Faire des heures sup, nourrir le chat de la voisine, organiser l’anniversaire d’un collègue… D’où sort ce oui quand tout notre corps nous crie l’inverse? Les spécialistes nous aident à comprendre quelles parties de nous sont en conflit quand nous n’écoutons pas notre volonté profonde.

Step 1: comprendre

Avant de régler un problème, il faut toujours en chercher l’origine. La peur d’être rejetée, l’envie de faire toujours plaisir ou encore l’éducation sont plusieurs facteurs qui influencent votre gentillesse.

Suzanne Kempeneers, psychothérapeute, travaille selon la méthode thérapeutique du Voice Dialogue, développée par les psychologues américains Hal et Sidra Stone. Ils considèrent que chaque personnalité se compose d’une multitude de « je » différents, qui veulent tous avoir leur mot à dire. Il y a le perfectionniste, l’aidant, l’hédoniste, le critique intérieur, le patriarche et ainsi de suite. Ce sont les petites voix qui commentent nos décisions sans arrêt: « Ne fais pas ça, tu es ridicule, c’est trop cher, ce n’est pas bien… »  Alors, qui participe à la conversation quand je dis oui alors que je pense non? De nombreux “je” se manifestent, explique Suzanne. La petite fille qui craint d’être rejetée si elle ne fait pas ce qu’on attend d’elle, la sauveuse qui adore résoudre les problèmes d’autrui, la gentille qui désire être sociable…

« Ce qui se cache derrière de nombreux oui, c’est: aime-moi, ne me rejette pas »

L’éducation joue aussi un rôle important dans la peur de déplaire. « Vos parents vous ont probablement inculqué que c’est mal d’être égoïste, qu’il faut être gentil, partager et tenir compte des autres. Ce sont évidemment des règles d’éducation valables. On ne peut pas vivre dans l’égoïsme complet, parfois il faut faire des choses sans en avoir envie, ou accepter de mettre nos besoins de côté. Mais dans certains cas, la voix “parentale” prend trop de place et vous empêche de décider ce que vous voulez vraiment. J’emploie souvent cette image d’un bus rempli de tous vos “je”, c’est sympa, mais il ne faut pas laisser n’importe qui prendre le volant ».

Une fois que toutes les voix ont été entendues et ont trouvé leur place, on creuse plus profondément. « Chaque voix cache une blessure, chaque “je” protège une faiblesse ou une souffrance. Quand on a peur de déplaire, cela cache souvent un besoin d’être aimé. Le besoin intense de prendre soin des autres et de dire oui à tout est souvent enraciné dans la peur d’être rejeté.

Step 2: mettre des limites

Suzanne est claire: “Si une personne débordée ne veut pas tomber malade, elle devra faire des choix. Mettre des limites et savoir dire non est important pour l’énergie vitale. Je secoue souvent ce genre de patients en leur demandant: “Si vous vous effondrez — et je vous garantis que tôt ou tard, cela va se passer —, qui va s’occuper de votre entourage, de vos enfants?” Ce n’est pas une question tout à fait correcte, car elle sous-entend encore que la personne doit s’occuper des autres. Mais parfois, la personne prend conscience que quelque chose doit changer.”

“ON A BEAU ESSAYER D’ÊTRE MÈRE TERESA POUR TOUT LE MONDE, ON N’OBTIENT PAS D’AURÉOLE POUR AUTANT. PLUTÔT UN ULCÈRE À L’ESTOMAC”

Si cette personne veut une vie différente, elle va devoir dire non aux gens qu’elle aime. Ce qui semble difficile! “C’est un cliché, mais choisir, c’est renoncer, lance Suzanne. Ces décisions ne sont pas faciles. Bien sûr, mais il faut faire des concessions”, assure-t-elle. Tout cela semble simple, mais apprendre l’égoïsme sain n’est pas chose aisée. Les personnes ultra débordée qui dissent toujours oui considèrent souvent qu’elles n’ont pas le choix et qu’elles doivent tout faire toute seule. Il ne faut jamais perdre de vue que le choix existe, qu’on a d’autres alternatives”.

Step 3: dédramatiser

Parfois, nous créons des schémas, nous faisons ce qui est attendu de nous. Nous disons oui par crainte de contrarier les autres, nous ne voulons pas paraître impolie ou égoïste. Mais nous ne vérifions jamais si les conséquences d’un non de notre part seraient réellement aussi dramatiques que nous l’imaginons. « Beaucoup de nos petites voix sont spécialisées dans l’élaboration de pensées négatives. ‘Tu ne peux pas revenir en arrière, ils vont t’en vouloir’. Alors qu’en réalité, nous n’en savons rien. Nous ne vérifions jamais notre pensée auprès des personnes concernées », assure Suzanne. Son astuce pour dédramatiser? « Les quatre questions de Byron Katie sont parfaites pour réduire l’impact de ce genre de scénario catastrophe ». Les voici:

  • Est-ce vrai? (Vous pensez que votre amie sera fâchée si vous refusez de nourrir son chat, mais qu’en savez-vous?)
  • Êtes-vous absolument certain(e) que c’est vrai?
  • Imaginez que le scénario négatif se réalise. Que ressentez-vous? Du stress, de l’angoisse, de la panique?
  • Imaginez que cette pensée négative a disparu. Comment vous sentez-vous? Calme, en équilibre? Voilà le sentiment recherché.

Bien dans sa peau