Nous avalons tous, ou presque, quantité de compléments alimentaires dans l’espoir de rester plus longtemps beaux, jeunes et en bonne santé. Mais ces pilules coûteuses sont-elles ‘doctor-proof ’ ? Nous avons demandé l’avis à trois experts. Parmi eux, Kathleen Van Aken qui est médecin généraliste. Ces dix dernières années, elle s’est spécialisée en médecine nutritionnelle. Elisabeth Houben est médecin anti-âge et directrice médicale de la société Health Science & Nutrition. Eric De Maerteleire est docteur en bio-ingénierie. Pendant trente ans, il a dirigé un laboratoire où il effectuait des recherches sur les produits alimentaires.

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Tous les compléments alimentaires sont bons pour nous

Van Aken « Les suppléments dans leur ensemble ne sont pas régulés en Belgique, hélas. Ils échappent à tout contrôle. Si vous achetez un pot de gélules de curcuma en grande surface, est-ce vraiment du curcuma ? Il existe des firmes fiables, mais aussi beaucoup de cow-boys qui ne cherchent qu’à faire du profit. On peut gagner des fortunes avec les compléments alimentaires. »

De Maerteleire « Je recommande toujours de les acheter en pharmacie. »

Houben « Ce n’est pas une garantie. on y vend souvent la version la moins chère, car c’est ce que le client demande. »

Van Aken « J’avoue ne pas toujours savoir moi-même quelles marques sont bonnes ou mauvaises. Je regarde la composition du produit et je demande le rapport d’analyse et de qualité. Si on ne peut pas me le fournir, je cherche un autre fournisseur. »

Conclusion: Malheureusement, cette affirmation est fausse. Faites-vous toujours aider par un médecin qui connaît bien les compléments alimentaires.

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Le curcuma est un remède miracle

De Maerteleire « Le curcuma présente un puissant effet anti-inflammatoire, mais il n’est pas très bien assimilé par l’estomac et le canal intestinal. Associé à du poivre noir, l’absorption sera meilleure. »

Houben « Avec une préparation adéquate, on l’assimile mieux. »

Van Aken « Sur le plan thérapeutique, ce n’est généralement pas suffisant. Il existe aujourd’hui des suppléments déposés dans lesquels les substances actives sont présentes dans la forme la plus optimale. Je les prescris comme anti-inflammatoires, notamment dans les affections chroniques. Dans ces cas-là, une petite cuillerée de curcuma n’est pas suffisante. Il faut une plus haute concentration. »

De Maerteleire « En faible concentration, le curcuma ne traverse pas la paroi intestinale. Mais dans des pays comme l’Inde et le Pakistan, on en mange tous les jours et la substance — ou en tout cas ses produits de décomposition actifs — s’accumule dans l’organisme. C’est pourquoi certaines inflammations sont absentes là-bas. Mais il faut s’y prendre jeune. »

Van Aken « Le curcuma possède réellement un effet bénéfique, déjà rien que sur l’estomac et le système digestif. Je remarque d’ailleurs que les médecins classiques s’y intéressent de plus en plus. »

Conclusion: C’est bon, allez acheter ce pot de curcuma.

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En mangeant bien, on n’a jamais de carences

Van Aken « De très nombreuses personnes ont une carence en vitamine D3 parce qu’elles ne s’exposent pas assez à la lumière du soleil, et le manque de magnésium est très répandu. C’est difficilement mesurable, mais on le constate à travers l’ensemble des plaintes : jambes sans repos, paupières tremblantes, stress, insomnie. Un supplément peut fournir un soutien temporaire. »

De Maerteleire « On peut aussi consommer dattes, bananes, épinards et figues, riches en magnésium. »

Van Aken « Mais le grand problème est que très souvent, l’absorption des vitamines
et minéraux est perturbée par la prise de médicaments. Dans notre pays, on prescrit énormément de médicaments contre l’acidité de l’estomac, c’est une véritable épidémie. Ceux-ci diminuent l’assimilation des vitamines et des minéraux. »

