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Témoignage: ce “Dr House belge” raconte ses cas les plus étranges

D’une paralysie causée par une grosse frayeur à des crises de frénésie alimentaire en plein sommeil, le neurologue que nous avons interrogé a parfois dû diagnostiquer des pathologies pour le moins étranges. Morceaux choisis. Par Annelore De Donder, avec la collaboration de Kathleen Wuyard.

Nul besoin d’avoir dévoré la série pour se souvenir de lui. Le Dr Gregory House, incarné par Hugh Laurie, était ce médecin bourru mais brillant. Et s’il vouait une haine assumée aux gens en général et à ses patients en particulier, il parvenait néanmoins à chaque fois à diagnostiquer les mystérieux maux qui les affligeaient, tel un Sherlock Holmes de la médecine. Eh bien, en Belgique, nous avons aussi notre Dr House ! Avec de meilleures manières, certes, mais des cas tout aussi remarquables à son actif.

Le Dr Cypers, neurologue, est tout aussi doué que son confrère fictif pour guérir des patients apparemment incurables. D’ailleurs, ainsi qu’il le confie dans un éclat de rire : « Il y avait une infirmière à l’hôpital qui m’appelait Dr House, à cause de cette même motivation à résoudre les mystères médicaux, et non pas en raison de mon caractère, j’espère ! J’ai bien plus d’empathie : je sais bien que le patient que j’ai devant moi est toujours le père, la mère, le fils ou la fille de quelqu’un. Et je suis extrêmement conscient du privilège que constitue la confiance que la personne qui souffre m’accorde. »

Un jour, j’ai découvert une maladie qui n’avait été décrite que chez 18 patients dans le monde.

Tout au long de sa carrière, le Dr Cypers a été amené à interpréter de nombreux symptômes rares et énigmatiques. « Un jour, j’ai découvert une maladie qui n’avait été décrite que chez 18 patients dans le monde », raconte celui qui s’est donné pour mission de sensibiliser le public aux maladies rares, soit celles qui touchent moins d’une personne sur 2 000. « À l’heure actuelle, on en a identifié entre 6 000 et 7 000, ce qui signifie que le groupe souffrant de l’une ou l’autre maladie rare est néanmoins assez important. Cela représente environ 600 000 Belges, donc environ 8 % de la population du Royaume. Et pourtant, un patient atteint d’une maladie rare est souvent traité comme un paria. » Il existe ainsi des milliers de maladies dites « orphelines », pour lesquelles nous n’avons pas encore de traitement adéquat, voire pas de traitement du tout.

Notre neurologue estime qu’il n’existe pas de symptôme si fou qu’il ne mérite pas une analyse médicale. « Ce n’est pas parce qu’un médecin trouve un symptôme étrange ou qu’il ne le connaît pas qu’il ne peut ou ne doit pas faire l’objet d’un examen plus approfondi. » Chaque diagnostic est une bénédiction pour quelqu’un qui, souvent, doit composer avec des symptômes inexpliqués depuis des années. Une reconnaissance tant attendue, avec la perspective de guérison ou du moins de gestion des souffrances que cela implique. Si dans ces quelques cas qu’il a accepté de partager vous vous reconnaissez, ou reconnaissez l’un de vos proches, le Dr Cypers considérera une partie de sa mission comme accomplie. Et de votre côté, sachez que si vous sortez du lit pour dévaliser le frigo, c’est peut-être la faute de votre cerveau.

