Le « social freezing », soit le fait de mettre au frais ses ovocytes sans raison médicale dans le but de reporter une grossesse, a le vent en poupe. De plus en plus de femmes ont recours à cette intervention qui cloue le bec à notre horloge biologique. D’après un texte d’Ans Vroom. Photos: Duncan De Fey.

Le témoignage de Karen (38 ans)

« La société a une piètre image de la quadragénaire célibataire. On la présente comme une vieille fille désespérée qui panique à l’idée de voir tourner son horloge biologique. Une image qui suscite malheureusement encore de nombreuses moqueries et qui est renforcée par des clichés ridicules, comme celui qui prétend que les hommes embellissent avec l’âge, tandis que les femmes sont “périmées” au-delà de 35 ans. En termes d’émancipation et d’égalité, si les femmes ont remporté de nombreuses victoires, il nous reste encore un sacré chemin à parcourir. En ce qui concerne la fertilité, il existe une grande différence biologique dont nous ne pouvons malheureusement pas nous “émanciper”. Grâce à la congélation d’ovocytes, cet écart s’amenuise.

« Après deux interventions, neuf œufs ont pu être congelés. Grâce à ça, j’ai 42 % de chances de tomber enceinte jusqu’à l’âge de 47 ans. »

Je veux partager mon histoire afin de briser le tabou sur le social freezing. J’ai eu deux ponctions. Malheureusement, l’âge avait déjà fait des ravages et mes ovocytes n’étaient plus très nombreux. Après deux interventions, neuf œufs ont pu être congelés. Grâce à ça, j’ai 42 % de chances de tomber enceinte jusqu’à l’âge de 47 ans. C’est peu, mais c’est toujours mieux que rien. J’ai programmé une nouvelle ponction. Le désir d’avoir un enfant m’est apparu tardivement. Quand j’étais petite, je n’étais pas une fille comme les autres. Je concevais mes meubles, je réparais mes vélos et, vers la vingtaine, je me suis mise au jazz. Je ne me reconnaissais pas dans les stéréotypes sexuels dominants et je manquais cruellement de modèles féminins inspirants. Je n’arrivais pas à découvrir qui j’étais vraiment.

« Fonder une famille n’était pas ma priorité »

De plus, je n’ai pas eu une enfance facile. J’ai mis du temps à trouver ma voie et à me faire une place. J’ai d’abord étudié l’architecture, mais lorsque j’ai commencé à jouer du saxophone, à 23 ans, tout a changé : mon avenir était dans la musique. J’ai terminé mes études d’architecture avant de m’inscrire au conservatoire. Fonder une famille n’était pas une priorité car je travaillais jour et nuit pour payer mes études de musique. Au moment où je me suis enfin sentie épanouie, j’ai réalisé qu’il y avait plus que l’art et la musique dans ma vie. J’ai discuté de mon désir naissant d’avoir des enfants avec mon partenaire de l’époque qui, malgré notre jeune relation, était partant. Malheureusement, six mois plus tard, il a changé d’avis et notre histoire s’est terminée.

Une collègue musicienne m’a parlé de la congélation d’ovocytes. J’étais convaincue que c’était une bonne idée, mais encore fallait-il mettre suffisamment d’argent de côté. Aujourd’hui, j’espère toujours rencontrer mon âme sœur et tomber enceinte de manière naturelle, mais grâce à la congélation d’ovocytes, je suis plus sereine et je ne dois pas prendre de décision hâtive. Je vis ma vie comme je le souhaite et, qui sait, je le trouverai peut-être, ce fameux partenaire ! »

Retrouvez ce dossier en intégralité dans le GAEL de mai, disponible en librairie et en grande surface.

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