De Maerteleire « Aujourd’hui, on constate aussi beaucoup de carences en zinc et en sélénium. Il s’agit d’oligo-éléments qui se trouvent dans le sol. Mais l’agriculture intensive
a appauvri nos terres. Les animaux qui broutent ou les plantes qui sont récoltées contiennent beaucoup moins de zinc et de sélénium que jadis. La supplémentation est alors recommandée. »

Houben « Le zinc et le sélénium jouent un rôle important au niveau cellulaire. Quand on
manque de zinc, c’est toute la machine qui toussote. Une carence en sélénium provoque des inflammations, par exemple de la prostate. »

Van Aken « Les gens devraient manger plus d’huîtres, de moules et de poisson, très riches en zinc et en sélénium. Rares sont ceux qui en consomment assez. Les recherches en médecine évolutive nous apprennent que l’homme occidental vient d’Afrique. Nous avons migré le long des côtes vers nos contrées, où nous disposions de coquillages et crustacés à profusion. Ceux-ci auraient eu un rôle important dans le développement de notre
cerveau. On pourrait donc considérer que les moules et les huîtres ont contribué à faire de nous ce que nous sommes. »

Conclusion ? Avec un régime alimentaire très équilibré, il est possible de prévenir les carences, mais si on mange peu de certains aliments (poisson, coquillages, crustacés),
si on est stressé, si on ne s’expose pas assez à la lumière du jour ou si on prend certains médicaments, on peut manquer de nutriments. En outre, nos aliments contiennent moins d’éléments bienfaisants que jadis, car les terres agricoles sont épuisées.

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On peut prévenir le cancer avec des compléments alimentaires

De Maerteleire « Le sélénium a un effet anticancer. Il fait partie d’une enzyme très puissante contre les radicaux libres… »

Houben « … qui sont les déchets du corps. Ils font des dégâts énormes. »

De Maerteleire « Ils détériorent les parois cellulaires, même l’ADN. »

Van Aken « Ils s’accumulent dans l’organisme et ont alors libre jeu. On peut en neutraliser une bonne partie grâce aux antioxydants, du moins si le reste est en équilibre. Les antioxydants se trouvent dans les fruits et légumes très colorés, surtout dans la peau. Je dis à tous mes patients : “mangez un arc-en- ciel par jour”. Myrtilles, groseilles, kiwis verts, carottes orange, tomates rouges… »

De Maerteleire « Il faudrait aussi consommer beaucoup de choux, particulièrement les brocolis. Ils contiennent des glucosinolates qui génèrent notamment le sulforaphane, très efficace contre les cellules cancéreuses. »

Van Aken « On peut aussi administrer le sulforaphane sous forme de supplément, encore plus concentré. Qui mange des brocolis tous les jours ? »

De Maerteleire «Très active aussi contre le cancer, la quercetine est un anitoxydant présent dans la peau des pommes. Et dans les câpres. Aucun ingrédient au monde ne contient autant de quercetine. »

Conclusion: Absorbez un maximum d’antioxydants naturels via une alimentation multicolore et prenez éventuellement quelques compléments comme la quercetine ou le sulforaphane (extrait de brocoli).

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La spiruline n’est qu’une tendance coûteuse

De Maerteleire « La spiruline est une algue verte remplie de chlorophylle. Rien de mal à cela. Mais c’est une affaire bien coûteuse : les boîtes mentionnent qu’il faut en prendre 10 à 20 pilules par jour. »

Van Aken « Il y a aussi du sélénium dedans : attention au surdosage. »

De Maerteleire « Cela ne vaut pas le prix. Mangez plutôt plus d’épinards et de salade. Les oligo-éléments dans la spiruline sont d’ailleurs aussi présents dans les coquillages et les crustacés. »

Houben « Quand vous dites aux gens de manger plus de légumes verts, ils craignent que ce soit monotone. Mais l’alimentation saine est délicieuse, justement. Il faut insister là-dessus. Faites revenir un petit oignon, quelques choux de Bruxelles, des carottes… Et les matières grasses donnent du goût. Faites des expériences avec des légumes inhabituels. Il y a tant de recettes délicieuses ! Nous devons retrouver le plaisir de cuisiner nous-mêmes. »

Conclusion: Gardez vos sous et achetez plutôt de la salade de blé, des épinards et une belle douzaine d’huîtres.

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