Paralysée par la peur

« Ma patiente, qui avait 28 ans, racontait qu’elle s’était déjà réveillée en plein milieu de la nuit sans pouvoir bouger et qu’un choc intense ou un fou rire pouvaient aussi provoquer une paralysie », explique le Dr Cypers. Diagnostic ? Un cas de cataplexie, typique de la narcolepsie, soit une perte de tension musculaire déclenchée par les émotions. « Certains laissent tomber ce qu’ils tiennent en main, ou bien leur mâchoire s’ouvre brièvement, d’autres s’effondrent au sol comme une poupée de chiffon. » C’est lié à l’orexine (ou hypocrétine), explique le neurologue, une hormone qui joue un rôle important dans la biologie du sommeil. « Lorsqu’elle est déficiente, par exemple en raison d’un système immunitaire défaillant, des caractéristiques du sommeil paradoxal — telles que l’atonie musculaire ou les phases oniriques — peuvent se produire alors que vous êtes éveillé et pleinement conscient. »

Une main choisit une chaîne de télévision, tandis que l’autre main lui arrache la télécommande pour changer de programme, comme si les deux parties du corps avaient chacune leur propre volonté.

Jeux de mains

« On pourrait penser que nous ne formons qu’un seul être, mais dans certaines circonstances, il s’avère que des préférences différentes peuvent se manifester au sein d’une seule et même personne », raconte notre spécialiste. Qui évoque un exemple frappant, où une main choisit une chaîne de télévision, tandis que l’autre main lui arrache la télécommande pour changer de programme, comme si les deux parties du corps avaient chacune leur propre volonté. « Il s’agit d’une extériorisation de l’affection neurologique appelée « syndrome de la main étrangère » (SMA), qui survient sporadiquement à la suite d’une lésion du corps calleux, un épais faisceau de fibres nerveuses reliant les deux hémisphères du cerveau. »

Pendant plus de dix ans, elle se levait chaque nuit pour manger de façon incontrôlée tout ce qu’elle trouvait — des yaourts, un pot entier de miel ou encore tout un bocal de cornichons — sans même s’en souvenir le lendemain matin. 

Fringale nocturne

« Cette patiente avait un problème de sommeil, accompagné d’une prise de poids. Pendant plus de dix ans, elle se levait chaque nuit pour manger de façon incontrôlée tout ce qu’elle trouvait — des yaourts, un pot entier de miel ou encore tout un bocal de cornichons — sans même s’en souvenir le lendemain matin. » Un cauchemar. Ou plutôt, un « trouble alimentaire lié au sommeil » (TALS), ou « sleep related eating disorder » (SRED), qui appartient à la famille des parasomnies ou troubles du sommeil, telles que le somnambulisme ou le grincement de dents. « Ce qui est consommé n’est même pas nécessairement savoureux, ajoute le Dr Cypers. L’autre jour, j’ai lu l’histoire d’un patient qui s’était préparé un sandwich à base de nourriture pour chat… »

Un hoquet sans fin

« Le tronc cérébral est une partie du cerveau responsable de nombreuses fonctions vitales, telles que l’ajustement du rythme cardiaque, la respiration et la fonction de déglutition », explique le Dr Cypers. Un infarctus dans une partie du tronc cérébral — le syndrome de Wallenberg — peut avoir un impact majeur sur ces fonctions. L’un des symptômes spécifiques en question est un hoquet persistant et incessant. Et même si cela peut prêter à sourire, dans les faits, c’est tout sauf drôle. « Il y a une scène dans Les Simpsons où un homme qui passe à la télévision a le hoquet depuis 45 ans, et entre chaque hoquet, il dit : « Tuez-moi. » Cela me semble très réaliste. » Histoire véridique : un Américain, Charles Osborne, a eu le hoquet pendant encore plus longtemps. On ne sait pas si le syndrome de Wallenberg est en cause, mais c’est seulement après 68 ans (!) que son hoquet s’est arrêté.

Beaucoup de bruit pour rien

Supposez que vous soyez réveillé par une explosion assourdissante, alors que votre partenaire dort paisiblement, et ce, plusieurs nuits de suite. Sachez que vous n’êtes pas fou, rassure notre spécialiste du cerveau : « Vous souffrez peut-être d’une parasomnie nocive, ou « syndrome de la tête qui explose », qui implique des hallucinations auditives. »

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