.K.: «On parvient à se dire les choses, même désagréables. Je suis très soupe au lait, mais ça retombe aussi vite. On travaille dans le respect de l’autre. Quand un sujet touche à la stratégie des Filles, je préfère laisser la main à Line.»

  • LINE ET CATHERINE VIENNENT DE PUBLIER UN LIVRE DE RECETTES, « LES FILLES CUISINENT » (ÉD. RACINE).

CHRISTIANE THIRY (60 ANS) ET ANNE-FRANCE WÉRY (47 ANS)

Christiane est rédactrice en chef de Psychologies Magazine, Anne-France est coach et experte en relations humaines. Ensemble, elles ont écrit « En quête de sens et d’harmonie » (éd. Eyrolles).

Comment est né votre projet?

C.T.: «Nos parcours professionnels ont suivi des voies différentes, Anne-France dans le coaching et moi dans la presse. Nous nous sommes rejointes quand j’ai décidé d’entamer une formation de coach et d’ouvrir l’équipe de mon magazine à cette approche. Au fil des rencontres, nous avons pu réaliser que nous partagions la même quête d’authenticité et de cohérence et avons décidé de la transmettre dans un livre écrit à quatre mains.»

« Une collaboration qui fonctionne bien sonne juste. »

A.-F. W.: «Cela faisait longtemps que je voulais écrire un livre mais ne parvenais pas à commencer. Je n’avais pas envie de déployer une pensée de manière unique. Nous sommes dans l’ère du “co”: cohabitation, coworking, cocréation. Nous avons parlé de ce projet et ce fut comme une évidence. Nous n’y avons pas réfléchi à deux fois!»

Aucune ombre au tableau?

C.T.: «Eh bien, franchement, non. Nous avons toutes les deux une forte personnalité, mais aucune volonté de se mettre en avant par rapport à l’autre. Notre livre est issu d’une superbe complicité. Nous avons mis en pratique ce que nous y prônons.»

A.-F. W.: «Une collaboration qui fonctionne bien sonne juste. Il faut pouvoir travailler de manière authentique, sans tabou, ni calcul, ni barrière, ni jugement. Le plus gros piège, ce sont les non- dits. Quand ça coince, il ne faut pas toujours se cacher derrière des chiffres, des résultats… Mais aborder plutôt les relations interpersonnelles, car la raison des dysfonctionnements est souvent là. Libérer la parole permet d’avancer et surtout de cultiver le socle indispensable de la confiance.»

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